Tous les articles par Jacqueline Collard

Face à ces excés de chaleur la climatisation est largement plébiscitée : on va examiner les enjeux

Alors que nous observons des successions de fortes chaleurs, conséquences directes du changement climatique, la France jusqu’alors plus épargnée, ne s’était pas lancée dans une demande de climatisation comme elle la connait depuis des semaines, c’est pourquoi l’impact de la climatisation reste jusque là moins important comparé à d’autres pays.

Or l’ancienne ministre de la Transition énergétique redevenue député pointe  les effets constatés de dérégulation que l’on a connus ces dernières années sur l’anticipation de ces événements que nous connaissons « avec le trouble qui a pu être créé par certains groupes pour ralentir l’action climatique », estimant que « tous ces retards-là, on les paye aujourd’hui et il faut vraiment accélérer ». Elle insiste sur la nécessité d’accélérer l’adaptation du bâti : « Logements, infrastructures énergétiques », mais également les transports. Concernant la rénovation thermique des bâtiments, Agnès Pannier-Runacher regrette que celle-ci ait été « empêchée pendant un quart de l’année en 2025 parce qu’on n’avait pas de budget, puisque non suivie par certains parlementaires »

Face aux vagues de chaleur, l’Ademe recommande par ailleurs d’adopter les bons gestes : « Limiter l’ensoleillement direct, empêcher l’entrée d’air chaud pendant la journée, réduire les apports de chaleur à l’intérieur des bâtiments et évacuer l’air chaud pendant la nuit. »

Pour Clément Gaillard urbaniste spécialiste des projets bioclimatiques,  « Le problème d’adaptation à la chaleur se résout avec d’autres équipements (éventuellement couplés à la climatisation) comme les brasseurs d’air et les ventilateurs de plafond, qui consomment très peu d’énergie ».

L’Ademe estime que 3,5 millions de tonnes rien que pour les fluides frigorigènes, présents dans les systèmes de réfrigération, sont émises annuellement par la climatisation » dans l’Hexagone. « Ces fluides sont censés rester dans le climatiseur. Mais en cas de fuite ou de mauvais recyclage de l’appareil en fin de vie, le gaz frigorigène est émis dans l’atmosphère », détaille Vincent Viguié, (économiste spécialisé sur le climat et l’environnement) et n’oublions pas que ces fluides ont un pouvoir de réchauffement de l’atmosphère jusqu’à 2 038 fois supérieur à celui du CO2, comme le souligne l’Ademe. Concrètement, cela « représente environ 4,5% des émissions totales (CO²) générées par la production d’électricité en France », précise le rapport. L’agence préconise notamment « d’éviter autant que possible les climatiseurs mobiles (…), nettement moins performants que les autres catégories de climatiseurs ».

De plus l’installation de climatisations, particulièrement en ville que l’on installe pour refroidir l’intérieur réchauffe l’extérieur puisque rejette ces excès de chaleur dans le milieu naturel, accroissant les ilots de chaleurs urbains.(l’impact sur la température de l’air extérieur pourrait atteindre jusqu’à +2,4°C la nuit, et en cas de canicule extrême, cette hausse de la température pourrait culminer à +3,6°C).

N’oublions pas non plus la climatisation des voitures qui a le même effet! Aussi,  bien que des recherches soient en cours pour tenter de rendre la climatisation moins polluante, « les évolutions technologiques ne suffiront pas à réduire son impact sans une mobilisation des entreprises et des citoyens afin de privilégier les bons gestes et un recours raisonné aux solutions de climatisation », insiste l’Ademe.

https://www.ademe.fr/presse/communique-national/la-climatisation-vers-une-utilisation-raisonnee-pour-limiter-limpact-sur-lenvironnement

Un livre sur le long combat des victimes de pesticides

L’agriculture empoisonnée

Editeur: PRESSES DE SCIENCES PO

Auteurs: Jean-Noël Jouzel, Giovanni Prete

Ce livre, est le fruit d’une enquête menée pendant plus de dix ans, raconte le difficile cheminement des exploitants agricoles pour se dire victime et obtenir réparation.

Le 19 mars 2011, une dizaine d’agriculteurs se retrouvent à Ruffec. Ils sont accueillis sur l’exploitation céréalière de Paul François, atteint de troubles neurologiques à la suite d’une intoxication par un herbicide sept ans plus tôt. Les autres agriculteurs présents souffrent également de pathologies chroniques lourdes. Ce jour-là est créée Phyto-victimes, première association française d’agriculteurs victimes des pesticides.

Rien ne prédisposait ces exploitants, partie prenante d’un système agricole fondé sur l’utilisation massive de produits phytosanitaires, à s’engager dans une telle action collective. .Il pointe le rôle décisif joué par les proches familiaux mais aussi l’importance des alliés objectifs dans la mobilisation, médecins, syndicalistes, militants environnementalistes, avocats, journalistes, scientifiques, issus de mondes parfois très distants les uns des autres. À travers cette histoire à la fois intime et politique, il montre les effets sur le long terme d’une agriculture intensive toujours dominante aujourd’hui.

Jean-Noël Jouzel est directeur de recherche CNRS au CSO (Centre de sociologie des organisations, Sciences Po). Il est notamment l’auteur de Pesticides. Comment ignorer ce que l’on sait (Presses de Sciences Po, 2019).
Maître de conférences en sociologie à l’Université Paris 13,

Giovanni Prete est cherhceur à l’IRIS (Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux) et au CSO.

Un rapport éloquent sur les conséquences du numérique avec l’intelligence artificielle

Nous relatons quelques éléments clefs de ce nouveau rapport  du Shift Project :

Le numérique est un secteur qui prend de plus en plus de place dans nos vies et cela à l’échelle du Monde.   Il représentait déjà 3 à 4 % des émissions mondiales de GES en 2020 (The Shift Project, 2021), soit du même ordre que l’intégralité des poids lourds dans le monde (IEA, 2021) et avec une augmentation de 6 %/an en moyenne de cette empreinte. À l’échelle française, il représentait 4,4 % de l’empreinte carbone du pays en 2022 (ADEME, 2025).

La consommation électrique des centres de données est loin d’être endiguée par l’efficacité énergétique : l’explosion de l’offre de puissance informatique pourrait mener à une multiplication par 3 entre 2023 et 2030.

En prenant en compte les impacts de production et de construction (25 % du total), les tendances actuelles pourraient mener la filière des centres de données à doubler  ou quadrupler son empreinte carbone, jusqu’à émettre 920 MtCO2e/an en 2030, soit l’équivalent de 2 fois les émissions annuelles de la France. En Europe, les centres de données représentent déjà 2,5 % de la consommation totale d’électricité, avec une progression de 7 %/an. Elle pourrait doubler entre 2023 et 2030, et tripler à 2035.

En France, les centres de données représentent environ 2 % de la consommation totale. Cette consommation pourrait quadrupler à 2035, et pourrait représenter jusqu’à un quart du supplément d’électricité consommée par rapport à 2020.

https://theshiftproject.org/publications/intelligence-artificielle-centres-de-donnees-rapport-final/

Les canicules et leurs effets sur la production d’électricité nucléaire

En France nous avons 57 réacteurs nucléaires, et ils doivent être refroidis en permanence, d’où leur implantation près de la mer ou de cours d’eaux. C’est pourquoi lors des pics de chaleur, ces rejets d’eaux de refroidissement, entrainent des hausses de température des rivières, ou des fleuves, et de fait , peuvent contraindre EDF à réduire, voire arrêter sa production pour éviter de réchauffer davantage les cours d’eau (ce qui est problématique pour la faune et la flore aquatiques) .

Il existe 2 sortes de  circuits de refroidissement dans les installations nucléaires ; l’un dit fermé, , les rejets thermiques sont principalement effectués alors dans l’atmosphère, par le biais de tours aéroréfrigérantes,l’autre dit ouvert , dans ce cas les rejets thermiques sont entièrement effectués par voie liquide et donc directement dans le milieu.

EDF annonce déjà de devoir  envisager de baisser la production des centrales nucléaires du Bugey, dans l’Ain, et de Saint-Alban, en Isère. Face aux fortes chaleurs, ces restrictions permettront d’éviter un trop grand réchauffement des eaux du Rhône. Les rejets thermiques liquides sont encadrés : l’échauffement du milieu (pour toutes les centrales) et la température en aval (pour la plupart d’entre elles) ne doivent pas dépasser des valeurs fixées réglementairement. Les arrêts ou restrictions pour des raisons environnementales ont un effet limité sur la production nucléaire d’EDF avec une baisse annuelle estimée à 0,3%, mais pourrait être augmentée dans le cas d’évolution climatique à la hausse ( 1,4% à l’horizon 2035, puis 1,5% en 2050) . C’est pourquoi EDF a annoncé un plan d’adaptation de ses installations nucléaires, hydrauliques et insulaires, pour un total de 8,7 milliards d’euros d’ici 2040.

Une directive européenne sur l’information des ingrédients du petit déjeuner

La directive (UE) 2024/143 dite « petit déjeuner » a été transposée en droit français pour une application au 14 juin 2026 par le décret n°2026-312 du 24 avril 2026, pour être publié au Journal officiel.

De nouvelles règles sont posées pour l’étiquetage et la composition à partir du 14 juin 2026 révise plusieurs textes européens déjà existants sur des aliments du petit déjeuner très présents dans les rayons : miel, jus de fruits, confitures, gelées, marmelades, crème de marrons et laits de conserve partiellement ou totalement déshydratés. Sous l’étiquette familière de « petit-déjeuner », elle traite de traçabilité, de composition, de santé et de concurrence loyale. David Clarinval, alors vice-premier ministre belge et ministre de l’agriculture, déclarait lors de l’adoption du texte par le Conseil « Une transparence accrue donnera aux consommateurs les moyens de faire des choix plus éclairés et plus sains. »

Le Conseil de l’Union européenne indique que ces règles doivent permettre de mieux éclairer les choix des consommateurs, d’améliorer la transparence sur l’origine des produits et de réduire la fraude alimentaire. Les confitures et le miel sont particulièrement ciblés.

Cette règle européenne prévoit d’afficher plus clairement la composition du miel, des confitures, jus de fruits ou lait en poudre, elle a pour objectif de mieux informer les consommateurs, mais aussi de lutter contre les produits composés de sucres ajoutés.

décret 2026-312 du 24 avril 2026

https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053957438