Tous les articles par Jacqueline Collard

Ciqual : une nouvelle version de la composition nutritionnelle des aliments

La table Ciqual, qui fait référence à la composition nutritionnelle des aliments en France, vient d’être mise à jour. Laure Du Chaffaut et Marine Oseredczuk, chargées de la table Ciqual à l’Anses, nous présentent les principales nouveautés et les coulisses de cette actualisation d’envergure.

Gérée par l’Anses, la table Ciqual est en libre accès et sert au quotidien à de nombreux utilisateurs dont :

  • les diététiciens et nutritionnistes, pour établir des régimes adaptés, par exemple pour orienter les personnes souffrant d’anémie vers des aliments riches en fer ;
  • les industriels de l’agroalimentaire, pour élaborer l’étiquetage nutritionnel de leurs produits ;
  • les particuliers ayant des carences ou des régimes spécifiques à suivre.
  • La table Ciqual compte désormais 3 484 aliments et 74 constituants. Cette actualisation reflète mieux la diversité des aliments disponibles en France.
  • Au total, plus de 113 000 nouvelles données de qualité ont été intégrées. Il s’agit d’une mise à jour massive et particulièrement robuste.
  • Marine Oseredczuk : » Ces données sont très utiles pour connaître les apports nutritionnels de la population française, en les combinant aux enquêtes de consommation, comme Albane par exemple ».

Météo France publie une carte des îlots de chaleur urbains (ICU)

Début octobre, Météo-France a publié une carte des îlots de chaleur urbains (ICU) pour 47 agglomérations françaises.Le phénomène d’îlot de chaleur urbain (ICU) se manifeste par des températures nocturnes plus élevées en milieu urbain que dans les zones rurales voisines. C’est une mesure relative, exprimée en degrés : on parle par exemple d’un îlot de chaleur de +3 °C

Ces cartes révèlent ainsi les différences de températures entre les centre-villes et les périphéries plus rurales.La carte interactive présente les villes étudiées dans le projet MApUCE (2015-2019), coordonné par Météo-France, qui a modélisé numériquement l’îlot de chaleur urbain en calculant la température de l’air à une résolution de 250 mètres, selon les caractéristiques urbaines locales. Il s’agit d’une approche complémentaire à la cartographie par zone climatique locale (LCZ) qui se limite à localiser les formes urbaines les plus sensibles à l’ICU, sans quantification du phénomène.

« Ces valeurs correspondent à l’îlot de chaleur urbain maximal observé après une journée d’été fortement ensoleillée », souligne Météo-France qui précise aussi que ces données peuvent être « encore amplifiées lors des épisodes caniculaires ».

En France, les villes concentrent plus de 80 % de la population et une grande partie des activités socio-économiques. Elles sont particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique, avec des impacts conséquents sur les conditions de vie, la santé des populations, les infrastructures et les inégalités territoriales.L’existence de ces cartographies anticipatrices du changement climatique permet aux décideurs et acteurs locaux d’avoir des éléments importants en matière de prospective et d’aménagement du territoire.

https://meteofrance.com/le-changement-climatique/quel-climat-futur/changement-climatique-quel-impact-sur-les-vagues-de

La COP 30 réitère la nécessité de réduire les émissions de méthane

Après avoir été déjà évoqué lors de la Cop 26 de Glascow en 2021, comme à la Cop 28 en 2023 à Dubaï,  le méthane se retrouve une nouvelle fois en pleine lumière, brandi comme un levier incontournable et prioritaire.

Il est depuis mis en avant afin de « réduire à presque zéro » les émissions de méthane liées aux énergies fossiles. Une décision soutenue par la Coalition pour le climat et l’air pur (CCAC), une initiative internationale au sein du programme de l’ONU pour l’environnement et saluée par l’Agence internationale de l’énergie comme « une étape essentielle vers une action mondiale coordonnée pour le climat« .

« Les concentrations de méthane dans l’atmosphère ont augmenté plus rapidement que jamais au cours des cinq dernières années« , une vitesse « plus rapide que celles prévues par les scénarios du Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] », relève l’Institut Pierre-Simon Laplace,( spécialisé dans la recherche en sciences de l’environnement) et « à ce jour, nous n’avons pas encore réalisé de décroissance des émissions de méthane à l’échelle mondiale », souligne l’institut.

Quelles sont les caractéristiques du méthane (CH4) :  il est incolore et inodore mais l’un des gaz à effets de serre parmi les plus réchauffants 84 fois plus que le dioxyde de carbone (CO2) et d’une durée de vie de 20 ans.  A ce jour, il aurait contribué à environ 30% du réchauffement climatique depuis l’ère préindustrielle, selon les Nations unies.

Quelle en serait la provenance ?  On le connait plus souvent comme son émission lors des pets des ruminants mais il a d’autres provenances moins médiatisées. Les activités humaines sont responsables de la pollution au méthane avec d’autres secteurs : en 2022, 36% étaient liées à l’agriculture (élevage et riziculture), 33,7% à l’énergie (compagnies pétrogazières), 17,9% aux déchets et 2,5% à la combustion de biomasse, selon l’Agence internationale de l’énergie. 

Or depuis 2023 il devient plus aisé de diagnostiquer à distance les fuites de méthane puisque mesurées par satellite et par avion : en effet c’est 3 029 fuites qui ont été recensées dans 49 pays différents. Les six pays présentant le plus grand nombre de fuites sont les Etats-Unis (840), le Turkménistan (358), l’Inde (307), la Chine (246), la Russie (197) et le Pakistan (190). En conséquence, cela  devrait faciliter la réduction impérative de fuites de méthane.

L’Anses met l’accent sur la sinistralité des agents de nettoyage

Agents du nettoyage : faire évoluer leurs conditions de travail pour mieux protéger leur santé

 L’Anses met l’accent sur une  forte sinistralité  observée dans la filière du nettoyage : les accidents du travail et le taux de maladies professionnelles reconnues sont plus fréquents et d’une gravité plus importante que dans tous les autres secteurs. Les maladies professionnelles sont principalement des troubles musculosquelettiques, près de deux fois plus fréquents que chez l’ensemble des salariés en France. Les licenciements pour inaptitude sont également deux fois plus fréquents. Ces constats sont corroborés par différentes enquêtes nationales ou études qui documentent un mauvais état de santé général plus fréquent de ces travailleurs par rapport à d’autres secteurs.

Avec un travail essentiel mais souvent invisibilisé, celui des agents du nettoyage les expose à de multiples risques professionnels : intensité physique du travail, horaires décalés, travail isolé, produits chimiques, agents biologiques.

En plein coeur de la Cop 30

Dix ans après l’Accord de Paris, la conférence de Belém doit mesurer l’écart entre promesses et réalité, dans un contexte géopolitique tendu et face à une planète qui franchit le seuil symbolique de +1,5 °C. Quinze jours de négociations internationales sur le climat ont débuté  à Belém le 10 novembre, aux portes de l’Amazonie brésilienne. Cette année, les États signataires de l’Accord de Paris étaient tenus, comme tous les cinq ans, de renforcer leurs engagements nationaux de réduction des émissions — appelés contributions déterminées au niveau national (NDC) dans le jargon diplomatique. Objectif : maintenir le réchauffement planétaire en dessous de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels.

Or les émissions de CO2 dues spécifiquement aux énergies fossiles devraient établir un nouveau record en 2025, révèle le 20ème bilan du consortium de scientifiques Global Carbon Project, (le rapport) Dix ans après l’Accord de Paris, l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C est désormais inatteignable. « Nous avons échoué », a même déploré le secrétaire général de l’ONU,  Antonio Guterres.

Et de plus c’est 1 600 lobbyistes des énergies fossiles qui ont été autorisés à participer à la COP30 : ce chiffre témoigne une nouvelle fois du poids écrasant de l’industrie des hydrocarbures dans les négociations climatiques internationales. Ces émissaires « sont nettement plus nombreux que presque toutes les délégations nationales », excepté celle du Brésil: pays hôte , déplore la coalition d’ONG Kick Big Polluters Out à l’origine du décompte. Parmi les multinationales représentées à la COP30 figurent des géants pétroliers et gaziers comme ExxonMobil, BP et TotalEnergies. Du côté du pays hôte, c’est la présence de Petrobras qui interpelle. D’autres lobbies que ceux des fossiles ont envahi les couloirs de la COP30,  notamment, celui de l’agro-industrie.

La COP30 risque  on le perçoit bien, une fois encore  faire l’impasse sur une question cruciale de la lutte contre la crise climatique : l’abandon des énergies fossiles: du greenwashing assuré,  d’autant  que certaines souvent accusées de déforestation illégale, ont  sponsorisé la couverture de la COP.

Cependant  et c’est une  première , la question de l’intégrité de l’information figure à l’ordre du jour officiel d’une COP. Guilherme Canela, directeur à l’UNESCO pour l’inclusion et la transformation numériques, y voit une étape majeure. Le Fonds mondial pour l’intégrité de l’information sur le changement climatique, créé dans le cadre de l’initiative, a déjà reçu 447 propositions provenant d’une centaine de pays. Doté d’un financement initial d’un million de dollars versé par le Brésil, il soutient une première série de projets – dont près des deux tiers dans les pays en développement.

Pour la 1ère fois aussi, des milliers de militants et d’indigènes se sont rassemblés pour une grande marche à Belem même, afin de demander aux négociateurs de la Cop , réunis dans cette ville d’Amazonie brésilienne jusqu’au 21 novembre, d’écouter leurs revendications pour la défense du climat.Leurs revendications: « Nous sommes venus ici pour défendre le climat. Aujourd’hui, nous vivons un massacre avec notre forêt qui est en train d’être détruite ». »Nous espérons que les dirigeants mondiaux réunis à la COP30 prendront en considération notre existence et respecteront nos droits, en tant que véritables gardiens de la forêt, car il n’y a pas de solution à la crise climatique sans les peuples de la forêt. »

Une fois encore l’espoir de cette Cop est pourtant réduit,  et comme le déclare Cyril Dion dans un entretien avec l’AFP, la diplomatie climatique qui réunit les dirigeants mondiaux, lors des COP, évite « le fond du problème » qui est nos modes de vie.