Tous les articles par Jacqueline Collard

« Personne ne sauvera la planète à notre place », insiste Mélusine Boon-Falleur

Mélusine Boon-Falleur, docteure en sciences cognitives de l’Ecole normale supérieure, enseignante-chercheuse au centre de recherche sur les inégalités sociales de Sciences Po, est allée creuser les leviers psychologiques qui empêchent le passage à l’action.

Son livre « Les pingouins ne sauveront pas la banquise » ce sont les humains tel est son message fort à travers son ouvrage.

Elle poursuit : « Aujourd’hui, nous savons, nous ne sommes plus à l’époque de la recherche. Nous sommes à la fois tout à fait sûrs du réchauffement climatique, de son ampleur, de ses origines humaines et c’est un sujet bien connu de la population. En outre, nous disposons des solutions techniques et des ressources financières pour le résoudre. Et pourtant, nous ne passons pas à l’action »….

« Un même individu, en fonction de ce contexte, va pouvoir soit décider de s’engager très fort pour l’écologie, soit au contraire, ne pas du tout vouloir changer son mode de vie ». …

 » Notre cerveau va produire tout un tas de raisons qui vont nous pousser à croire que si on nous enlève ça, ça va être très coûteux psychologiquement. Ça le serait en effet si on était le seul à le faire mais si collectivement on se mettait d’accord, ce ne serait pas si éprouvant…… »Effectivement pour que ça fonctionne, il faut que tout le monde participe, c’est une des conditions d’acceptabilité. Une première étape peut consister à montrer que personne, pas même les plus riches, n’est à l’abri du changement climatique et qu’a priori les perturbations, pas seulement climatiques, météorologiques, naturelles, mais aussi sociales et économiques vont être tellement importantes, que personne ne sera protégé. Être très riche ne va pas suffire pour se protéger ».

Mélusine Boon-Falleur
Les pingouins ne sauveront pas la banquise    Éditions JC lattes    205 pages    2026

Lever nos obstacles cognitifs pour enfin passer à l’action écologique

Mélusine Boon-Falleur lève un à un nos obstacles psychologiques à l’action environnementale et identifie des outils simples, concrets, pour sortir de l’impasse. On le sait, la vie sur Terre est en danger.
Pourtant, si les politiques, les institutions et les individus ont connaissance du problème, notre réponse se caractérise surtout par notre inaction.Manier des ordres de grandeur intelligibles, mobiliser l’engagement émotionnel, simplifier les pratiques durables… Nous disposons d’un arsenal de leviers pour enfin passer à l’action à l’échelle collective.

Plus d’une sur cinq stations de traitement des eaux usées sont non conformes

Il y a 35 ans la Commission européenne a voté la directive  91/271/CEE du 21 mai 1991, relative au traitement des eaux résiduaires urbaines/ Elle concerne la collecte, le traitement et le rejet des eaux résiduaires urbaines ainsi que le traitement et le rejet des eaux usées provenant de certains secteurs industriels. Elle a pour objet de protéger l’environnement contre une détérioration due aux rejets des eaux résiduaires précitées. Cette directive a été transcrite en droit français par le décret du 3 janvier 1994.

En France nous possédons 22 901 usines d’épuration actives, or prés de 5 000 stations d’épuration , soit  un peu plus d’une sur cinq, ne respectent pas les normes européennes de traitement des eaux usées 28% des intercommunalités françaises (6 386) possèdent une ou plusieurs stations non conformes aux exigences de traitement des eaux usées, d’après les dernières données disponibles.En ce mois de juillet, la Commission européenne a lancé une nouvelle procédure d’infraction contre la France pour 518 intercommunalités qui possèdent des stations d’épuration non conformes

Pour remplir ces objectifs de conformité , chaque station doit d’abord être en mesure de traiter l’ensemble des eaux usées reçues : celles provenant des toilettes, de la douche, de la cuisine, du lave-linge… et, parfois, celles de l’industrie ou de l’agriculture, après accord.

Quelles en sont les conséquences ? «Les niveaux d’oxygène dans l’eau diminuent, la vase s’accumule dans le fond des rivières et des lacs, ce qui entraîne une mortalité des poissons et autres organismes», résume Sophie Besnault, ingénieure chimiste spécialiste du traitement de l’eau à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

Il semble alors plus  difficiles de rendre certaines parties de cours d’eau aptes à la baignade puisqu’alors des risques sanitaires sont probables. Restons donc vigilants sur l’application de ces normes de rejets afin de ne pas pénaliser les utilisateurs à quelque niveau qu’ils soient.

https://www.eaufrance.fr/glossaire/directive-eaux-residuaires-urbaines
Traitement des eaux résiduaires urbaines (à partir de 2027)
Directive (UE) 2024/3019 relative au traitement des eaux urbaines résiduaires dans le cadre du plan d’action «zéro pollution» de l’UE et des objectifs du pacte vert pour l’Europe.

Le jour du dépassement mondial est déjà arrivé, chaque année plus tôt !

Ce 30 juillet, l’humanité a consommé l’ensemble des ressources écologiques que la planète est capable de régénérer en un an et cependant peu de personnes ne s’en inquiètent : et pourtant désormais nous vivons à crédit de ce que la planète Terre peut nous fournir.

L’humanité continue de consommer les ressources de 1,73 planète, et le dépassement écologique mondial est aujourd’hui « plus élevé qu’à n’importe quel moment de l’histoire », souligne le Global Footprint Network qui en fait l’analyse chaque année.

Pour l’année 2000 il se situait le 17 septembre et en 2020 le 16 août, on peut donc facilement constater la dégradation qui se poursuit.

Si le Jour du dépassement est souvent associé au carbone, il traduit plus largement la pression exercée sur l’ensemble des ressources naturelles et tout particulièrement sur l’eau dont le vivant a tant besoin. Cette année, ce dépassement trouve un écho particulier dans la crise de l’eau qui s’avère cette année trés préoccupante.

Plus de 80% du territoire fait aujourd’hui l’objet de mesures de restriction. Soixante-deux départements sont placés en situation de crise, tandis que plus de 30 000 personnes sont déjà privées d’eau potable. Dans plusieurs régions, les nappes phréatiques et l’humidité des sols affichent des niveaux comparables aux sécheresses historiques de 1976 et de 2022. Le gouvernement estime d’ores et déjà que l’épisode de 2026 pourrait coûter davantage que celui de 2022, évalué alors à 5,6 milliards d’euros.

Comme les climatologues l’annoncent depuis des décennies, l’exceptionnel est en train de devenir la norme : selon le bilan climatique publié mardi 4 août par Météo-France, le mois de juillet écoulé a été historiquement chaud et sec, et s’inscrit dans la continuité d’un mois de juin lui-même historique. Il s’insère surtout dans une récurrence d’étés eux aussi secs et caniculaires observés ces dernières années en France et en Europe, sous l’effet du réchauffement. Le manque d’anticipation de ces changements face à l’ampleur de l’urgence climatique n’est plus soutenable. Il est urgent  de dépasser les seules politiques de réduction des émissions et de demander  une véritable loi d’urgence climatique.

Une demande sociale pour rendre des cours d’eaux baignables

Plusieurs éléments et tentatives se font connaitre pour permettre un accès aux cours d’eau en vue de se rafraichir, et les  canicules que nous connaissons ne peuvent que nous intéresser faute d’un nombre suffisant de piscines. Lors des jeux Olympiques à Paris avec des investissements importants cette possibilité a été offerte avec des contraintes importantes et des difficultés notables,proposant  « un plan ambitieux pour améliorer la qualité de l’eau » au bénéfice de tous.

Pour tenter d’y remédier, collectivités locales et Agences de l’eau tablent sur quatre axes : renforcer le traitement des eaux usées ; mieux gérer les eaux de pluie en créant des bassins d’orage , notamment en cas de fortes pluies,  raccorder les bateaux au tout-à-l’égout, refaire les branchements défaillants d’ habitations non raccordées.

C’est un enjeu de « justice environnementale » pour nombre de ses partisans. Limoges, Metz, Besançon, cependant bon nombre de municipalités rechignent en effet à répondre à cette demande, tandis que  c’est possible en  Suisse, en Allemagne et aux Pays-Bas, où la baignade urbaine est une pratique développée et populaire.

Certaines interdisent carrément la baignade, d’autres optent pour l’inertie  par exemple en refusant d’aménager les berges.

Pour un membre du collectif Baignade critique à Besançon, « l’idée n’est pas de dire “baignons-nous tous maintenant”, mais de créer peu à peu une culture de la baignade, se réapproprié le besoin de savoir nager. Savoir à quoi s’attendre quand on se met à l’eau dans une rivière, comment nager dans le courant, gérer ses limites ». mais  il  pointe d’autres freins. « Il faut créer des sites accessibles, avec des berges en pente douce, sécuriser le lieu même de la baignade ». Un avis partagé par la chercheuse Gabrielle Bouleau, qui a suivi de près le plan baignade parisien. « On a beaucoup entendu parler des enjeux sanitaires : la contamination de l’eau par des bactéries pathogènes, mais il y a aussi de nombreux enjeux sociaux. En particulier, anticiper l’engouement que va créer l’ouverture de la baignade, en termes de sécurité, de conflits d’usages et de gestion des déchets. »

Malgré les obstacles, les villes ont tout à gagner à faciliter les bains urbains, selon les promoteurs. « En se reconnectant à la rivière, on se sent davantage concerné par la préservation de ce milieu naturel » et par conséquent, c’est un enjeu social intéressant.

 

50 ans de droit de l’environnement et où en est-on?

Adoptée le 10 juillet 1976, la loi relative à la protection de la nature constitue l’un des textes fondateurs du droit français de l’environnement. Elle a marqué un changement de paradigme en affirmant que « la protection des espaces naturels et des paysages, la préservation des espèces animales et végétales, le maintien des équilibres biologiques […] sont d’intérêt général ».

Parmi ces atouts cette loi reconnaît aussi les associations de protection de la nature grâce à l’agrément de protection de l’environnement, ce qui leur donne une vraie place dans les consultations publiques et les instances de décision. C’est un premier jalon de la démocratie environnementale.

En 2012 : François Hollande promet, lors de la Conférence environnementale, une grande loi de reconquête de la biodiversité ;elle verra le jour en 2016 avec le principe de solidarité écologique, celui de non-régression, le renforcement du principe «éviter, réduire, compenser», ou encore la reconnaissance du préjudice écologique

en 1993  loi sur la protection et la mise en valeur des paysages

Malgré la mise en place de ces lois, et bien avant les affaiblissements récents, la biodiversité a continué de décliner rapidement dans notre pays et depuis la nouvelle loi d’urgence  agricole cet affaiblissement se poursuit.

loi biodiversité du 8 aout 2016  pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages :  https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000033016237

Et enfin en ce mois de juillet est votée la loi d’urgence agricole qui dévoile un ensemble de mesures destinées à répondre aux revendications du monde agricole. Eau, concurrence déloyale, protection des élevages, restauration collective ou relations commerciales : le texte entend agir sur plusieurs fronts pour soutenir les exploitations françaises.Elle a été adoptée définitivement le 20 juillet 2026, inclut des mesures sur l’eau, les pesticides, les tirs de loups, les importations et un plan d’urgence de plus de 300 M€ pour soutenir les agriculteurs français.

Nous assistons malgré des plaidoyers significatifs à une dernière salve  d’un modèle productiviste et intensif qui n’est plus possible.Il est encore très puissant, mais il va droit dans le mur ceci par le changement climatique, les pollutions environnementales, les impacts sur de la santé , et même des rendements, qui ne progressent plus malgré les pesticides et les autres soi-disant innovations.