Tous les articles par Jacqueline Collard

Se répartir les accès à l’eau; une question qui devient essentielle

Les droits à l’eau se tendent face aux modifications du climat aussi faut-il rendre transparents quels bénéficiaires sont prioritaires: or la loi d’orientation agricole accroit les tensions, qui prévoit de garantir l’accès à l’eau de nouveaux agriculteurs.

Dans ce contexte , et alors que l’agriculture représente 58 % de sa consommation à l’échelle du pays, les OUGC (organisme unique de gestion collective) jouent un rôle déterminant. Les deux tiers  sont portés par des chambres d’agriculture – le reste étant porté par des associations d’irrigants, des collectivités territoriales ou des systèmes mixtes.

D’importants enjeux économiques sont à l’œuvre dans ce débat. L’évolution des conditions climatiques a conduit les agriculteurs à s’équiper davantage en moyens d’irrigation, avec une augmentation moyenne des surfaces irrigables de 23 % entre 2010 et 2020 et cela se poursuit. L’irrigation intervient en complément des apports pluviométriques pour améliorer les rendements ou compenser les périodes de sécheresse.

La surface agricole irrigable, c’est-à-dire pouvant être irrigué, n’a cessé de s’accroître depuis les années 2000 : elle représente près de 3 millions d’hectares, soit 11 % de la SAU, contre 9 % environ en 2000 et 2010; le maïs représente à lui seul un tiers
des surfaces irriguées, tandis que les légumes et fruits en totalisent 17 %. Environ 60 % des surfaces en légumes ou en vergers sont irriguées.
En 2023, 37 % des surfaces de maïs ont été irriguées, comme environ 43 % des surfaces de pommes de terre et de soja.L’irrigation  croît de façon plus marquée pour les surfaces en (+120 %) ou en (+43 %). L’, augmente de 17 %, mais reste toutefois le mode d’irrigation principal (87 % de la SAU irrigable en 2020).

En savoir plus : https://www.sandre.eaufrance.fr/atlas/srv/fre/catalog.search#/metadata/d35f8f0c-58b3-4be2-a027-49049583a7ad

https://chiffrecle.oieau.fr/3247

8 juin journée internationale de l’océan 1 an après la conférence de Nice

La journée mondiale de l’océan ( en anglais World Ocean Day) est célébrée chaque année le 8 juin. En 2026, elle tombe ce lundi. Proposée par le Canada lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992 et officialisée par résolution de l’ONU en décembre 2008, elle est aujourd’hui coordonnée par l’UNESCO. En France, le Nausicaá (Boulogne-sur-Mer) en est l’un des piliers fondateurs. Le thème 2026 est centré sur les Aires marines protégées (objectif 30×30), dans la dynamique du Traité de la haute mer.

L’an dernier c’était l’ouverture de la troisième Conférence des Nations unies pour l’océan (Unoc 3) qui a lancé à Nice le baromètre Starfish.

Son  bilan est le suivant « La dégradation de l’océan se poursuit et s’accélère sur plusieurs indicateurs clés, tandis que les réponses politiques, financières et les efforts de protection demeurent insuffisants, tant en ampleur qu’en rapidité » or, 56% de la vie marine a déjà disparu au niveau mondial.

Ce baromètre élaboré par 29 experts de 14 pays se présente de manière synthétique sous la forme d’une étoile de mer (Starfish) à cinq branches, il fournit des indicateurs sur l’état de l’océan, les pressions humaines, les impacts sociétaux, les efforts de protection et les opportunités pour l’humanité. L’océanographe Marina Lévy détaille les indicateurs du baromètre Starfish, qui souligne l’accélération des changements climatiques et environnementaux.

En premier lieu, celui-ci met en évidence « une dégradation continue de la santé de l’océan, aggravée par la multiplication simultanée des facteurs de stress climatiques » : élévation du niveau de la mer de 4,2 mm par an sur la période 2012-2025, près du double du rythme observé au cours des décennies précédentes : le changement climatique précipite la catastrophe écologique.

Une estimation pointe que la biomasse de poissons pourrait être réduite d’un quart dans les eaux françaises d’ici à 2100, du fait du réchauffement climatique.

L’objectif 30×30 avait donc été proposé pour protéger 30 % des océans d’ici 2030  ce qui engageaient les dirigeants mondiaux lors de  la Conférence ONU sur la biodiversité,  avec comme cadre juridique le récent Traité de la haute mer (BBNJ). La création d’Aires Marines Protégées (AMP) rigoureusement réglementées est essentielle pour transformer ces engagements en résultats concrets.

L’Union européenne,  elle se positionne comme le premier fournisseur mondial de renseignements océaniques. Tel est l’objectif de l’initiative OceanEye lancée le mercredi 3 juin 2026 par la Commission européenne et qui constitue l’une des briques du Pacte européen pour les océans proposé l’an dernier.

Mais simultanément l’administration américaine retire (en haute mer)  900 instruments de mesure du réchauffement climatique des océans gérés par la NOAA*, considérant le changement climatique comme un « canular ». Ces dispositifs sous-marins d’observation des océans (OOI)  indispensables pour établir des modèles et des prévisions de température vont donc disparaitre. Des prévisions qui sont aujourd’hui le seul moyen d’anticiper les ravages d’El Niño, ce phénomène climatique provoquant des épisodes de chaleur extrême et de sécheresses sur les côtes américaines régulièrement. «Ce manque d’information va devenir très handicapant», s’est inquiété l’océanographe Ed Dever, qui a participé à diriger ces capteurs dans le Pacifique nord. Il en résultera une perte de données essentielles pour comprendre le réchauffement ou prévoir les événements extrêmes, selon les chercheurs. Cette information dans ce contexte est vraiment alarmante:  prenons en conscience.

Et pour cette journée mondiale des océans en France la Ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, annonce : « On vient de renforcer la protection de trois zones marines »,  Ces trois grandes aires marines dont la protection va être accentuée par la France se situent en Guadeloupe, dans la baie d’Audierne (Finistère), et dans les Terres australes et de l’Antarctique française. Le gouvernement accentue sa protection d’aires marines existantes et dévoile également ce lundi un nouveau plan de lutte contre les plastiques ( plan national de lutte contre les plastiques en mer 3026- 2030).

*NOAA, l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique.

https://www.ecologie.gouv.fr/presse/dossier-presse-plan-plastique-2025-2030

https://www.meretmarine.com/fr/science-et-environnement/un-plan-d-action-interministeriel-pour-reduire-les-dechets-plastiques-en-mer

Baromètre : starfishbarometer.org

Une loi sur la diminution du Cadmium dans les engrais a été votée en 1ère lecture

La proposition de loi portée par Benoît Biteau (Les Ecologistes, Charente-Maritime) et Clémentine Autain (L’Après, Seine-Saint-Denis) a été votée à une large majorité (144 voix pour, 22 contre), mercredi 3 juin à prés de minuit. Cette proposition avait déjà été déposée en 2025 par ces mêmes députés, et  visait  même l’interdiction pure et simple des engrais phosphatés contenant du cadmium.

Désormais elle doit maintenant être examinée au Sénat. Contre l’avis du gouvernement et malgré l’opposition de l’extrême droite et d’une députée Les Républicains, elle fixe une trajectoire de réduction de la teneur maximale en cadmium autorisée dans les engrais phosphatés à 40 milligrammes par kilo (mg/kg) à partir de 2027 et à 20 mg/kg à l’horizon 2030, alors qu’à ce jour la norme est à 90mg/kg. 

 Quinze ans après les premières alertes de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) sur la surexposition au cadmium. l’ANSES avait  émis des recommandations depuis 2019 de réduction de ses teneurs beaucoup plus hautes que celles adoptées par l’Europe ( 60mg/kg) réduites depuis 2022 et même abaissées dans certains pays, comme la Finlande, la Hongrie, la Slovaquie ou la Roumanie, qui appliquent déjà le seuil de 20 mg/kg. Un rapport d’expertise produit en Mars 2026 avait mis en évidence que près de la moitié de la population française (47 %) était exposée à des niveaux  de  Cadmium critiques.

Et récemment le 26 mai, soit la veille du passage en commission des affaires économiques de la proposition de loi de Benoît Biteau, le ministère de l’agriculture avait  mis en consultation publique un projet d’arrêté promis depuis des années. Il prévoit de passer seulement à 60 mg/kg en 2027 (soit le seuil appliqué dans l’Union européenne depuis 2022), puis à 40 mg/kg en 2030 et enfin à 20 mg/kg « au plus tard le 1er janvier 2038 » et sous réserve d’un « rapport relatif à la possibilité » d’atteindre cet objectif.

Le cadmium est classé cancérogène depuis 1993. Santé publique France alerte depuis 2021 sur le lien avec l’explosion des cancers du pancréas en France : « Le cadmium est suspecté de jouer un rôle dans l’accroissement majeur et extrêmement préoccupant de son incidence. » Le nombre de cas a plus que quadruplé en trente ans, tout en apportant un risque accru de cancers du rein, du poumon, de la prostate ou encore du sein.

Maintenant ce projet va être transmis au Sénat, en espérant que cette loi arrive à son aboutissement final.

La loi concernant la contamination à la chlordécone aux Antilles a été votée

Le 2 juin 2026, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité une loi reconnaissant la responsabilité de l’État dans le scandale du chlordécone aux Antilles, mais les modalités d’indemnisation des victimes restent floues. Ce sujet avait amené à une nouvelle plainte déposée auprès du Tribunal administratif de Paris par 1 300 habitants des Antilles, qui avait conclu  à accabler les pouvoirs publics, en jugeant, le 11 mars 2025.

En adoptant définitivement, mardi 2 juin, une proposition de loi « visant à reconnaître la responsabilité de l’État et à indemniser les victimes du chlordécone », les députés ont marqué une avancée symbolique, après une longue histoire difficile pour les populations antillaises.

Le chlordécone,  a été interdit aux Etats-Unis dès 1976, classé cancérogène probable par l’Organisation mondiale de la santé en 1979,mais  autorisé jusqu’en 1993 dans la France d’outre-mer, et même utilisé jusqu’en 2000 en toute connaissance de cause, les producteurs de banane ayant constitué des stocks sur lesquels l’État a fermé les yeux.

La loi « ouvre une nouvelle phase, celle de la mise en œuvre concrète et de l’amélioration des réponses apportées aux victimes », a assuré la ministre des outre-mer, Naïma Moutchou, dans un communiqué. Le gouvernement saisit l’occasion pour rappeler qu’un plan est engagé depuis 2021 – à hauteur de 92 millions d’euros d’ici à 2030.

A ce jour, 186 indemnisations seulement ont été décidées. En 2024, 66 rentes avaient été accordées sur 174 demandes, pour 12 700 travailleurs antillais des bananeraies, comme l’a rappelé Malcom Ferdinand, politiste martiniquais, dans son ouvrage consacré au chlordécone, S’aimer la terre (Seuil, 2024).

La loi fait de la dépollution des terres un « objectif » qui n’est assorti ni d’un calendrier ni d’une ambition chiffrée.

Simultanément  l’Anses vient de publier les résultats de l’étude Chlorexpo, (sur 1500 personnes), menée en Guadeloupe et en Martinique pour mieux caractériser l’exposition alimentaire de la population au chlordécone. Cette étude ChlorExpo a été initiée en 2021 dans le cadre de la Stratégie Chlordécone.ChlorExpo a ainsi étudié la contamination de 45 types d’aliments (fruits, légumes, tubercules, viandes, œufs et produits de la pêche) issus de différentes sources d’approvisionnement (commerces, marchés, ventes en bord de route, autoproduction…).

Elle propose des recommandations de pratiques culturales visant à réduire la contamination des aliments autoproduits du programme JAFA (jardins familiaux), piloté par les agences régionales de santé.

Edgar Morin, sociologue du temps présent nous a quitté à 104 ans

Edgar Morin sociologue, philosophe, écrivain, anthropologue est devenu un nom, synonyme d’un prestige intellectuel. Directeur de recherche émérite au CNRS, Edgar Morin est fait docteur honoris causa de plusieurs universités dans le monde. .

Malgré sa personnalité chaleureuse et fraternelle, Edgar Morin n’a pas hésité à penser à contre-courant et à s’affranchir de l’unanimisme ambiant.

Marqué politiquement à gauche, cet ancien résistant était l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages, dont « La Méthode » en 6 volumes, largement traduits dans le monde occidental. La Méthode dissèque « la pensée complexe » qu’a théorisée Edgar Morin et se décline en six volumes publiés au Seuil : La Nature de la nature (1977), La Vie de la vie (1980), La Connaissance de la connaissance (1986), Les Idées : leur habitat, leur vie, leurs mœurs, leur organisation (1991), L’Humanité de l’humanité : L’identité humaine (2003) et Éthique (2004).  En conclusion de La Méthode, Edgar Morin appelle de ses vœux une « métamorphose » seule à même d’en finir avec la séparation des savoirs, le cloisonnement des consciences, les crises de civilisation, en continuant d’inspirer ceux qui n’ont pas renoncé à espérer en une « insurrection des consciences ».

Le seul moyen pour éviter que la civilisation retombe dans la barbarie consiste selon lui à changer d’orientation. Depuis son texte prophétique et programmatique, La Voie (Fayard, 2011), qui demeure son plus grand succès public, Edgar Morin ne cesse de penser qu’il faut « relier les oasis de vie et de pensée »

Son travail a exercé une forte influence sur la réflexion contemporaine, fervent partisan de la culture de paix et de non-violence: il s’est évertué à comprendre l’humain au travers de tous les aspects de son quotidien durant plus d’un siècle et nous a appris que résister c’est d’abord penser.