Tous les articles par Jacqueline Collard

Des nanoparticules dans les bouteilles d’eau

 Les chercheurs de l’Université de Colombia dans  la revue PNAS  ont comptabilisé en moyenne 240 000 fragments de plastique détectables par litre d’eau, après avoir testé trois marques d’eau populaires américaines en bouteille plastique. Pour chaque litre, ils ont détecté entre 110 000 et 370 000 particules, dont 90 % étaient des nanoplastiques. Cette étude a développé une puissante technique d’imagerie optique pour l’analyse rapide des nanoplastiques avec une sensibilité et une spécificité sans précédent.

Les nanoplastiques sont  de plus en plus  présents partout sur la planète, que ce soit dans les eaux de pluie, sur les glaciers ou dans l’air . Les microplastiques font moins de 5 000 micromètres (soit 5 millimètres), tandis que les nanoplastiques font eux moins d’un micromètre. Ils sont si petits qu’ils se déplacent facilement et peuvent être ingérés tout au long de la chaine alimentaire et contaminer tout le vivant et même entrer dans le système sanguin et aller ainsi jusque  dans les organes dont le cerveau et le cœur.

Parmi les types de plastiques identifiés on retrouve particulièrement le nylon, provenant vraisemblablement de filtres en plastique utilisés pour purifier l’eau , et bien sur le  polytéréphtalate d’éthylène (PET), dont les bouteilles sont faites.

La pollution plastique devient  une préoccupation mondiale croissante, avec l’augmentation de la consommation de plastique chaque année, et les chercheurs ont montré la possibilité que les nanoplastiques traversent des barrières biologiques et pénètrent dans les systèmes biologiques

Cette étude soulève des questions sur les conséquences potentielles pour la santé de l’ensemble du vivant puisque le plastique ne disparait pas mais se fragmente sur le long terme en particules de plus en plus petites jusqu’à l’échelle nanométrique.

Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, le monde « croule sous le poids de la pollution plastique , avec plus de 430 millions de tonnes de plastique produits chaque année » et les microplastiques se retrouvent dans les océans, les aliments et l’eau potable, certains d’entre eux provenant des vêtements comme des filtres de cigarettes. Les efforts en vue d’un traité mondial sur les plastiques se poursuivent et deviennent de plus en plus urgents.

https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.2300582121

C. Vitali, R. Peters, H.-G. Janssen, M. W. F. Nielen, microplastiques et nanoplastiques dans les aliments, l’eau et les boissons; partie I. Événement. TrAC Trends Anal. Chem. 159, 116670 (2022).

B. E. Ossmann et al., Microplastiques de petite taille et particules pigmentées dans de l’eau minérale en bouteille. Res de l’eau. 141, 307-316 (2018).

Y. Huang et al., Caractéristiques des nano-plastiques dans l’eau de boisson en bouteille. J. Risque. Mater. 424424, 127404 (2022).

Y. Li, . . . . . . . . Wang, B. Guan, Séparation et identification des nanoplastiques dans l’eau du robinet. Environ. Res. 204204, 112134 (2022).

Des fibres d’isolation à examiner de près

Une équipe de chercheurs franco-chinois, dont un chimiste du CNRS Christian Amatore, s’est intéressée aux conséquences sur la santé des nanomatériaux inertes et spécifiquement des nanofibres de verre, utilisés dans l’isolation thermique.

Une étude du CNRS parue le 3 janvier 2024 dans la revue Nature Nanotechnology. sur l’usage de feutres de nanofibres inertes dans le secteur du bâtiment, montre qu’elles pourraient présenter les mêmes risques que l’amiante pour la santé de ceux qui les manipulent.Le potentiel pathogène de l’inhalation de nanomatériaux fibreux inertes utilisés pour l’isolation thermique (tels que l’amiante ou la laine de verre) serait lié non pas à leur composition chimique mais à leurs caractéristiques géométriques et à leur dimension, c’est donc du côté des dimensions des particules qu’il faut chercher les causes.

L’expérience a d’abord été menée in vitro puis vérifiée in vivo chez les rats. « Cette découverte questionne l’usage de ces feutres de nanomatériaux fibreux, jugés jusqu’alors moins délétères que l’amiante qu’ils substituent mais qui pourraient en réalité présenter les mêmes risques pour la santé de ceux qui les manipulent », conclut le CNRS.

ROS/RNS Leakage During Frustrated Phagocytosis of Glass Nanofibers Characterized by Nanosensor and its Implications on Lung Injury. Yu-Ting Qi, Fu-Li Zhang, Si-Yu Tian, Hui-Qian Wu, Yi Zhao, Xin-Wei Zhang, Yan-Ling Liu, Pingqing Fu, Christian Amatore, et Wei-Hua Huang. Nature Nanotechnology, le 3 janvier 2024.

DOI : https://doi.org/10.1038/s41565-023-01575-0

Les ZFE s’installent dans notre région Auvergne-Rhône-Alpes

Les ZFE (zones à faibles émissions) visent à interdire progressivement les véhicules les plus polluants, mais de nombreuses agglomérations rechignent toujours à les mettre en place, tiraillées par les citoyens.

Les métropoles de Lyon, Grenoble et Strasbourg poursuivent cependant leur mise en place  afin d’améliorer la qualité de l’air, en excluant en un premier temps, à partir de lundi 1er janvier, davantage de vieux véhicules diesel.

Depuis 5 ans ans et à partir de  deux lois (Mobilités de 2019 et Climat et résilience de 2021) ces ZFE sont mises en place dans un souci d’épargner les 48 000 morts prématurées par an en France. Les zones à faibles émissions sont un outil destiné à améliorer la qualité de l’air. Même si la qualité de l’air s’améliore en France depuis des années, elle reste un enjeu de santé publique majeur en particulier dans les grandes agglomérations, ce qui nécessite de poursuivre l’action.

Sur les 20 dernières années, les émissions liées aux activités humaines des polluants réglementés ont fortement diminué. La baisse atteint ainsi :
•    -62 % pour les oxydes d’azote depuis les années 2000 ;
•    -55 % pour les particules de diamètre inférieur ou égal à 10 µm (PM10) ;
•    -65% pour les particules de diamètre inférieur ou égal à 2,5 µm (PM2,5).

Fin 2022, un nouveau plan d’actions national pour réduire les émissions de polluants pour la période 2022-2025 (PREPA) a été adopté dans l’objectif de poursuivre ces améliorations. Il existe en Europe plus de 300 ZFE, appelées aussi low emission zones, qui ont toutes le même objectif : protéger la santé des riverains vivant dans les zones les plus denses et les plus polluées.

En ce début 2024 onze métropoles ont commencé à déployer des ZFE, chacune avec son propre calendrier. Une généralisation en France de ces zones est prévue par la loi d’ici à 2025 dans quarante-trois agglomérations de plus de 150 000 habitants.

Un nouveau Nutriscore annoncé plus exigeant

Le Nutri-Score a été développé en France en 2017, sous l’égide du chercheur Serge Hercberg de l’Université Sorbonne Paris Nord : son objectif initial était noble : informer les consommateurs sur la qualité nutritionnelle des produits alimentaires pour les aider à faire des choix plus sains et lutter contre l’obésité cette révision devrait prendre en compte de façon plus efficiente des sucres, du  sel, des mauvaises graisses, comme  l’absence de fibres.

Or le Nutri-Score ne prendrait pas en compte certains des enjeux de santé publique les plus problématiques: pesticides, allergènes, additifs, modes de production et de transformation pourtant importants quant à la qualité nutritionnelle des produits.

Or 6 ans après seulement 25% des produits alimentaires l’indiquent et cependant il n’est pas réputé comme suffisamment informatif, c’est dans ce cadre un nouveau Nutriscore est proposé à compter du 1er janvier 2024, mais les industriels de l’agro-alimentaire auront jusqu’à 2026 pour le mettre en œuvre.

Ce nouveau calcul du Nutri-Score connaît une révision intégrale de son algorithme en particulier intégrant une meilleure connaissance des quantités de sucres et de sel du produit

  • Harmoniser l’algorithme en assurant une classification cohérente de l’ensemble des boissons. Ainsi, le lait, les boissons lactées et les boissons végétales ont été incluses dans cet algorithme en assurant une classification du lait écrémé et demi-écrémé dans les classes les plus favorables et en permettant une différenciation entre les différents types de lait selon leur teneur en matières grasses et avec les boissons lactées sucrées
  • Mieux différencier la composition nutritionnelle des boissons selon leur teneur en sucres, en particulier pour les boissons faiblement sucrées, et modifier l’algorithme afin de limiter la substitution des sucres par des édulcorants
  • Maintenir la position spécifique de l’eau – seule boisson recommandée sans réserve par les organisations internationales – dans la catégorie A
  • Conserver une classification globalement similaire des jus de fruits et nectars (incluant les smoothies) par rapport à l’algorithme actuel du Nutri-Score, jugée adéquate par les experts au regard de la littérature scientifique
  • Est prévu dans le futur proche un « Nutri-score du climat et de la biodiversité » pour les produits alimentaires en privilégiant un affichage plus global, tenant compte de la « santé de la Terre ». On parlerait alors du Planet-score intégrant la présence de pesticides, biodiversité,les impacts climat et un pictogramme sur le mode d’élevage.

Les industriels ont deux ans pour écouler les stocks avec les anciennes étiquettes.

Le communiqué de presse du 24/03/2023 « L’algorithme de calcul du Nutri-Score évolue pour promouvoir des choix alimentaires plus favorables à la santé »

Communiqué de presse : Télécharger (pdf – 554.9 Ko)

 

Au 1er janvier, nouvelle cartographie des quartiers prioritaires : QPV

10 ans après la publication de la loi Lamy (programmation pour la ville et la cohésion urbaine du 21 février 2014) qui retenait pour la première fois un critère unique de pauvreté pour définir les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), cette nouvelle géographie tient mieux compte de l’évolution des réalités socio-économiques : ce qui était attendu depuis longtemps par les élus. Actuellement étaient identifiés  1 514 QPV depuis 2014. Cette nouvelle cartographie entrera en vigueur dès le 1er janvier 2024.

Grâce à ce nouveau zonage, 1362 territoires métropolitains répartis dans tous les départements bénéficieront des dispositifs de la politique de la ville, parmi lesquels :

  • 960 quartiers maintenus voient leur périmètre évoluer ;
  • 111 nouveaux quartiers entrants ;
  • 40 quartiers sortants (du fait d’une amélioration socio-économique, d’une évolution démographique).

C’est l’un des grands chantiers en cours du ministère de la ville, et qui  suscite cependant de nombreuses interrogations d’élus. La refonte de cette mesure, qui définit les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), a été lancée en mai en vue des nouveaux contrats de ville, baptisés « Engagements quartiers 2030, nés du croisement des données de l’Insee et du travail de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), ils doivent en outre se trouver dans une unité urbaine de plus de 10.000 habitants et compter au moins 1.000 habitants..  « Les préfets ont été outillés à l’aide de cartes et de données de l’Insee actualisées pour échanger avec les élus locaux et redessiner la carte des quartiers prioritaires avec souplesse », indique le cabinet du ministre du logement et de la ville, Olivier Klein.»  Notre volonté était de répondre aux besoins des plus fragiles et d’avoir un zonage au plus proche des réalités de chaque territoire », a assuré dans un communiqué la secrétaire d’État chargée de la Ville.

LOI n° 2014-173 du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine

décret du 30 décembre 2023 :     https://www.legifrance.gouv.fr/download/pdf?id=TngutXAISa4GeWXvS4DQMX-OXqevYP_NfPacm0cQN3E=

https://www.ecologie.gouv.fr/nouvelle-carte-des-quartiers-prioritaires-politique-ville