Tous les articles par Jacqueline Collard

Le 8ème volet de la Commission européenne inquiète (dite Omnibus)

L’omnibus de la simplification poursuit sa route. La Commission européenne en présente le huitième volet portant sur la législation environnementale.

Après la durabilité (directives CRD et CS3D), la politique agricole commune (PAC) ou encore les produits chimiques, l’exécutif européen a présenté, ce mercredi 10 décembre, un huitième volet de son plan de simplification baptisé Omnibus, après une consultation (1) lancée en juillet dernier et qui a recueilli plus de 190 000 contributions. Ce volet porte de nouveau sur la législation environnementale et affiche pour objectif de faire économiser 1 milliard d’euros (Md€) par an .

Avec ce volet de simplifications, l’Union Européenne manifeste sa volonté de prendre en compte la réalité des contraintes des entreprises selon le  contexte suivant « la réglementation est considérée par plus de 60 % des entreprises de l’UE comme un obstacle à l’investissement et 55 % des PME signalent les fardeaux réglementaires et administratifs comme leur plus grand défi ».

Et dans le même esprit dans une  frénésie de simplification, la Commission européenne a présenté un nouveau paquet de mesures Omnibus, consacré cette fois à la sécurité alimentaire , en supprimant la procédure de renouvellement des autorisations, c’est-à-dire en instaurant une autorisation illimitée à un grand nombre de pesticides, avec à ce sujet, de  préconiser une durée d’autorisation limitée à quinze ans pour les produits fabriqués à base de substances avec des durées illimitées.. Avec toujours le même leitmotiv : « Simplifier la législation » pour « réduire les charges des entreprises », tout en « maintenant les exigences très strictes de l’UE ».

Le changement climatique induit des difficultés d’approvisionnement alimentaire à l’échelle mondiale

Le changement climatique affecte directement notre sécurité alimentaire, tout en étant également influencé par nos choix alimentaires.  Des tempêtes historiquement violentes  (mousson forte et El Nino conjugués) ont dévasté l’Asie du Sud-Est ces derniers jours, provoquant des inondations meurtrières. Au-delà du lourd bilan humain, ces catastrophes révèlent la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales, dépendantes de régions concentrées et particulièrement exposées aux effets du dérèglement climatique .

Depuis 60 ans, les récoltes sont de plus en plus importantes, mais le changement climatique a déjà réduit cette croissance de 21 % à cause des températures plus élevées, des phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents et plus puissants, mais aussi des modification des populations de nuisibles et de la dégradation des sols. Au cours du siècle actuel, les récoltes pourraient même diminuer de 3,3 % par décennie pour certaines cultures, dont le maïs, le soja, le riz et le blé, en fonction des régions et des variétés.

L’augmentation des niveaux de CO2 plus importants réduisent aussi les niveaux de nutriments et de vitamines des cultures. Elles deviennent moins nutritives, ce qui peut affecter la pollinisation et la reproduction.

Si la température moyenne mondiale augmente de plus de 2°C, nous ne pourrons pas préserver nos niveaux de récolte en nous adaptant, et ce, quels que soient les montants investis dans les mesures d’adaptation. Cela dit, l’adaptation est effectivement nécessaire.

À l’heure actuelle, les systèmes alimentaires durables sont au cœur des préoccupations liées au changement climatique. En effet, la manière dont nous produisons et consommons nos aliments a des implications directes sur la sécurité alimentaire et l’état de notre environnement. Alors que le climat continue d’évoluer, il devient impératif de repenser nos choix alimentaires et d’adopter des pratiques qui minimisent notre empreinte carbone, en particulier avec des techniques agricoles et d’élevages moins productrices de gaz à effets de serre.

C’est dans ce cadre que l’État propose de redéfinir notre souveraineté alimentaire à travers des  Conférences de la souveraineté alimentaire – prévues par la loi d’orientation agricole adoptée en mars 2025 – lors d’un événement organisé au marché international de Rungis (Val-de-Marne) réunissant l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire (agriculteurs, transformateurs, distributeurs, organisations professionnelles et interprofessionnelles, partenaires institutionnels).

Les citoyens sont invités à une démarche  recueillant leurs avis et leurs propositions dans le cadre d’une consultation citoyenne ouverte sur la plateforme Agora jusqu’au 31 décembre 2025.

Dossier de presse – Lancement des Conférences de la souveraineté alimentaire | Ministre de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire

Où trouve-t-on des emballages plastiques à foison !

Malgré l’ interdiction datant de  2020 (loi AGEC) interdisant la vente de tout un éventail de produits jetables,ceux ci continuent d’être proposés à la vente par de grandes enseignes en ligne aussi bien qu’en magasin. Depuis 2021, l’interdiction s’est étendue aux pailles (sauf usage médical), couverts jetables, touillettes, couvercles de gobelets, piques à steak, confettis plastiques, ainsi qu’aux contenants en polystyrène expansé pour la nourriture à emporter.

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, sont concernés les emballages constitués de polymères non recyclables, ainsi que les contenants alimentaires en plastique utilisés pour la cuisson, le réchauffage ou le service, dans certaines collectivités et établissements. L’objectif est clair : éliminer progressivement le tout-jetable d’ici 2040.

Or plusieurs enseignes viennent d’être épinglées par les associations France Nature Environnement (FNE) et Surfrider Foundation Europe pour vente de produits en plastique jetables. Cette révélation intervient dans un contexte où la loi loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (AGEC) n’est pas respectée.

Pour les associations, la vente continue de plastiques jetables viole non seulement la législation, mais constitue aussi une menace pour la santé publique et l’environnement. En effet, des études montrent la présence de particules plastiques dans les organismes humains, y compris dans le placenta. Le cycle de vie de ces plastiques — produits à partir de pétrole, usage, puis souvent incinérés ou enfouis faute de filières de recyclage efficaces — alimente la pollution atmosphérique, la contamination des sols et des eaux et la saturation des systèmes de gestion des déchets. À noter que la France génère environ 4,5 millions de tonnes de déchets plastiques par an, dont seulement 23 % sont recyclés.

Et par ailleurs il est  envisagé de réintroduire les assiettes et couverts en plastique réutilisables dans les cantines scolaires, malgré une interdiction en vigueur depuis janvier 2025. Ce projet de décret, largement critiqué, suscite une vive polémique en raison des risques liés aux perturbateurs endocriniens contenus dans ces produits.

Les déchets plastiques sont synonymes de risques pour la santé et l’environnement, nous devons rester vigilants !

Enquête sur la présence d’hexane utilisé dans l’agro-alimentaire

L’hexane est un solvant toxique issu de la pétrochimie massivement utilisé par les agro-industriels pour extraire, à partir de graines de colza, de soja et de tournesol, des huiles végétales qui sont ensuite vendues le plus souvent en supermarché. L’hexane est aujourd’hui classé comme un “auxiliaire technologique”, c’est pourquoi il n’est pas mentionné dans la liste des ingrédients sur l’étiquette de vos produits. 

Celui ci est reconnu comme toxique pour le système nerveux, comme potentiel perturbateur endocrinien et est suspecté d’être reprotoxique. Il est d’ailleurs classé comme substance CMR (cancérogène, mutagène, reprotoxique) par l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques).

Pour mieux éclairer sur cette exposition ignorée , Greenpeace a fait réaliser par un laboratoire universitaire une série de tests sur plusieurs produits du quotidien : huiles de tournesol ou de colza, beurres, laits y compris infantiles, viande de poulet et tourteaux destinés à l’alimentation d’animaux d’élevage. Au total, sur 56 produits testés, de marques variées, 36 contenaient des résidus d’hexane :ainsi il  se retrouve dans de nombreux produits alimentaires , et cela fait peser des risques sur la santé des utilisateurs.

Le groupe Avril a le quasi-monopole dans la filière française des oléoprotéagineux : or plus de la moitié des graines oléo-protéagineuses triturées en France sont transformées par Avril.

D’ailleurs  l’Anses recommandait dés 2014 aux femmes enceintes d’éviter l’utilisation de produits de bricolage, d’entretien et de répulsifs contenant de l’hexane.

Rapport publié en septembre 2025 :

https://cdn.greenpeace.fr/site/uploads/2025/09/HEXANE_Rapport_Version-web-.pdf

La stratégie nationale alimentaire encore repoussée

Le Gouvernement devait présenter vendredi la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC), une stratégie qui devait marquer une nouvelle étape vers un modèle alimentaire plus juste, plus sain et plus durable.

Issue des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) trouve son fondement dans la loi Climat et Résilience de 2021, qui associe désormais alimentation, nutrition et climat.  A la suite d’une consultation publique qui a réuni plus de 4 000 contributions et de la mobilisation de 4 instances consultatives, la SNANC a été renforcée sur plusieurs volets essentiels : encadrement du marketing alimentaire, meilleur partage de la valeur dans les filières et amélioration de la qualité nutritionnelle dans la grande distribution et la restauration.

 Pour la première fois, elle réunissait au sein d’un même cadre les politiques de nutrition, d’alimentation et de climat, avec un objectif clair à horizon 2030 : permettre à tous les Français d’accéder à une alimentation plus saine, plus durable et plus locale, tout en renforçant la souveraineté agricole et alimentaire du pays et en respectant nos engagements en terme de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Mais c’était sans compter l’intervention de la Ministre de l’Agriculture qui a demandé que soit expurgé l’ objectif visant à « limiter les aliments ultratransformés » – une suppression demandée de longue date par l’Association nationale des industries agroalimentaires (ANIA), alors que simultanément une vingtaine de chercheurs internationaux dans la série de The Lancet, enjoignaient les pouvoirs publics d’agir fermement contre l’alimentation ultratransformée, mise en cause dans «l’escalade du fardeau des maladies chroniques ».

A bien des égards, la non sortie de la Snanc est un cas d’école, guère différent d’autres situations décrites par Phillip Baker (université de Sydney, Australie) et ses coauteurs dans leur étude, montrant tout l’éventail des moyens par lesquels les industriels parviennent à éviter ou à retarder les réglementations, au désavantage de la santé des consommateurs.