Il n’avait jamais plu aussi longtemps en France. Avec plus de 35 jours de pluie consécutifs, le pays enregistre sa plus longue série de jours de précipitations depuis le début des mesures en 1959, battant le record 2023, a annoncé mercredi Météo-France.
Depuis le 1er janvier, les précipitations s’enchaînent : 42 jours de pluie sur 48 sur le pays en moyenne, soit seulement six journées sans pluie. Tout d’abord, on est en face d’événements hors normes.
Renforcée par le changement climatique, « Ces vents plus forts et les fortes pluies de la tempête Nils sont attribués au changement climatique induit par l’Homme», selon l’étude de l’équipe de scientifiques du laboratoire des sciences du climat et de l’environnement de l’université Paris-Saclay, ClimaMeter.«Nils est la troisième forte tempête hivernale de la saison sur la France après le passage de Benjamin (octobre 2025) et Goretti (janvier 2026)», indique Météo-France et la dernière qui s’invite au tableau: Pédro.Les précipitations régulières depuis le début de l’hiver ont gorgé les sols en eau, «un facteur aggravant en matière de dégâts», selon l’institution. Et cette nouvelle tempête Pedro,se manifeste par des crues « réalimentées », situation « inédite » et sur la côte ouest, la dépression faisant craindre des submersions par de puissantes vagues.
Elles sont caractérisées par une humidité de plus de 10% et localement jusqu’à 5% plus venteuses sur la France, l’Espagne et le Portugal aujourd’hui qu’elles ne l’étaient dans le passé» Ainsi Davide Faranda, directeur de recherche en sciences du climat au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), qui a participé à l’étude explique qu’«une atmosphère plus chaude peut contenir plus d’humidité, ce qui augmente le risque de fortes précipitations en cas de tempête».«Le changement climatique n’augmente pas nécessairement le nombre de tempêtes, mais il peut intensifier leurs effets lorsque les conditions atmosphériques sont favorables», note le chercheur. On constate d’ailleurs des cumuls de pluie depuis deux mois ont saturé le sol en eau, qui ne peut plus jouer son rôle d’éponge.
« Ce qui est complètement inédit c’est l’intensité et la durée, c’est à dire autant de pluie en si peu de temps. On n’avait pas vu cela depuis la fin des années 1950″, assure jeudi 19 février sur franceinfo, Esther Crauser-Delbourg, économiste de l’eau et fondatrice de Water Wiser, un cabinet de conseil en stratégie spécialisé dans les enjeux de l’eau. « Rues bétonnées, haies arrachées, rivières rectifiées… nos pratiques ont appauvri les sols, aggravant davantage les crues dans l’ouest de la France » , explique l’ingénieure hydrologue Charlène Descollonges qui ajoute: »« En accélérant les flux d’eau en surface, en surexploitant l’eau douce et en l’évacuant rapidement vers la mer, nous nous rendons vulnérables aux sécheresses comme aux pluies intensifiées par le changement climatique »
Dans un contexte de «crue généralisée», la directrice du service d’information Vigicrues, Lucie Chadourne-Facon, a évoqué auprès de l’Agence France-Presse (AFP) une «situation exceptionnelle» pour la France, dépassant «tous nos records» depuis que l’organisme a été créé en 2006, avec un taux d’humidité des sols jamais vu. Vigicrues alerte sur le fait que les prochaines pluies vont « réalimenter les crues actuelles » ou « les maintenir ». Vigicrues a placé le secteur de confluence entre la Garonne et la Dordogne, à l’entrée de l’estuaire de la Gironde, en vigilance rouge aux crues. La Garonne ne désemplit pas et la conjonction d’une nouvelle tempête et de forts coefficients de marée fait craindre des inondations dans deux quartiers de Bordeaux ( fleuve, qui traverse la neuvième ville de France (265 000 habitants) du sud au nord)jeudi matin. Le maire, Pierre Hurmic, a activé, mercredi, le plan communal de sauvegarde (PCS) de la ville, une première pour des crues depuis celle record des tempêtes de décembre 1999, qui pourrait être approchée jeudi matin à l’heure de la pleine mer, quand la marée fait monter le niveau de la Garonne.Il en est de même à Libourne (Le plan communal de sauvegarde a également été activé à Libourne (25 000 habitants)) , qui s’attend à « dépasser le niveau de crues connu en 1999 ».
Des interrogations subsistent sur le protections mis en place en amont comma la création de digues: Ainsi un élu du bordelais insiste: « Je voulais simplement rappeler à mes collègues de la communauté de communes, ainsi qu’à la préfecture et à l’Etat, qu’une digue est un moyen de protection des populations. » Et « ces moyens de protection ont été mis à mal », alors que cet entretien qui relève de la taxe Gemapi taxe,dédiée pour financer les travaux ( qui s’élève à 40 euros par habitant et par an dans les communes concernées).
Le Centre national d’évaluation des normes (CNEN) avait estimé, dans un avis rendu en septembre 2023(Nouvelle fenêtre), que le transfert des digues de l’État avait été mal préparé. Celui-ci évoquait « les conséquences financières importantes » de la loi de modernisation de 2014, de laquelle a découlé le transfert de compétences.Les élus du CNEN alertaient alors sur « les travaux d’envergure à prévoir dans les années à venir pour adapter les digues aux effets du changement climatique », avec des dépenses allant jusqu’à 15 milliards d’euros.
Charlène Descollonges ouvrage paru le 4 février Eaux vives, (éd. Actes Sud)