Tous les articles par Jacqueline Collard

Modification du régime relatif à l’évaluation environnementale et aux critères de saisine de la Commission nationale du débat public

Le décret, publié ce 3 mars, soustrait les data centers, les raccordements des parcs éoliens en mer et les lignes électriques sous-marines du champ de la CNDP, en excluant les créations de lignes souterraines de tension supérieure ou égale à 400 kV. réduisant de facto l’information et la participation du public à ces projets. le texte est pris en application des articles L. 121-8 et L. 122-4 du code de l’environnement.

« Exclure ainsi du champ de compétence de la CNDP les alimentations souterraines des centres de données, certaines liaisons électriques de parcs éoliens en mer ainsi que les lignes électriques sous-marines ne va pas sans soulever des questions « , a objecté la CNDP pendant la phase de consultation publique du texte. Car cela revient, selon elle, « à soustraire de la compétence de la CNDP des projets dont elle a pleinement vocation à connaître, en raison de leurs enjeux socio-économiques et de leurs impacts significatifs sur l’environnement ou l’aménagement du territoire ».      L’autre objet du texte (art. R.122-3) est de transférer des missions de l’autorité environnementale relevant du ministre chargé de l’environnement auprès de la formation d’autorité environnementale (Ae) de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (Igedd).

La remise en cause de la consultation publique et du rôle de la CNDP sur des projets d’envergure nous pose question.

Décret n° 2026-146 du 2 mars 2026 portant modification du régime relatif à l’évaluation environnementale et aux critères de saisine de la Commission nationale du débat public

Les pesticides coupables de bouleverser la biodiversité des sols

La revue Nature  vient de produire une étude établissant  le lien entre les modes d’agriculture et les écosystèmes du sol.

Le résumé porte sur les effets de 63 pesticides sur les archées de sol, les bactéries, les champignons, les protistes, les nématodes, les arthropodes et les principaux groupes de gènes fonctionnels sur 373 sites couvrant les forêts, les prairies et les terres cultivées dans 26 pays européens. Les résidus de pesticides ont été détectés dans 70% des sites et sont apparus comme le deuxième moteur le plus fort des modèles de biodiversité du sol après les propriétés du sol.

Les pesticides ont modifié les fonctions microbiennes, y compris le cyclage du phosphore et de l’azote, et supprimé les taxons bénéfiques, y compris les champignons mycorhiziens arbusculaires et les nématodes bactérivores.« Plus que le nombre de pesticides retrouvés, c’est leur rémanence dans les sols qui est inquiétante », souligne Patrick Lavelle, professeur émérite en écologie des sols à Sorbonne Université à Paris.

Köninger, J., Labouyrie, M., Ballabio, C. et coll. Les résidus de pesticides modifient la biodiversité taxonomique et fonctionnelle dans les sols. Nature 650, 367–373 (2026). https://doi.org/10.1038/s41586-025-09991-z

 

Une étude INRAE CNRS publiée sur le stockage du Carbone dans les sols

Une base de données  sur le stockage  des sols en Carbone a été publiée le 19 février dans la revue Scientific Data (1)  construite par une équipe de scientifiques internationaux, coordonnée par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Elle permettra de guider les politiques publiques concernées afin d’apprécier les différentes approches agricoles.

Elle est issue de la compilation de données portant sur 34 sites agronomiques de longue durée sur sur des sites agricoles d’Europe, d’Australie et d’Amérique (Nord et Sud). , et  étudiés sur plus de dix ans. « Les apports de carbone arrivant au sol ont été calculés à l’aide d’informations de rendements agricoles, de résidus de récoltes restitués au sol et d’apports d’amendements organiques (compost, engrais…). Le jeu de données intègre également les conditions climatiques quotidiennes extraites de chacun des sites d’étude », explique l’Inrae.

1. la publication dans Scientific Data
https://www.nature.com/articles/s41597-026-06863-7

Gestion des crues et retours d’expériences après ces épisodes de pluies intenses

Le changement climatique perturbe le cycle de l’eau comme les habitudes de ses gestionnaires. Une session organisée par le Creseb lors du Carrefour des gestions locales de l’eau en a dressé le constat et brossé des pistes pour y répondre.

La France a connu une période record de 40 jours de pluie ininterrompue  et plusieurs tempêtes successives, avec des conséquences sur les niveaux de nombreux cours d’eau. Si la vigilance rouge a été levée mercredi matin dans les deux derniers départements concernés, les crues ne sont pas pour autant terminées et Météo-France  maintient quatre départements en vigilance orange. Le niveau de l’eau baisse enfin, mais doucement. « Depuis le 1er janvier, il est tombé l’équivalent d’un hiver entier de précipitations, voire plus, sur la pointe bretonne, un large quart sud-ouest et le pourtour méditerranéen », souligne Météo-France. Ces pluies continues et fournies ont gorgé les sols d’eau.

Le gouvernement vient de  publier un Arrêté ce mercredi 25 février au Journal officiel  sur un état de catastrophes naturelles dans 294 communes après les crues qui ont principalement concernées l’Ouest de la France, depuis plus de deux semaines. Dans cette liste, 63 sont situées dans le Lot-et-Garonne, 77 en Maine-et-Loire et 91 en Gironde. Les personnes affectées par les intempéries ont désormais 30 jours pour déclarer leur sinistre auprès de leurs assureurs.  1,2 Milliard d’euros tel est le  coût des dommages des tempêtes Nils et Pedro et des inondations dans l’Ouest et le Sud-Ouest, d’après une estimation de France Assureurs et de la Caisse Centrale de Réassurance (CCR).

L’ingénieure hydrologue Charlène Descollonges prévient : « Si l’on en croit les projections liées au changement climatique, nous allons vers une augmentation de la fréquence de ces phénomènes. » Face à ce constat implacable, l’experte propose dans son dernier ouvrage, Eaux vives (éd. Acte Sud), d’améliorer la résilience de nos territoires. « Il y a plein de choses à faire »,  souligne-t-elle.

« Ce n’est pas que nous nous sommes mal-adaptés aux risques d’inondations, mais plutôt que, pendant longtemps, nous n’avons pas pris conscience que certains de nos choix allaient en fait aggraver le risque. C’est le cas des pratiques agricoles intensives qui ont été adoptées, avec des sols nus ou intensément travaillés et dont la structure n’est plus capable de laisser l’eau s’infiltrer. On a détruit la vie dans les sols, arraché les haies… On a aussi asséché des zones humides, fait disparaître des cours d’eau, tandis que d’autres ont été remembrés, canalisés..La bonne nouvelle, c’est que tout ça n’est pas irréversible.. »

Elle propose : un principe clé dans l’hydrologie régénérative consiste à laisser revenir les habitants du sol, les habitants des rivières, des forêts, etc. qui travaillent à régénérer ces écosystèmes qui nous protègent naturellement. On peut revenir à des paysages de bocage qui capturent et qui contiennent de l’eau. On peut redonner de l’espace aux rivières pour ralentir les flux. Il y a des solutions à mettre en place dans les forêts, comme dans les milieux urbains, où l’on peut largement désimperméabiliser les sols.

Le dernier ouvrage de Charlène Descollonges : Eaux vives (éd. Acte Sud).

Au salon de l’Agriculture une contre-proposition du collectif Nourrir à la loi Duplomb

Pour répondre à l’urgence alimentaire et écologique un collectif d’organisations écologistes et paysannes : le collectif Nourrir a présenté sa contre-proposition à la loi Duplomb : «Une réponse au cri d’alarme porté par plus de deux millions de pétitionnaires».

Après une présentation au JO d’Aout 2025 et tandis que le loi Duplomb1 fait l’objet de discussions au Parlement suite à  une mobilisation citoyenne sans précédents, c’est la nouvelle version Duplomb 2 qui fait l’objet de positions fortes.

Fruit de plusieurs mois de travail, et à l’occasion du Salon de l’agriculture, le Collectif Nourrir a rendu public son manifeste appelant à installer un million de paysans d’ici 2050 afin de réaliser son projet de transition agroécologique  le Collectif Nourrir est une association regroupant une cinquantaine d’organisations « paysannes et citoyennes », toutes aussi hostiles les unes que les autres au modèle agricole qui nourrit la France a présenté ce mardi sa propre proposition de loi «pour répondre à l’urgence agricole et alimentaire». On y retrouve  Greenpeace, France Nature Environnement, Les Amis de la Terre, Générations Futures, Agir pour l’environnement. Mais également la Fnab et la Confédération paysanne, dont l’un des responsables vendéens, le producteur de lait bio Mathieu Courgeau, y figure comme coprésident.

«Il y a une situation catastrophique au niveau agricole et de très fortes inquiétudes du côté des citoyens, et les propositions du gouvernement ne sont pas à la hauteur de la situation, décrit Julie Maisonhaute, membre du bureau du collectif Nourrir. On ressent fortement un besoin de protéger les agriculteurs qui restent en France et les citoyennes et citoyens, leur santé et leur capacité à se nourrir.»

Dans son  manifeste, le Collectif propose d’installer d’ici 2050 un million d’agriculteurs en France, soit 40 000 installations par an. C’est-à-dire trois fois plus qu’actuellement. Selon Mathieu Courgeau, « atteindre 1 million de paysans et de paysannes d’ici 2050 n’est pas une utopie : c’est une nécessité à laquelle les politiques publiques doivent résolument s’atteler ». Et il formule le souhait de s’appuyer sur la loi d’orientation agricole en cours de concertation pour « fixer ce cap ».

Composé de sept articles précis portant sur différents enjeux de l’agriculture, ce texte se veut un contre-pied à la première loi Duplomb ( sur les pesticides, l’élevage intensif, le stockage d’eau…)avec comme objectif : Faire de l’alimentation un droit : la vision du Collectif Nourrir pour garantir un accès digne à une alimentation choisie, saine et durable pour toutes et tous,

https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-3014

LOI n° 2025-794 du 11 août 2025 visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteurs.

https://collectifnourrir.fr/wp-content/uploads/2023/02/Manifeste-Collectif-Nourrir-03-2023-SIA.pdf