Tous les articles par Jacqueline Collard

Un livre plus que d’actualité : Nature et préjugés de Marc André Sélosse

Auteurs :  le biologiste et naturaliste Marc-André Selosse  et Rafaelian Arnaud

Les êtres humains ont longtemps survécu sur Terre en bricolant avec les connaissances du moment. Monocultures, pesticides, combustibles fossiles… Nous comprenons aujourd’hui que nous devons faire autrement. L’idée de ce livre brillant est simple : la notice pour mieux habiter notre monde se trouve sous nos yeux. Il suffit d’observer le vivant. Une écologie lucide pour un monde vivant

Nature et préjugés n’est pas un simple livre de vulgarisation scientifique : c’est un antidote intellectuel aux illusions qui brouillent notre rapport au vivant. En dix essais incisifs, Marc-André Sélosse démonte les grandes idées reçues qui traversent notre vision contemporaine de la nature — de l’illusion d’un équilibre naturel à la glorification du « tout naturel », en passant par le fantasme d’une nature morale, sage ou coopérative.

Ce qu’il nous propose, ce n’est pas une énième dénonciation de l’impact humain, mais un changement de paradigme : penser la nature comme un système vivant, dynamique, souvent chaotique, toujours complexe. Refuser de sacraliser la nature, ce n’est pas l’abandonner — au contraire, c’est apprendre à mieux l’écouter, à mieux la comprendre, pour mieux agir.

Le message central du livre pourrait se résumer ainsi : la nature ne donne pas de leçons, elle donne des données. Et c’est à nous d’en tirer des enseignements lucides, sans les transformer en dogmes. Cela suppose de dépasser le moralisme vert et les nostalgies romantiques, pour construire une écologie adulte, ancrée dans les faits et la responsabilité.

Marc-André Sélosse nous invite ainsi à passer d’une écologie fondée sur la peur, la pureté ou l’idéalisation, à une écologie fondée sur la connaissance, la nuance et l’action. C’est une écologie de la coévolution, de la gestion adaptative, de la symbiose et du sol. Une écologie qui reconnaît notre rôle dans le vivant — pas comme perturbateurs externes, mais comme acteurs biologiques à part entière.

Au fond, Nature et préjugés est un plaidoyer pour une pensée écologique critique, informée, humble. Et dans un monde saturé d’injonctions simplistes sur le climat et la nature, ce livre est une boussole précieuse.

Au fil de cette odyssée, profondément humaniste, se dessinent avec clarté l’essence et l’espoir de nos vies : notre lien aux vivants, qui pourrait nous sauver de nos errements. 

Les feux d’artifice remis en question

Alors que la chaleur estivale est aggravée par le réchauffement climatique, notre planète a plus que jamais besoin de revoir nos habitudes. Cet été est l’occasion de réfléchir  et d’adopter des gestes plus écologiques. Bien que les feux d’artifice soient une tradition festive profondément ancrée dans la culture française, il est essentiel de prendre en compte leur impact environnemental.

Voilà le 14 juillet qui, jusque là connaissaient les traditionnels feux d’artifice, certes  féériques, ces feux ne sont pas tout à fait sans danger ni sur la santé et sur l’environnement.

Derrière les couleurs éclatantes, c’est à l’instar des pétards , un cocktail de produits chimiques qui est à l’origine des feux d’artifice. À chaque couleur correspond une substance : ainsi le blanc est fabriqué à partir d’aluminium, le vert de baryum, le violet de rubidium, le baryum qui peut causer des problèmes gastro-intestinaux, le cadmium qui peut affecter les poumons…… Des substances souvent toxiques ou cancérigènes lorsqu’on s’y expose à fortes doses.

Un feu d’artifice est composé d’une poudre noire composée de charbon, soufre et salpêtre (nitrate de potassium KNO3, à 75%), qui s’accompagne d’un composé qui libère de l’oxygène (généralement du perchlorate de potassium) et d’un composé combustible, qui crée également la couleur. En explosant, la bombe libère des millions de particules de poussières très fines (PM10 et PM2.5), des métaux lourds (strontium, baryum, cuivre, antimoine…) et du dioxyde de soufre  qui peuvent se rabattre sur les spectateurs en raison du vent ou se maintenir dans l’atmosphère quelques jours avant de se déposer dans l’environnement (forêts, champs, mer…). Ces particules issues de l’explosion d’un feu d’artifice seraient cinq fois plus polluantes que celles du smog, estime une étude menée par la ville de Montréal en 2010.

En plus de la pollution de l’air, les retombées des feux d’artifice contaminent aussi les sols et les plans d’eau. Les résidus de plastique, d’aluminium et d’autres matériaux peuvent s’accumuler, créant des risques pour la faune et la flore locales.

Une étude américaine de 2015 publiée dans la revue scientifique Science direct révélait une hausse de 42% du niveau de particules fines dans l’air au cours de l’heure qui suit le feu d’artifice, le taux ne revenant à la normale que le lendemain, 16 heures après le spectacle.

Cette année face aux nombreux feux de forets, d’une canicule qui s’installe de nombreuses préfectures l’Ain, l’Isère, la Savoie, la Loire et la Drôme, l’Hérault, l’Aude , les Pyrénées orientales ont interdit le tir de feux d’artifice ,  des villes ont pris les mêmes dispositions et c’est vraiment judicieux pour la protection des habitants et la gestion des risques.

loi n° 2021-646 du 25 mai 2021 et décret n° 2010-580 du 31 mai 2010.

L’INRAE annonce » Une agriculture sans pesticide, « c’est possible »

L »étude « Rés0pest », *l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) a fait « le choix d’une rupture drastique avec le système conventionnel en cultivant sans aucun pesticide, mais sans passer en agriculture biologique, puisqu’on a conservé un apport d’engrais minéraux », explique le chercheur Jean-Noël Aubertot, initiateur du projet. Il ajoute « seule la recherche publique pouvait prendre ces risques » sur différents systèmes (grandes cultures et polyculture-élevage) sur dix ans.

Mais passer d’un indice de fréquence de traitement (IFT) de pesticides de 16 pour la pomme de terre ou de 6 pour le blé à zéro n’a pas été sans conséquences.Pour les chercheurs, la baisse de rendement est compensée par les services écosystémiques rendus par ces systèmes, comme la biodiversité retrouvée, l’absence de coûts liés à la dépollution de l’eau et les coûts de santé publique.

L’essentiel était d’arriver techniquement à faire face à cet alibi imposé qu’on ne peut produire sans pesticides: le projet de loi d’urgence agricole en est un exemple emblématique. Dix ans de recherche sur le réseau Rés0Pest démontrent qu’il est possible de produire sans pesticides chimiques tout en restant rentable, ouvrant la voie à une troisième voie agricole. Les résultats de l’étude, publiés dans la revue Plant Disease, ne sont pas seulement une prouesse scientifique ; ils constituent une feuille de route pour l’avenir de l’agriculture durable.

* Rés0Pest est un réseau expérimental dont la finalité est de produire des connaissances mobilisables pour la conception de systèmes de culture innovants minimisant le recours aux pesticides en combinant des techniques alternatives et en valorisant les régulations biologiques, en grande culture et en polyculture-élevage.

Rés0Pest regroupe actuellement un lycée agricole, une Unité Mixte de Recherche et 8 Unités Expérimentales de l’INRA dont l’UE Domaine d’Epoisses. Les expérimentations Rés0Pest sur l’UE Domaine d’Epoisses apportent de solides connaissances à la mise en place de la plateforme CA-SYS.

https://plateforme-casys.hub.inrae.fr/projets/res0pest

INRAE, « Une étude expérimentale menée sur 10 ans montre le potentiel de systèmes de production agricoles sans pesticides », février 2026.

De multiples incendies impactent la pollution atmosphérique sur de nombreux territoires

Les fortes chaleurs, la sécheresse, la canicule provoquent tous les ans des incendies de forêt dans les zones à risques.

La pollution atmosphérique due aux feux de forêts contribuerait à plus de 13 % de la surmortalité totale en Europe attribuable à la pollution par les particules fines (PM2.5) selon les résultats du projet Exhaustion rapportés par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

l’Association AtmoSud a rassemblé les principaux enseignements de la littérature scientifique récente sur les émissions liées aux incendies, le transport des fumées, leurs effets sur la qualité de l’air et la santé, ainsi que les enjeux de surveillance.

Les fumées émanant des feux contiennent un mélange complexe de gaz, de composés organiques volatils (COV) et d’aérosols de différentes natures. Dans l’atmosphère, ces polluants primaires subissent des transformations physicochimiques qui peuvent donner naissance à des polluants secondaires. On peut y retrouver du dioxyde de carbone, du monoxyde de carbone, des oxydes d’azote, du méthane, ou encore de l’ammoniac. Le type de feux (prairies, forêts…) peut donner lieu à des profils d’émissions de fumées très différents.

Ces  fumées (mélange de gaz, particules solides et gouttelettes émises par la combustion) engendrées par les incendies peuvent se déplacer sur plusieurs centaines de kilomètres et ainsi contaminer différents milieux (air, eau, sol) et affecter des populations éloignées géographiquement, rappelons nous des feux canadiens qui l’an dernier se sont déplacés sur la France, en traversant l’océan.

Les méga incendies de la foret de Fontainebleau ont provoqué des taux de particules fines dépassant les concentrations en particules pour atteindre  400 microgrammes par mètre cube selon Ariparif qui, conjuguées  avec la canicule, pour laquelle  des niveaux soutenus en ozone étaient déjà présents ( autre polluant) , font que malheureusement, c’est la double peine pour les habitants à proximité des feux.

Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), citée dans la note, l’inhalation à court terme de fumées de bois altère les mécanismes de défense immunitaire des poumons. Ces particules «pénètrent profondément les voies respiratoires et peuvent toucher, outre les poumons, le cœur et d’autres organes», explique Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche à l’Inserm.

https://www.atmo-auvergnerhonealpes.fr/actualite/incendie-dans-le-diois-26-mobilisation-pour-suivre-limpact-des-fumees

https://www.atmosud.org/publications/etude-bibliographique-impact-des-feux-de-foret-sur-la-qualite-de-lair-2026

https://www.prevair.org/

Suivis des pesticides et leurs impacts pédiatriques au CHU d’Amiens et maintenant à Nantes

Une consultation pesticides et pathologies pédiatriques est créée au CHU Amiens-Picardie, une première en France   ​​

Cette consultation a été créée au Centre Régional de Pathologies Professionnelles et Environnementales des Hauts-de France au sein du CHU Amiens-Picardie à l’initiative du Docteur Sylvain CHAMOT, responsable des consultations et du Professeur Elodie HARAUX, urologue pédiatre, tous deux impliqués dans la recherche environnementale au sein du laboratoire Peritox et en collaboration avec l’ensemble des équipes des services de Chirurgie générale et viscérale pédiatrique, d’Onco-Hémato-Immunologie Pédiatrique et de chirurgie maxillo-faciale du CHU Amiens-Picardie.

Le Centre Régional de Pathologies Professionnelles et Environnementales des Hauts-de France – Site d’Amiens (CRPPE) du CHU Amiens-Picardie a mis en place depuis le 1er octobre 2023 une consultation « pesticides et pathologies pédiatriques » pour les enfants atteints de leucémies, tumeurs cérébrales, hypospadias et/ou fentes labio-palatines. Cette consultation vise à accompagner les familles, et faire reconnaitre l’exposition professionnelle d’un parent ou des deux parents aux pesticides

Toutes les familles dont l’enfant présente ou a présenté une de ces pathologies dont le diagnostic remonte à moins de 15 ans est éligible à cette consultation. Au cours du suivi de ces enfants, un questionnaire est désormais remis par leur médecin ou chirurgien réfèrent pour recherche d’une exposition professionnelle d’un des deux parents sur une période de vulnérabilité autour de la grossesse de cet enfant. L’exposition professionnelle d’un parent sur cette période pourrait être associée à un risque accru chez l’enfant de leucémie, tumeurs cérébrales, hypospadias et fentes labio-palatines.

Si une exposition professionnelle aux pesticides est possible, les parents seront contactés par le CRPPE pour un rendez-vous de consultation. L’expertise du médecin du CRPPE permettra de statuer quant à l’impact de l’activité professionnelle dans l’apparition de la maladie de​ l’enfant. Une demande d’indemnisation au Fonds d’Indemnisation des Victimes de Pesticides sera recommandée ou non selon la situation. Si l’exposition n’est pas retrouvée, un courrier indiquant qu’une consultation spécifique n’est pas adaptée sera adressé aux parents.

 Un deuxième CHU à Nantes  s’est lancé dans cette consultation .  Seuls deux hôpitaux en France ont mis en place des consultations dédiées aux pesticides et aux pathologies pédiatriques. Au-delà du soin, certains médecins en pédiatrie s’engagent également dans la prévention. Il est aujourd’hui établi que des pesticides peuvent franchir la barrière placentaire, s’accumuler dans les tissus du fœtus — notamment dans le cerveau — et engendrer des maladies graves chez l’enfant, souvent irréversibles.

Depuis 2023, la santé environnementale est intégrée aux programmes de formation paramédicale et médicale. Une avancée qui permet aux professionnels de la petite enfance de mieux comprendre les impacts des pesticides sur la santé et de renforcer la sensibilisation.

PLUS D’INFOS
Contactez le Centre Régional de Pathologies Professionnelles et Environnementales des Hauts-de France – Site d’Amiens (CRPPE) du CHU Amiens-Picardie :
03 22 08 77 60

CPPE@chu-amiens.fr
La page internet du CRPPE

Une consultation pesticides et pathologies pédiatriques est créée au CHU Amiens-Picardie, une première en France

https://www.chu-nantes.fr/service-de-pathologie-professionnelle-recherche-innovation

Chef de service : Dr Dominique Tripodi, PhD Biologie de la Santé, EA4638 LPPL