Tous les articles par Jacqueline Collard

Vers une meilleure reconnaissance des cancers professionnels par le Giscope 84

Le Giscope 84 fait partie des groupements d’intérêt scientifique sur les cancers d’origine professionnelle et environnementale (Giscope), il déploie un dispositif d’enquête interdisciplinaire déployé par des scientifiques du CNRS, de l’Université Sorbonne Paris-Nord, de Brest et d’Avignon…

Son objectif est d’intégrer un dispositif standardisé dans les parcours de soins afin d’améliorer la reconnaissance, la prévention et la réparation des cancers professionnels. Depuis 2018, le GISCOPE 84 reconstitue systématiquement l’historique des expositions professionnelles de malades atteints de cancers du sang. En constante augmentation depuis plusieurs décennies, les cancers du sang sont connus pour être liés à de nombreuses expositions toxiques professionnelles et environnementales. Pourtant, à ce jour, seuls trois facteurs de risque (benzène, rayonnements ionisants, butadiène-1,3) sont inclus dans les tableaux de maladies professionnelles du régime général de la Sécurité sociale. Dans le régime agricole, le tableau 59 des maladies professionnelles reconnaît le lien entre l’exposition aux pesticides et certaines de ces pathologies.

En Europe, près de la moitié des travailleurs sont exposés en routine à des cancérogènes, mais les cancers professionnels restent massivement sous-déclarés et sous-reconnus. En France en 2023, moins de 1 800 cas de cancer ont été reconnus comme étant d’origine professionnelle , soit l’équivalent d’environ 0,4 % des nouveau cas de cancers de France.

Fin 2024, sur 476 patients interrogés, la moitié avait été exposée à six cancérogènes ou plus, 56 % ont été orientés vers une procédure de RMP* et 10 % ont été reconnus – un taux 20 fois supérieur à la moyenne nationale.En reconstituant l’exposome professionnel détaillé des malades concernés, le projet permettra, à terme, des recherches innovantes sur l’impact des expositions aux cancérogènes sur la réponse au traitement et la survie des malades.

Dans une collaboration étroite entre chercheurs et professionnels hospitaliers, l’enjeu est de concevoir un dispositif qui soit pleinement intégré dans le parcours de soins en hématologie.Ces équipes sont implantées sur trois sites hospitaliers complémentaires, car reflétant des contextes de prise en charge différents : le Groupement hospitalier de territoire du Vaucluse (GHT 84), l’Institut Paoli-Calmettes (CLCC) à Marseille et le CHU de Brest.

* (RMP) reconnaissance des maladies professionnelles

https://www.inshs.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/travail-environnement-et-cancers-du-sang-le-giscope-84-une-recherche-transformatrice-la

Après un été hors du commun la nécessité d’agir se fait de plus en plus urgente

L’année 2026 a été marquée par des températures extrêmes dans  de nombreuses régions du monde et l’Europe en a été témoin. Selon Copernicus, l’été 2026 est le plus chaud jamais enregistré en Europe occidentale, plus encore qu’en 2003, la référence jusqu’ici. Plus de la moitié du continent européen a connu des températures ressenties de 38°C ou plus. Une chaleur même « au-delà des seuls mois d’été », précise Copernicus, avec des températures exceptionnelles, dès le mois de mai et jusqu’au mois de septembre inclus.

Ces canicules  en série, associées à un manque de pluie, a conduit à une sécheresse pire qu’en 2022. En juillet et août, de nombreux fleuves européens ont atteint leurs débits les plus faibles depuis le commencement des relevés début 90 : le Rhin, le Danube, la Loire, le Rhône, la Garonne ou encore la Seine, ce qui a conduit à de nombreux arrêts de réacteurs nucléaires qui ont besoin de leur eau pour leur refroidissement.

Premier constat : cet été la France a consommé davantage d’électricité sous l’effet des températures caniculaires et des besoins associés à la climatisation ; plus que l’année dernière (+ 4-5 %) et plus qu’en 2024 (+1-3%). Dans  cet espace temps ces vagues de chaleur et la sécheresse ont eu un effet important sur le fonctionnement des centrales nucléaires, même si le parc nucléaire a abordé l’été avec une grande disponibilité pour la saison, ce qui a compensé la baisse de la production induite par les canicules, tandis que  la production hydraulique était en revanche fortement affectée. Avec 10,8 TWh produits, 2026 est la deuxième année avec la plus faible production hydraulique depuis cinquante ans, ce qui a entrainé une augmentation du recours aux centrales thermiques fossiles au cours de l’été 2026, et ce, avec une  production solaire a continué d’augmenter : 14,8 TWh ont été produits de juin à août 2026, contre 12,5 TWh sur la même période en 2025 puisque l’ensoleillement reste le facteur déterminant.

Deuxième  constat : Ce changement climatique a  provoqué la disparition extrêmement rapide des glaciers partout dans le monde. Ceux des Alpes et des Pyrénées ont perdu 40% de leur volume en 25 ans et c’est eux qui principalement alimentent nos fleuves et rivières. Et de noter aussi que la Méditerranée se réchauffe 2 à 3 fois plus vite que la moyenne des océans, ce qui ne sera pas sans conséquences sur les événements extrêmes que nous subirons prochainement.

Troisième constat: Les épisodes de fortes chaleurs qui ont marqué le début cet été 2026 ont laissé des traces dans de nombreuses exploitations agricoles françaises. Cultures, élevages, fourrages , maraichages, ou  encore récoltes : plusieurs filières font état de conséquences parfois trés importantes, dont l’ampleur continue d’être évaluée.  Les températures élevées, associées à un déficit hydrique dans plusieurs régions, ont affecté le développement de nombreuses cultures.( mais, tournesol, soja etc..)mais aussi les vergers ainsi que certaines cultures fourragères. Ces fortes chaleurs ont également eu des répercussions sur les élevages. Les températures exceptionnelles ont provoqué une hausse de la mortalité dans certaines filières, notamment avicoles, tandis que le stress thermique a affecté le bien-être des animaux et la production, notamment laitière.

Cet épisode rappelle l’importance et l’urgence des réflexions autour de la transition agricole et écologique et la nécessité de révision de la gouvernance de l’eau et de ses usages. Le changement climatique est suffisamment saillant pour mieux  anticiper le futur.

Un rapport présenté au 1er ministre alerte du déficit de prévention en santé

« Construire un système de prévention primordiale », telle était la mission gouvernementale Prévention Santé confiée à Cyrille Isaac-Sibille, député du Rhône. Ce rapport de Cyrille Isaac-Sibille, député du Rhône  a été remis le 13 juillet 2026 au Premier ministre Sébastien Lecornu, et  vient d’être rendu public.

Ce rapport met en évidence ce paradoxe qui nécessite qu’on s’attarde sur les chiffres: la France gagne des années de vie, mais de moins en moins d’années de vie en bonne santé. L’espérance de vie sans incapacité à la naissance recule même chez les femmes. Le nombre de personnes en affection de longue durée (ALD) est passé de 6 millions au milieu des années 2000 à 14 millions en 2024, l’Assurance maladie en projette 18 millions d’ici 2035.

Cette mission de six mois  a demandé  327 auditions, 15 déplacements de terrain, 147 contributions écrites,et pose un diagnostic sévère sur la place de la prévention dans le système de santé français et formule 48 propositions regroupées en quatre axes.

L’argument central du rapport est que la prévention primordiale n’est pas une dépense supplémentaire mais un investissement de soutenabilité, y compris pour financer les innovations thérapeutiques à venir.

Quels sont ces quatre axes, qui élaborent 48 propositions ?

Axe 1 – Faire de la santé l’affaire de tous. Portage interministériel via une Conférence nationale de la prévention, et surtout une proposition budgétaire concrète : faire apparaître la prévention comme sous-objectif identifié de l’ONDAM, jusqu’ici noyée dans un sous-objectif « autres ».

Axe 2 – Faire des lieux de vie des lieux de santé. Les Contrats locaux de santé (CLS) deviendraient obligatoires sur tout le territoire et opposables, sur le modèle des PLU en urbanisme. Côté jeunesse, le rapport propose un Service public de santé enfance et jeunesse regroupant PMI, médecine scolaire et santé étudiante dans un continuum de 0 à 25 ans. Côté monde du travail, il appelle à reconnaître formellement le travail comme déterminant de santé et à associer les services de prévention et de santé au travail (SPST) à la définition des contrats collectifs, un point qui concerne directement les assureurs santé et institutions de prévoyance, auxquelles le rapport attribue explicitement un rôle à construire.

Axe 3 – Six priorités nationales : littératie en santé, santé mentale, vaccination (feuille de route 2025-2030 à onze objectifs), bien-vieillir, modification des normes sociales et environnements de vie (génération sans tabac pour les personnes nées après 2009, Nutri-Score rendu obligatoire, taxation des sucres ajoutés et des produits ultra-transformés).

Axe 4 – Piloter par la donnée et la science. Un espace public de données sanitaires, sociales et environnementales, une gouvernance confiée à la Direction générale de la santé, et un développement encadré de la prévention personnalisée par l’IA, avec une mise en garde explicite sur le risque de « fracture algorithmique » si cette prévention devient un service réservé à ceux qui ont les moyens d’y accéder.

La conclusion du rapporteur:  « Notre système de santé est sous pression» « On a oublié cette approche collective de la santé publique », regrette Cyrille Isaac-Sibille.

En France, on soigne bien, on rembourse beaucoup… mais le déficit de la Sécurité Sociale ne serait peut-être pas un gouffre si le pays avait une véritable politique de prévention.« On s’est trop appuyé sur les soins, pas assez sur la prévention », a-t-il résumé en préambule de son intervention à l’Assemblée Nationale.

Sources : Synopsis – Rapport – Cyrille Isaac-Sibille-3 

Exposition des pompiers aux polluants, et en particulier aux PFAS ?

 

Pompier : un métier à risque ? « oui, parce qu’au-delà du risque en intervention, c’est un métier qui nous détruit de l’intérieur au niveau de la santé, du rythme du travail, des toxiques auxquels on peut être exposés » ainsi s’exprime  une « pompière professionnelle » de  Seine-Maritime, frappée de 2 cancers.

Elle a été surexposée aux PFAS  , ces «polluants éternels». utilisés pour leurs propriétés imperméabilisantes, on les retrouve presque toujours dans les tenues des soldat·es du feu ou les mousses anti-incendies. Ces molécules peuvent de plus perturber le système hormonal, voire provoquer des cancers.

Depuis 2025, quatre cancers sont reconnus en maladie professionnelle pour les pompiers. Le dernier à être entré dans la liste, c’est le cancer de la vessie. C’est un énorme progrès, qui représente des années de combat. Le cancer du foie est aussi reconnu, par exemple. Mais celui qui la touche, le cancer du sein, n’en fait pas partie.

Et de rajouter : « J’ai vu de nombreuses images de mes collègues sapeurs-pompiers dans les fumées, non protégés. Le matériel manque, les camions ne sont pas équipés en conséquence, il y a du retard dans les renouvellements du matériel parce que les SDIS, dans toute la France, n’ont pas les moyens financiers nécessaires. C’était un été catastrophique, pour les gens qui ont perdu leur maison, pour les animaux, les insectes, le sol, les forêts entières » , et ceux qui ont assuré la protection des populations…

 

 

La mobilisation pour des mesures indispensables face au changement climatique s’intensifie

Plus de 130 000 personnes ont marché partout en France le 26 septembre dans plus de 260 villes « pour le climat,  le vivant, la paix et la justice sociale ». « On avait l’impression que le mouvement climat était enterré, vous prouvez que ce n’est pas le cas », se réjouit Cyril Dion, cofondateur du mouvement des Colibris, lors d’une rencontre en ligne.« On a besoin d’être à nouveau très visibles et d’être massivement dans les rues », souhaite le réalisateur, qui appelle les participants de ce mouvement à se doter « d’un objectif clair » pour définir « la stratégie » et « trouver des alliés pour y parvenir ».

Lors de ces manifestations on pouvait croiser  des pancartes telles que les pancartes « Pas de futur sans nature », «Le Giec l’avait bien dit» Beaucoup tenaient par leurs présences  à afficher cette nécessité d’actions «en appui à une mobilisation citoyenne nécessaire au vu des dangers qui menacent l’humanité»

Tous  remettent en mouvement des militants animés depuis plusieurs années par la cause climatique, qui se sont éveillés par les connexions entre cet enjeu et les  inégalités. Cette mobilisation  s’élargit à de nouveaux arrivants choqués et sensibilisés par les événements de cet été, mais avec parfois des réticences à l’évocation de ces sujets, en lien avec la cause climatique.

« Les causes du dérèglement climatique et ses effets sont systémiques, nous n’avons pas d’autre choix que de trouver des modes d’action et des solutions systémiques, autrement, on risque de sacrifier la paix, le vivant et la justice sociale sur l’autel de la décarbonation, et de se priver d’alliances qui permettent justement de massifier le mouvement et de créer un rapport de force. »

Près de 50 000 signataires, dont près de 1 200 organisations… demandent un « plan d’urgence » pour l’adaptation au dérèglement climatique, « parce que l’été prochain sera plus chaud que celui-ci », et exigent que «contribuent celles et ceux qui ont fabriqué la catastrophe et qui en tirent profit soient impliqués dans le principe pollueur payeur»

Selon Allianz Research les canicules auraient couter prés de 113 milliards d’euros pour 30 pays d’Europe ce qui, pour la France, s’élèveraient à plus de 20 milliards de pertes économiques .

La fondatrice du mouvement Fridays for Future, Greta Thunberg, figure emblématique du mouvement climat depuis 2018, apporte elle aussi son soutien aux marches du 26 septembre.