Tous les articles par Jacqueline Collard

Appliquer la loi Egalim: enjeu de santé publique: une demande incontournable d’associations

L’application de la loi EGalim est d’abord un enjeu de santé publique : le bio réduit l’exposition aux pesticides, tandis que l’interdiction du plastique en restauration collective limite l’exposition aux PFAS et autres polluants chimiques. Deux leviers complémentaires pour améliorer la qualité de l’alimentation servie chaque jour à des millions d’enfants et d’usagers. C’est aussi un enjeu agricole majeur. L’État demande aux agriculteurs et agricultrices de faire évoluer leurs pratiques, sans leur garantir les débouchés nécessaires à cette transition. Or sans marchés rémunérateurs, pas de transformation durable du modèle agricole.

 À chaque repas, nous choisissons notre agriculture. Chaque repas est un choix politique pour soutenir une agriculture plus durable et rémunérer correctement nos paysan·nes, protéger notre santé et préserver les écosystèmes.

Pourtant, l’État ne respecte pas les objectifs qu’il s’est lui-même fixés à savoir l’augmentation de la part de produits bio et locaux dans les cantines. Notre Affaire à Tous, Générations Futures, Bio Consom’acteurs, Agir pour l’environnement et le Collectif Les Pieds dans le Plat demandent au Gouvernement d’appliquer la loi EGAlim dans les restaurants collectifs dont il a la responsabilité.

Avec près de 4 milliards de repas servis chaque année, la restauration collective est un levier majeur de politique alimentaire. Pourtant, l’atteinte des objectifs de la loi EGalim ne fait l’objet d’aucun contrôle et, donc, d’aucune sanction.

Toutes restaurations collectives confondues, 60 % des cantines ne respectent pas les obligations de déclaration de leurs achats sur la plateforme « Ma Cantine ». Parmi les « bons élèves » qui ont télédéclaré, seuls 44 % atteignent les 20 % de produits bio, 34 % les 50 % de produits EGalim (dont bio) et 30 % les deux objectifs. (1).Un constat cohérent avec les données de l’Agence Bio, qui constate que le bio représente moins de 7 % des achats en valeur de la restauration collective. (2)

(1) https://ma-cantine.agriculture.gouv.fr/blog/59/

(2) https://www.agencebio.org/wp-content/uploads/2025/11/CARNET-RHD-France-LAGENCE-BIO_Nov.25.pdf

(3) https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/Bilan_interministeriel_SPE_2025.pdf – page 14

(4) https://www.legifrance.gouv.fr/circulaire/id/45655

Les limites planétaires dépassées s’aggravent encore

Le 21 septembre 2026, le Potsdam Institute for Climate Impact a publié la nouvelle édition de son étude annuelle « Planetary Health Check ». Plus de 60 scientifiques ont contribué à cette évaluation. Leur constat est net : sept limites planétaires sur neuf sont franchies, et toutes les sept se situent à leur niveau de dépassement le plus élevé enregistré jusqu’ici, ainsi on peut considéré que la gravité du diagnostic, elle, augmente.

La réflexion sur les limites planétaires remonte à 2009, c’est cette année-là qu’a été formalisé le cadre destiné à définir un « espace de fonctionnement sûr » pour l’humanité. Le cadre a ensuite été régulièrement révisé à mesure que progressaient les observations, les modèles climatiques et les connaissances sur les écosystèmes.

« Le diagnostic est sans ambiguïté. La pression augmente sur chaque limite planétaire déjà située hors de l’espace de fonctionnement sûr », déclare Boris Sakschewski, auteur principal du rapport.Deux limites seulement restent dans l’espace de fonctionnement sûr au niveau mondial : l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique et la charge en aérosols atmosphériques.

Rapellons-les:

  • Le changement climatique : l’excès de gaz à effet de serre dérègle les températures. Limite dépassée.
  • La biodiversité : trop d’espèces disparaissent et les écosystèmes s’affaiblissent. Limite dépassée.
  • L’utilisation des terres : les forêts et les espaces naturels reculent au profit des activités humaines. Limite dépassée.
  • L’eau douce : rivières, nappes phréatiques et humidité des sols sont trop perturbées. Limite dépassée.

En ce qui concerne  l’état des ressources en eau, le dernier rapport de l’ONU tire la sonnette d’alarme : le cycle mondial de l’eau subit des dérèglements structurels majeurs;surtout les réserves d’eau douce sont en baisse continue.

  • Les cycles de l’azote et du phosphore : les engrais déséquilibrent les sols et les milieux aquatiques. Limite dépassée.
  • Les substances nouvelles : plastiques, pesticides et produits chimiques s’accumulent dans l’environnement. Limite dépassée.
  • L’acidification des océans : le CO2 absorbé rend l’eau plus acide et fragilise la vie marine. Limite dépassée.
  • La couche d’ozone : elle nous protège des rayons ultraviolets. Son rétablissement se poursuit grâce aux mesures internationales. Limite non dépassée.
  • Les aérosols atmosphériques : ces particules polluent l’air et influencent le climat. La limite reste sûre à l’échelle mondiale, mais pas dans toutes les régions.

Une nouvelle assemblée citoyenne vient de commencer sur les enjeux de notre société

Ce dernier week-end à Paris se sont réunis 156 citoyen·nes tiré·es au sort, pour le lancement d’«Un commun accord», l’assemblée citoyenne initiée par Jean-Marc Jancovici pour tenter de dénouer quelques-uns des grands blocages de notre société, climatiques, économiques, sanitaires ou énergétiques.

Le premier rendez-vous a eu lieu ce samedi 19 septembre 2026. Ces citoyens seront chargés d’échanger sur certains dilemmes posés par notre société en lien avec les tensions écologiques, économiques ou géopolitique comme la gestion de ressources qui se raréfient, la tension entre emploi et pouvoir d’achat, entre libertés individuelles et dommages collectifs… S’en suivront 5 autres week-end de réflexions en commun.

Leur mandat ? Répondre à cette question centrale : «Au 21ème siècle, pouvons-nous encore espérer tout avoir ? ne rien changer, vivre comme avant», sous-entendu, alors que notre monde est plus contraint que l’ancien (l’énergie manque pour répondre à nos besoins) et que nos aspirations sont de plus en plus contradictoires – le toujours plus se heurtant aux limites physiques de la planète. «Espérer est le mot clef, insiste Jean-Marc Jancovici. Il faudra partir de vos rêves, de vos désirs, et définir la direction qu’il nous faut prendre pour avoir une chance d’y arriver.»

Pour ce premier week-end de travail, les citoyen·nes ont bénéficié des éclairages d’expert·es en géopolitique (Pascal Ausseur), économie (Patrice Geoffron), finances (Selma Mahfouz) ou climat (Valérie Masson-Delmotte). Un vaste tour d’horizon pour poser les enjeux et comprendre les contraintes physiques et financières de notre pays.

Afin d’engager chacun (e) de nous à faire des propositions une plateforme de financement participatif, a été crée, elle héberge déjà plus de 50 000 commentaires, et a vocation à accompagner et à nourrir les travaux des citoyen·nes tiré·es au sort. L’enjeu est énorme. Plus l’initiative bénéficiera de l’engouement du grand public, plus ses conclusions seront jugées légitimes. Or le nombre de 200 000 contributeur·ices est encore très insuffisant pour y parvenir, quoique déjà importante dès le lancement.

Parmi les soutiens à cette initiative, on compte Thierry Lhermitte, Albert Dupontel, Françoise Combes astrophysicienne, présidente de l’Académie des Sciences, Chloé Nabédian journaliste climat, Paul Mirabel, McFly et Carlito, prix Nobel de physique Alain Aspect, François Gabart, Amixem…

Peut-on participer même si on n’est pas l’un des citoyens tirés au sort ?

Afin de pouvoir contribuer, l’initiative demande un don symbolique de 1 euro afin de montrer le soutien au processus sur la plateforme Ulule *.

Une plateforme numérique – uncommunaccord.fr – a été mise en place afin de permettre à l’ensemble de la population de s’informer de l’avancée des travaux, de s’informer mais aussi de contribuer aux débats et aux dilemmes.

Exemples de ces dilemmes ? Comment limiter la pollution en ville sans nuire à la liberté de circulation ? Comment répondre à la demande en logements sans artificialiser les sols ? Comment produire français en gardant des produits peu chers ? Comment se débarrasser du gaz russe sans devenir dépendant du gaz étasunien ? Autant de questions, laissées au choix des citoyen·nes.

Les conclusions de l’assemblée citoyenne seront rendues publiques les 6 et 7 février, soit un peu plus de deux mois avant la présidentielle – un pari qui semble audacieux. Le but : faire émerger des compromis qui s’imposeront aux candidat·es.

  • un financement participatif (https://fr.ulule.com/un-commun-accord/)
  • La plateforme https://www.uncommunaccord.fr/ permet au grand public de participer à la démarche par l’intermédiaire de différentes fonctionnalités qui seront proposées tout au long du processus et particulièrement pendant la période de fonctionnement de l’Assemblée citoyenne

L’OMM confirme le lien entre qualité de l’air et climat

« Une fois encore, les articles du bilan annuel de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) soulignent l’importance de considérer la qualité de l’air et le changement climatique comme des enjeux liés et interdépendants », conclut- elle.

Ce rapport met l’accent sur une augmentation de la pollution causée par les feux de forêt ( émissions intenses de particules fines et de COV) et les vagues de chaleur qui risquent de compromettre les efforts déployés au plan international pour améliorer la qualité de l’air et protéger la santé des populations, ainsi que celle des écosystèmes.

Une étude citée dans le Bulletin de l’OMM indique que les épisodes extrêmes de fumée d’incendie ont triplé dans le monde depuis les années 1990, contribuant à près de 100 000 décès supplémentaires par an entre 2010 et 2018, bien que ce chiffre représente sans doute une sous-estimation.

En cette année 2026 où les vagues de chaleur auront été particulièrement récurrentes , elles ont favorisé la formation d’ozone près du sol. En effet, la combinaison de températures de l’air élevées, de conditions atmosphériques de stagnation et d’un rayonnement solaire intense favorise la formation d’ozone en augmentant les émissions de composés organiques volatiles (COV) provenant de la végétation et en accélérant les vitesses de réaction photochimiques*. Ce polluant a des conséquences sur la santé humaine (notamment des affections respiratoires), mais aussi sur l’agriculture et les écosystèmes.

Avec l’augmentation des températures «À l’avenir, les risques sanitaires liés à l’ozone devraient s’intensifier», est-il précisé dans le rapport. De surcroit, les particules d’aérosol peuvent se propager loin de leurs sources, traverser les océans et les continents, et modifier la façon dont l’atmosphère réfléchit la lumière du soleil. Elles peuvent également modifier les propriétés chimiques des sols et des plans d’eau et polluer des environnements qui, sans cela, seraient propres. On peut citer, par exemple, les dépôts de carbone noir, ou suie, sur la neige et la glace, qui diminuent la quantité de lumière solaire réfléchie par ces surfaces et peuvent, par conséquent, accélérer le processus de fonte.

* Guion A. et al., Émissions d’isoprène biogénique, vitesse de dépôt sec et concentration d’ozone en surface pendant les sécheresses estivales, les vagues de chaleur et les conditions normales dans le sud-ouest de l’Europe, European Geosciences Union, janv. 2023

OMM  – https://wmo.int/fr/media/news/un-bulletin-de-lomm-met-en-evidence-les-liens-entre-qualite-de-lair-et-climat

Un rapport officiel estime les coûts de la dépollution des eaux

Missionnés fin 2025 sur le financement de la dépollution de l’eau aux pesticides et PFAS, l’IGEDD, le CGAAER et l’IGAS ont estimé de leur côté les surcoûts totaux « entre 6,15 milliards d’euros et 11,3 milliards d’euros par an » dans un rapport remis au gouvernement en mai dernier qui n’a été rendu public que le 30 juillet. Les trois inspections rappellent qu’en 2024, « un peu plus de 29% de la population française a été exposée » à la présence dans l’eau potable de « pesticides ou de composés per‑ et poly‑fluoroalkylés (PFAS), polluants chimiques d’origine humaine, à des niveaux de concentration dépassant les limites de qualité européennes ».

« Cette situation est préoccupante pour la santé des populations, fragilise l’accès à l’eau, pèse sur la confiance de la population dans l’eau potable et sur les finances publiques », souligne la mission. La mission propose de plus une nouvelle doctrine d’anticipation, de qualification et d’intervention afin de mieux protéger l’eau potable et la ressource en eau et formule un corpus de recommandations pour faire évoluer : la gouvernance nationale et territoriale, la doctrine d’intervention et de financement et l’organisation territoriale des services d’eau potable. Elles visent à améliorer l’efficacité du système de gestion de l’eau potable, sans qu’il soit nécessaire de modifier le cadre législatif actuel (hors loi de finances).

https://www.igedd.developpement-durable.gouv.fr/depollution-de-l-eau-potable-strategies-et-pistes-a4466.html