Tous les articles par Jacqueline Collard

La santé des océans se dégrade et l’ensemble du vivant est concerné

Porter un nouveau regard sur la mer pour mieux la comprendre et profiter de ses immenses ressources devient nécessaire afin de sauver les humains.

L’océan recouvre plus de 72 % de la planète ; il régule le climat, préserve la biodiversité et soutient les économies et les cultures du monde entier. Il constitue le fondement de la vie sur Terre.

Dans certaines zones de l’océan, les plages ont disparu, on exploite de façon démesurée le sable, la mer est montée ( la chaleur de l’eau dilate le volume) , certaines iles du Pacifique sont menacées et ce n’est pas un phénomène nouveau, il est juste croissant . Sous l’impact du réchauffement climatique, les mers sont plus chaudes, ce qui explique en plus une partie de l’érosion marine et une modification de la faune et de la flore. Pour y remédier, il faut produire moins de CO2. Sans l’océan mondial, nous ne pourrions pas vivre: L’océan nous rend des services extraordinaires : il produit 50 % de l’oxygène que nous respirons.

Il ne s’agit pas seulement de protéger nos océans, il faut surtout émettre moins de CO2. La mer en absorbe 30 %, et le  stocke du carbone en profondeur, là où il n’est plus du tout en contact avec l’atmosphère. Il est donc davantage capable d’absorber du dioxyde de carbone (CO2) si l’eau transportée en profondeur est froide et si le courant l’emmène bien profond.Par ailleurs la menace majeure est l’acidification des océans qui émane de ces émissions, ce qui amplifie aussi les perturbations climatiques. sans compter l’ensemble des pollutions qui récupèrent les déchets de nos activités humaines. Ainsi  avec moins de brassage d’eaux aux températures différentes, l’océan pourrait dans le cas de chaleurs trop importantes de stocker moins de CO2, et ce sont des questions qui restent ouvertes.

Il est donc nécessaire de mener une transition énergétique et agricole ainsi que d’enrayer la déforestation, car les forêts elles aussi stockent du carbone

L’humanité est confrontée à une urgence océanique avec l’exploitation des ressources de la mer et son impact sur la biodiversité. Provoquer une rupture d’équilibre au niveau de l’océan par l’acidification, c’est détruire un univers dont on ne connaît pas plus de 3 %. La biodiversité marine représente 80 % de la biodiversité terrestre, non pas parce que les océans forment 72 % de la surface du globe, mais parce que les eaux marines sont beaucoup plus anciennes que les terres émergées.

Cent pays s’engagent à atteindre au moins 30 % d’aires marines protégées d’ici à 2030.

Quelque 550 experts issus de 86 pays ont consacré près de cinq ans à l’élaboration d’un rapport d’évaluation de 1 600 pages détaillant les défis auxquels l’océan est confronté. Ce document scientifique fournit les connaissances nécessaires à l’humanité pour protéger et préserver la planète.Baptisé « World Ocean Assessment » (Évaluation mondiale des océans), ce rapport révèle les éléments suivants.

Rapport ONU :  https://news.un.org/fr/story/2026/06/1158944

UNRIC – La communauté internationale se mobilise pour les océans

Sabrina Speich professeure au département de Géosciences de l’École Normale Supérieure (ENS-PSL) et chercheuse au Laboratoire de météorologie dynamique. Elle étudie la dynamique des océans et leur rôle dans le réchauffement climatique et précise « Je cherche à comprendre comment les océans digèrent le surplus de chaleur et de carbone ».

De plus en plus de canicules marines sévissent sur la planète

La température des océans n’a jamais été aussi élevée que  lors d’un mois de juillet qu’en 2026.Dans son dernier bulletin, l’observatoire européen Copernicus alerte sur une situation “exceptionnelle”, marquée par des températures record en Europe occidentale, mettant en difficultés les milieux marins.

La Méditerranée enregistre des températures bien au-dessus des normales saisonnières, les vagues de chaleur marine deviennent de plus en plus fréquentes. En Méditerranée, on a commencé à documenter des vagues de chaleur marine dès la fin des années 1990, c’est la fréquence et la régularité de ces vagues de chaleur : depuis 2022, on est dans un état quasi permanent d’anomalie thermique, toute l’année.En 2026, les océans( 86% de la surface de la planète) ont enregistré des records historiques de chaleur, avec une température moyenne de surface atteignant 20,98 °C en juin  et ce sera pire en juillet et Aout à priori.Ce nouveau pic s’explique par la combinaison de deux phénomènes. D’un côté, un réchauffement de fond, lent mais continu, lié aux activités humaines et à l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. De l’autre, un épisode El Niño qui agit comme un accélérateur ponctuel, réchauffant davantage encore les eaux du Pacifique tropical. Les deux effets se cumulent, ce qui explique l’ampleur inédite des relevés de cette année.

Cette température de l’eau réjouit sans doute les baigneurs ( en Méditerrannée on a  enregistré un record de 24,34 °C en juin 2026) , mais  cache une réalité inquiétante : celle d’une vague de chaleur marine qui a commencé et se poursuit tant dans notre pays qu’à l’échelle mondiale.

Le chercheur en écologie marine Thierry Perez alerte sur les conséquences dévastatrices de ce phénomène sur les écosystèmes « le terme «canicule marine» est assez récent – il est apparu dans un rapport du GIEC en 2019 – et qu’il n’existe pas encore de définition universelle. Ce qu’on observe en ce moment, ce sont des anomalies thermiques majeures, notamment en surface, avec des températures qui dépassent largement les normales saisonnières ». En Méditerranée, on observe donc une surmortalité massive d’organismes fixés sous la surface de l’eau, en particulier les coraux rouges, les éponges ou encore les gorgones et la constatation  que les espèces marines, quand elles le peuvent, migrent

Le réchauffement crée des conditions idéales pour certaines espèces introduites par l’homme, notamment via le canal de Suez comme le poisson lion ou le poisson lapin qui entrent en compétition avec la faune autochtone., mais aussi la surabondance de méduses qui consomment beaucoup de plancton, sachant que c’est la base alimentaire de nombreuses espèces de poissons pélagiques. Ce sont donc les écosystèmes marins qui sont le plus en difficultés.

Les océans n’ont jamais été aussi chauds : ce que révèle le dernier bilan de Copernicus

« Il coûtera toujours moins cher d’agir aujourd’hui contre le réchauffement climatique que de réparer les conséquences »

Le réchauffement est une menace grandissante pour la santé des individus.

Quel est l’impact du changement climatique sur la santé ? Quels sont les effets bénéfiques de la transition climatique ? Comment mettre en œuvre des politiques efficaces pour la santé et pour l’environnement ?

Les études scientifiques démontrent que les politiques environnementales ont aussi beaucoup de bénéfices pour la santé, un sujet souvent passé au silence dans les débats *L’épidémiologiste Kévin Jean chercheur en santé publique apporte des réponses.

La mortalité supplémentaire n’est pas le seul problème de santé posé par les canicules. Le dernier rapport du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] montre que les effets du réchauffement sur la santé sont largement négatifs dans beaucoup de domaines.

2 effets immédiats :

La mortalité supplémentaire n’est pas le seul problème de santé posé par les canicules. Le dernier rapport du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] montre que les effets du réchauffement sur la santé sont largement négatifs dans beaucoup de domaines.

– avec l’augmentation notable de l’ozone. Ce polluant secondaire qui se fabrique dans l’atmosphère dans des conditions d’ensoleillement , de polluants et de températures spécifiques.

– avec les augmentations de températures facilitant les sécheresses extrêmes qui sont le creuset d’ une pollution générée par les feux de forêt, eux mêmes  émetteurs de particules fines qui voyagent sur de très longues distances.

Les effets sur la santé peuvent  essentiellement se manifester d’abord en termes de décès, mais aussi sous forme de pathologies chroniques. On risque d’avoir une augmentation des maladies cardiovasculaires, des maladies métaboliques, comme le diabète, et des cancers.

Ce chercheur nous livre quelques effets bénéfiques:  Le premier aspect qui en ressort, justement, c’est que lutter contre le réchauffement améliore la qualité de l’air : si on améliore la qualité de l’air, on voit des effets immédiats, en quelques mois, sur les maladies cardiovasculaires, le diabète ou les cancers.

L’autre impact positif vient-il du développement du vélo, de la marche et des transports publics, puisqu’ils nous sortent de notre sédentarité ?

Prendre conscience de la nécessité de modifications agro-culturales: Aller vers une alimentation plus végétale va être favorable à la fois pour le climat, pour la biodiversité mais aussi pour la santé des personnes. Améliorer le contenu de nos assiettes peut  donc avoir un effet bénéfique tant sur la qualité alimentaire que sur l’ effet de serre.

Et simultanément le coût et le bénéfice économique de ces différentes politiques ne sont pas assez valorisées ? »On a même très souvent des bénéfices pour la santé qui vont excéder les coûts de réduction des émissions de gaz à effet de serre » ajoute l’épidémiologiste. Les politiques climatiques impliquent des efforts aujourd’hui pour des bénéfices de long terme. C’est aussi pour cela que c’est difficile, puisque en psychologie, on appelle cela « la préférence pour le présent ».

On peut regarder les objectifs climatiques comme des trajectoires sans regrets : on a des bénéfices dès maintenant, et on se met en meilleure position pour le futur.

*Jean Kévin est professeur junior en Santé et Changements Globaux au Département de Biologie de l’ENS (IBENS, équipe Eco-évolution mathématique). L’épidémiologiste concentre ses travaux sur les bénéfices pour la santé des politiques climatiques. Des recherches interdisciplinaires, à la croisée des sciences dures et des sciences sociales.

https://www.ens.psl.eu/actualites/les-scientifiques-se-doivent-de-produire-des-connaissances-meme-de-favoriser-les

« Personne ne sauvera la planète à notre place », insiste Mélusine Boon-Falleur

Mélusine Boon-Falleur, docteure en sciences cognitives de l’Ecole normale supérieure, enseignante-chercheuse au centre de recherche sur les inégalités sociales de Sciences Po, est allée creuser les leviers psychologiques qui empêchent le passage à l’action.

Son livre « Les pingouins ne sauveront pas la banquise » ce sont les humains tel est son message fort à travers son ouvrage.

Elle poursuit : « Aujourd’hui, nous savons, nous ne sommes plus à l’époque de la recherche. Nous sommes à la fois tout à fait sûrs du réchauffement climatique, de son ampleur, de ses origines humaines et c’est un sujet bien connu de la population. En outre, nous disposons des solutions techniques et des ressources financières pour le résoudre. Et pourtant, nous ne passons pas à l’action »….

« Un même individu, en fonction de ce contexte, va pouvoir soit décider de s’engager très fort pour l’écologie, soit au contraire, ne pas du tout vouloir changer son mode de vie ». …

 » Notre cerveau va produire tout un tas de raisons qui vont nous pousser à croire que si on nous enlève ça, ça va être très coûteux psychologiquement. Ça le serait en effet si on était le seul à le faire mais si collectivement on se mettait d’accord, ce ne serait pas si éprouvant…… »Effectivement pour que ça fonctionne, il faut que tout le monde participe, c’est une des conditions d’acceptabilité. Une première étape peut consister à montrer que personne, pas même les plus riches, n’est à l’abri du changement climatique et qu’a priori les perturbations, pas seulement climatiques, météorologiques, naturelles, mais aussi sociales et économiques vont être tellement importantes, que personne ne sera protégé. Être très riche ne va pas suffire pour se protéger ».

Mélusine Boon-Falleur
Les pingouins ne sauveront pas la banquise    Éditions JC lattes    205 pages    2026

Lever nos obstacles cognitifs pour enfin passer à l’action écologique

Mélusine Boon-Falleur lève un à un nos obstacles psychologiques à l’action environnementale et identifie des outils simples, concrets, pour sortir de l’impasse. On le sait, la vie sur Terre est en danger.
Pourtant, si les politiques, les institutions et les individus ont connaissance du problème, notre réponse se caractérise surtout par notre inaction.Manier des ordres de grandeur intelligibles, mobiliser l’engagement émotionnel, simplifier les pratiques durables… Nous disposons d’un arsenal de leviers pour enfin passer à l’action à l’échelle collective.

Plus d’une sur cinq stations de traitement des eaux usées sont non conformes

Il y a 35 ans la Commission européenne a voté la directive  91/271/CEE du 21 mai 1991, relative au traitement des eaux résiduaires urbaines/ Elle concerne la collecte, le traitement et le rejet des eaux résiduaires urbaines ainsi que le traitement et le rejet des eaux usées provenant de certains secteurs industriels. Elle a pour objet de protéger l’environnement contre une détérioration due aux rejets des eaux résiduaires précitées. Cette directive a été transcrite en droit français par le décret du 3 janvier 1994.

En France nous possédons 22 901 usines d’épuration actives, or prés de 5 000 stations d’épuration , soit  un peu plus d’une sur cinq, ne respectent pas les normes européennes de traitement des eaux usées 28% des intercommunalités françaises (6 386) possèdent une ou plusieurs stations non conformes aux exigences de traitement des eaux usées, d’après les dernières données disponibles.En ce mois de juillet, la Commission européenne a lancé une nouvelle procédure d’infraction contre la France pour 518 intercommunalités qui possèdent des stations d’épuration non conformes

Pour remplir ces objectifs de conformité , chaque station doit d’abord être en mesure de traiter l’ensemble des eaux usées reçues : celles provenant des toilettes, de la douche, de la cuisine, du lave-linge… et, parfois, celles de l’industrie ou de l’agriculture, après accord.

Quelles en sont les conséquences ? «Les niveaux d’oxygène dans l’eau diminuent, la vase s’accumule dans le fond des rivières et des lacs, ce qui entraîne une mortalité des poissons et autres organismes», résume Sophie Besnault, ingénieure chimiste spécialiste du traitement de l’eau à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

Il semble alors plus  difficiles de rendre certaines parties de cours d’eau aptes à la baignade puisqu’alors des risques sanitaires sont probables. Restons donc vigilants sur l’application de ces normes de rejets afin de ne pas pénaliser les utilisateurs à quelque niveau qu’ils soient.

https://www.eaufrance.fr/glossaire/directive-eaux-residuaires-urbaines
Traitement des eaux résiduaires urbaines (à partir de 2027)
Directive (UE) 2024/3019 relative au traitement des eaux urbaines résiduaires dans le cadre du plan d’action «zéro pollution» de l’UE et des objectifs du pacte vert pour l’Europe.