Tous les articles par Jacqueline Collard

Une tribune dans le Monde pour dénoncer la réintroduction de pesticides

Nous avons participé à ce témoignage sur cette réintroduction inquiétante de pesticides interdits, alors que de nombreuses études à l’international nous alertent d’effets délétères de ces molécules toxiques  tant sur les insectes que sur la santé humaine.

Le projet de loi agricole ayant l’intention de les remettre sur la marché.  Rappelons les faits :  Lundi 29 juin, le vote des sénatrices et sénateurs constituera un véritable test pour nos institutions démocratiques : sont-elles capables de prendre en compte les connaissances scientifiques pour décider des lois qui traitent d’un bien commun, la santé environnementale ?

Un an après la mobilisation de plus de deux millions de citoyens signataires d’une pétition sur le site de l’Assemblée Nationale, un amendement visant à ré-autoriser l’acétamipride et la flupyradifurone a en effet été adopté lors de l’examen du projet de loi d’urgence agricole en commission sénatoriale. Dans ce contexte, il importe de revenir aux faits.

L’acétamipride et le flupyradifurone ciblent les mécanismes de transmission de l’information entre les cellules nerveuses. Ils sont utilisés pour leur action insecticide, notamment pour la culture de la betterave sucrière, des noisettes, des cerises, etc.

Le problème de ces molécules, c’est que leur mécanisme de toxicité n’est en rien spécifique aux insectes ciblés. Leurs effets sur les abeilles et autres pollinisateurs sont avérés, et en cascade c’est toute la biodiversité terrestre et aquatique qui est gravement atteinte. Des travaux ont même mis en évidence une amélioration significative de certains indicateurs de biodiversité après la réduction de l’usage de ces substances [1]

 Le problème de l’acétamipride, c’est aussi sa diffusion dans l’environnement, et notamment son incorporation au cycle de l’eau : on en retrouve même dans l’eau de pluie [2].

Cette diffusion environnementale se traduit également par une exposition humaine : on retrouve l’acétamipride ou ses métabolites dans le sang [3], les urines [4], le sperme [5]. On retrouve aussi dans le liquide céphalo-rachidien d’enfants [6] cette molécule conçue pour agir sur les mécanismes biologiques de la transmission de l’information entre les neurones.

Quels sont les effets pour la santé humaine ? 

Les données disponibles pointent en premier lieu des effets sur le développement du cerveau. L’exposition maternelle à l’acétamipride est associée à un périmètre crânien diminué à la naissance [7], et à des troubles du comportement (hyperactivité) chez l’enfant de 3 à 6 ans [8].

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a constaté que « la plausibilité biologique de la neurotoxicité développementale est élevée » et attend toujours de plus amples études sur le neurodéveloppement qu’elle a demandé en 2014 [9].

Au-delà du système nerveux, l’acétamipride est dangereux pour le système reproducteur : l’exposition est associée à une diminution du nombre d’ovocytes [10] et à des retards de croissance intra-utérine [11] (rappelons que cette molécule traverse la barrière placentaire [12]…).

Enfin, de plus en plus de travaux suggèrent un effet perturbateur endocrinien de son métabolite [13]. À la différence d’autres pesticides, il y a peu d’éléments pour suspecter un effet cancérigène, mais cela n’atténue en rien les multiples dangers exposés plus haut. Enfin, rappelons que les substances actives sont utilisées dans des formulations commerciales avec des co-formulants dont la toxicité n’est pas évaluée, et qu’elles sont susceptibles d’interagir avec de nombreux autres pesticides et polluants auxquels nous sommes également exposés, ce que l’on appelle l’effet cocktail, et qui n’est pas pris en compte par les autorités règlementaires.

Toujours sur le terrain des faits, rappelons que la précédente tentative de ré-introduction de l’acétamipride dans la proposition de loi du Sénateur Duplomb a été censurée par le Conseil Constitutionnel, après des protestations inédites des associations de patients, des sociétés savantes médicales et scientifiques, et du Conseil National de l’Ordre des Médecins.

Rappelons que l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a produit un rapport très complet sur l’acétamipride en avril dernier, auto-censuré de manière inédite puisqu’une partie des députés et sénateurs membres de l’OPECST ont finalement voté contre la note qu’ils avaient contribué à rédiger [14].

Ses conclusions reflétaient fidèlement l’état actuel des connaissances scientifiques : « Les données scientifiques convergent vers une exposition environnementale diffuse, des effets écotoxicologiques sublétaux importants et des signaux sanitaires préoccupants, notamment en matière de neurotoxicité, de perturbation endocrinienne et de reprotoxicité ».

Rappelons encore la sévérité du Conseil d’État, saisi par le Président du Sénat, qui concluait dans son avis du 26 mars 2026 que « la proposition de loi ne met pas les autorités publiques en mesure d’agir dans le respect du principe de précaution »[15].

Rappelons enfin que des alternatives agronomiques à court et long terme ont été mises en avant par l’ANSES [16] et par l’INRAE [17], et que la production des cultures impliquées est plus limitée par les aléas climatiques et les prix d’achat que par les agressions des insectes, comme le montrent les statistiques des dernières années.

Quelle finalité poursuivent alors les sénateurs qui ont adopté cet amendement malgré l’état des connaissances scientifiques, malgré les réserves exprimées par les plus hautes autorités juridictionnelles de l’État, et malgré la mobilisation exceptionnelle de millions de citoyens en faveur d’un environnement sain ? La protection des générations futures suppose que les décisions publiques puissent être éclairées par les connaissances scientifiques disponibles les plus solides. En refusant la réintroduction de l’acétamipride et de la flupyradifurone, les sénatrices et sénateurs affirmeraient que la prise en compte des données scientifiques demeure au cœur des processus législatifs dans notre pays. À l’heure où la place de la science dans le débat public est contestée dans de nombreuses démocraties, nous n’en attendons pas moins d’eux.

Nous resterons vigilants aux décisions prises par nos parlementaires. La santé environnementale et le principe One Health remis en cause.

[1] https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0269749125015064

[2] https://www.jstage.jst.go.jp/article/emcr/5/0/5_20240042/_article

[3] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35016674/

Face aux canicules qui se généralisent des conseils de base s’imposent

Alors que les premières vagues de chaleur apparaissent de plus en plus tôt en France,  Santé publique France s’est mobilisée  pour en surveiller les risques et déployer les outils de prévention adaptés. L’Agence rappelle que les fortes chaleurs ont un impact sur la santé, quelque soit l’âge. Il est donc essentiel de s’en protéger en adaptant son activité et son hydratation.

La France est rappelée à une réalité crue face à ces événements extrêmes : elle a accumulé les retards et n’est pas prête à faire face à ces chaleurs dont le bilan humain risque d’être  lourd. A chacun de nous de s’organiser pour les affronter avec les meilleures solutions.

Voici les bons réflexes à adopter par tous pendant les fortes chaleurs ?

  • Boire de l’eau régulièrement, avant d’avoir soif
  • Rester au frais chez soi ou dans un lieu frais proche de chez soi (bibliothèque, cinéma, magasins, piscine, pièce rafraîchie…) en évitant les sorties jusqu’en fin de journée
  • Privilégier les activités douces
  • Manger frais et équilibré
  • Limiter le café ou le thé et éviter l’alcool : ces boissons favorisent la déshydratation

Dans le logement: Dans la journée, stores, volets, rideaux et vitrages seront :

  • Maintenus fermés du côté du soleil sauf si le logement profite de l’ombre d’un arbre ou d’une protection extérieure contre le soleil (store banne, pergola, tonnelle, parasol…). Limiter l’impact du soleil sur les surfaces vitrées ralentit l’entrée de la chaleur dans la pièce ;
  • Ouverts du côté ombragé si cela permet la réalisation de courants d’air. Dans ce cas, pendre une serviette humide pour que l’évaporation refroidisse l’atmosphère. S’il n’est pas possible de faire des courants d’air avec les seules fenêtres à l’ombre, les maintenir fermées.

Pour les travailleurs et les employeurs

L’INRS met à disposition des supports pour agir et sensibiliser les salariés.

www.inrs.fr/chaleur

site : vivre-avec-la-chaleur.fr

site Météo-France : Météo-France.fr : carte de vigilance pour une information en temps réel de la situation météorologique

Le gouvernement a activé le 18 juin 2026 le numéro vert « Canicule info service » : 0800 06 66 66, joignable de 9 heures à 19 heures (appel gratuit)

Certaines communes seraient concernées par de l’eau potable contaminée par leurs canalisations

La contamination au CVM  (chlorure de vinyle monomère (CVM) retrouvée dans  l’eau potable est bien connue des agences régionales de santé (ARS) depuis plusieurs décennies.
Cette substance reconnue cancérogène serait libérée par les conduites en PVC anciennes, mises en place dans les  années 1960-1980,  mais continuerait  néanmoins à dépasser la limite réglementaire de 0,5 μg/L (microgramme par litre). Des centaines de milliers de Français·es seraient  ou ont été exposé·es à des doses nocives de CVM. Une première carte montrerait que 5 500 communes seraient concernées.Ces  résultats de prélèvements ont été effectués pour cette molécule recherchée et obtenus par Gaspard Lemaire, doctorant en science politique pour la chaire Earth de l’université d’Angers, auprès des ARS qui ont bien accepté de  les communiquer.
Compilation des bulletins d’analyses diffusés en ligne, commune par commune, sur le site internet du Ministère en charge de la santé : http://eaupotable.sante.gouv.fr/

Le dernier rapport OXFAM : des alertes sur les liens entre climat et santé

Dans son rapport, Oxfam alerte sur la nécessité d’agir contre le changement climatique afin de  préserver  notre santé.

Inondations, sécheresses, fortes chaleurs, propagation des algues, développement des maladies zoonoses et bactériologiques,… toutes sont des conséquences du changement climatique qui peuvent dégrader notre santé.

Sans oublier le risque sanitaire trop souvent méconnu : les fumées de feux de forêts de plus en plus nombreuses  sont dix fois plus nocives pour la santé que les pollutions routières et industrielles. Tous les étés désormais les fumées des feux de forêt déclenchent des alertes de pollution de l’air, ce qui augmente les risques de développer de l’asthme et autres maladies respiratoires.

Il faut en retenir

  • Les fortes chaleurs  sont responsables annuellement de 546 000 décès mondiaux et de 5 398 en France.Pour 2025, le chiffre est de 5 722, selon le bilan 2025 « Chaleur et santé » de Santé publique France
  • 88 % des communes en France sont exposées à risques d’inondations.
  • Alors que le changement climatique rend les maladies plus fréquentes et que donc les besoins de soins augmentent, le système de santé est de moins en moins apte à y répondre.

« Le changement climatique menace la santé au point qu’il est devenu impossible de vivre en bonne santé sur une planète dont les signes vitaux sont engagés »

« Globalement, plus le revenu d’une personne est élevé, plus elle a de chances d’être en bonne santé. Inversement, une personne défavorisée a plus de risque d’être en mauvaise santé, ce qui rend les conséquences du changement climatique plus dangereuses. C’est l’une des raisons pour lesquelles le changement climatique reproduit et aggrave les inégalités sociales de santé », conclut Noémie Letellier, chargée de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Pour  parvenir à une prévention efficace , tous les pans de la transition écologique sont indispensables, soutient Oxfam.Une Obligation s’impose: des financements:« Si de nouvelles dépenses sont nécessaires pour financer certaines actions d’adaptation de la santé au changement climatique, dont le coût pour la France a été évalué à 853 millions d’euros par an, des sources de financement existent » indique l’ONG.Alors soyons exigeants.

Consulter le rapport: https://www.oxfamfrance.org/climat-et-energie/

Santé et climat : comment le changement climatique menace notre santé ?

Face à ces excés de chaleur la climatisation est largement plébiscitée : on va examiner les enjeux

Alors que nous observons des successions de fortes chaleurs, conséquences directes du changement climatique, la France jusqu’alors plus épargnée, ne s’était pas lancée dans une demande de climatisation comme elle la connait depuis des semaines, c’est pourquoi l’impact de la climatisation reste jusque là moins important comparé à d’autres pays.

Or l’ancienne ministre de la Transition énergétique redevenue député pointe  les effets constatés de dérégulation que l’on a connus ces dernières années sur l’anticipation de ces événements que nous connaissons « avec le trouble qui a pu être créé par certains groupes pour ralentir l’action climatique », estimant que « tous ces retards-là, on les paye aujourd’hui et il faut vraiment accélérer ». Elle insiste sur la nécessité d’accélérer l’adaptation du bâti : « Logements, infrastructures énergétiques », mais également les transports. Concernant la rénovation thermique des bâtiments, Agnès Pannier-Runacher regrette que celle-ci ait été « empêchée pendant un quart de l’année en 2025 parce qu’on n’avait pas de budget, puisque non suivie par certains parlementaires »

Face aux vagues de chaleur, l’Ademe recommande par ailleurs d’adopter les bons gestes : « Limiter l’ensoleillement direct, empêcher l’entrée d’air chaud pendant la journée, réduire les apports de chaleur à l’intérieur des bâtiments et évacuer l’air chaud pendant la nuit. »

Pour Clément Gaillard urbaniste spécialiste des projets bioclimatiques,  « Le problème d’adaptation à la chaleur se résout avec d’autres équipements (éventuellement couplés à la climatisation) comme les brasseurs d’air et les ventilateurs de plafond, qui consomment très peu d’énergie ».

L’Ademe estime que 3,5 millions de tonnes rien que pour les fluides frigorigènes, présents dans les systèmes de réfrigération, sont émises annuellement par la climatisation » dans l’Hexagone. « Ces fluides sont censés rester dans le climatiseur. Mais en cas de fuite ou de mauvais recyclage de l’appareil en fin de vie, le gaz frigorigène est émis dans l’atmosphère », détaille Vincent Viguié, (économiste spécialisé sur le climat et l’environnement) et n’oublions pas que ces fluides ont un pouvoir de réchauffement de l’atmosphère jusqu’à 2 038 fois supérieur à celui du CO2, comme le souligne l’Ademe. Concrètement, cela « représente environ 4,5% des émissions totales (CO²) générées par la production d’électricité en France », précise le rapport. L’agence préconise notamment « d’éviter autant que possible les climatiseurs mobiles (…), nettement moins performants que les autres catégories de climatiseurs ».

De plus l’installation de climatisations, particulièrement en ville que l’on installe pour refroidir l’intérieur réchauffe l’extérieur puisque rejette ces excès de chaleur dans le milieu naturel, accroissant les ilots de chaleurs urbains.(l’impact sur la température de l’air extérieur pourrait atteindre jusqu’à +2,4°C la nuit, et en cas de canicule extrême, cette hausse de la température pourrait culminer à +3,6°C).

N’oublions pas non plus la climatisation des voitures qui a le même effet! Aussi,  bien que des recherches soient en cours pour tenter de rendre la climatisation moins polluante, « les évolutions technologiques ne suffiront pas à réduire son impact sans une mobilisation des entreprises et des citoyens afin de privilégier les bons gestes et un recours raisonné aux solutions de climatisation », insiste l’Ademe.

https://www.ademe.fr/presse/communique-national/la-climatisation-vers-une-utilisation-raisonnee-pour-limiter-limpact-sur-lenvironnement