Tous les articles par Jacqueline Collard

Un livre qui ouvre des pistes de solutions : Les orphelins de la planète

Jean Jouzel, membre du Giec  Président fondateur d’Agir pour le climat, vient de publier avec deux  économistes, Alain Grandjean polytechnicien,  est associé-fondateur de Carbone 4, et du cabinet de conseil et d’études spécialisé dans la transition et Claude Henry ( directeur émérite du laboratoire d’économétrie de l’école Polytechnique) , un ouvrage qui s’adresse à la génération d’aujourd’hui, qui aura à subir les impacts du dérèglement climatique engendré par celles qui les ont précédées, face à notre soif inextinguible de consommation de ressources naturelles dans un monde où ces ressources ne sont pas infinies qui risque de nous conduire vers un avenir tout proche invivable.

Voici un extrait de la quatrième page de couverture :

De la planète que nous laisserons en héritage à nos enfants et petits-enfants, un médecin dirait que le pronostic vital est engagé. Pronostic engagé mais pas désespéré, car les éléments d’une alternative réaliste à un processus général de dégradation ont été élaborés. Encore faut-il que ceux qui y font obstinément obstacle n’aient pas le dernier mot. Après des décennies de maltraitance aux mains d’entreprises obsédées par le profit et d’autorités publiques défaillantes ou complices, la planète est secouée par les désordres climatiques, appauvrie en ressources vitales, imprégnée de produits chimiques de synthèse dont la toxicité menace jusqu’à l’enfant dans le ventre de sa mère. Cependant, des pionniers mettent en œuvre des solutions capables de changer la donne : ils montrent en particulier qu’il est possible et nécessaire de travailler avec la nature, et non contre elle.

Les orphelins de la planète, Alain Grandjean, Claude Henry, Jean Jouzel, Grasset, 2025

De nombreuses études associent le manque de nature à des désordres en santé mentale

L’environnement physique est reconnu par d’innombrables agences de santé comme un élément fondamental de notre écosystème de santé, influençant ce que nous pensons, ressentons et nous comportons.Les espaces conçus et activés pour faciliter la connexion sociale peuvent nous aider à surmonter la solitude en déclenchant ou en soutenant des relations significatives. La solitude et l’isolement social ont été liés à la perte du sommeil, à la mauvaise santé, à la démence, à la mort prématurée et même aux effractions cardiaques . Une étude de 2010 a révélé que leurs  effets sur notre santé sont aussi nocifs pour notre espérance de vie qu’une habitude de fumer de 15 cigarettes par jour.

De nombreux spécialistes considèrent désormais la solitude comme un problème épidémique du point de vue de la santé publique. D’après l’Organisation mondiale de la santé, « l’isolement et la solitude ont un impact sur la santé et le bien-être dans toutes les tranches d’âge et dans le monde entier ». Elle expose également que « le manque de liens sociaux entraîne un risque de décès précoce équivalent, voire supérieur, à d’autres facteurs de risque mieux connus, tels que le tabagisme, l’abus d’alcool, l’inactivité physique, l’obésité et la pollution de l’air »

 Le rapport d’une architecte américain Erin Peavey, fait une bonne synthèse des risques potentiels, elle dit avoir pris l’habitude de fréquenter, ce qu’elle identifie  de « tiers-lieux », un terme utilisé par les sociologues urbains pour désigner des lieux de rencontre informels, qui ne sont ni la maison ni le travail, et qui peuvent favoriser le développement d’une communauté, rejoint dans ce constat par architectes, urbanistes, des décideurs politiques et d’autres acteurs qui ont développé diverses stratégies qui augmentent les chances d’interactions spontanées ou significatives, tant dans les logements privés que dans les espaces publics.

Ces idées se reflètent également dans un campus étudiant de l’université de Californie, à San Diego, coconçu par Safdie Rabines Architects et HKS, cabinet dans lequel Erin Peavey est responsable de conception en matière de santé et de bien-être.

« L’environnement bâti, qui englobe tout, de nos rues à nos logements en passant par les systèmes de transport, joue un rôle essentiel dans la manière dont nous interagissons en réalité les uns et les unes avec les autres », indique Julia D. Day, associée au sein du cabinet international de stratégie urbaine Gehl.

Un rapport publié en 2024 par la Foundation for Social Connection souligne ce point en montrant de quelle façon l’environnement bâti peut entraver ou favoriser les interactions sociales significatives, qu’elles soient brèves ou très personnelles.

Selon ces spécialistes, opérer de petits changements dans nos quartiers, notamment au niveau des endroits où nous nous asseyons, marchons ou nous réunissons, peut faire une grande différence et nous permettre de mieux nous connecter aux autres.

La moitié des habitants des grands centres urbains de France n’ont pas accès à un espace vert public à moins de cinq minutes de marche de leur domicile, selon une étude publiée ce 16 avril par l’Insee en partenariat avec le service des données et études statistiques des ministères de l’Aménagement du territoire et de la Transition écologique.Or Les espaces verts publics, tels que les parcs, jardins et forêts, jouent un rôle essentiel dans le cadre de vie des citadins, en offrant des lieux de détente et de loisir au cœur des villes.

Alors que ces problèmes de santé mentale prennent de l’ampleur, des spécialistes comme Erin Peavey se posent la question suivante : et si les espaces qui nous entourent pouvaient contribuer à atténuer ce sentiment de solitude ?La végétalisation de l’espace public est un levier d’action pour les collectivités face aux défis sanitaires et écologiques.

Banque des territoires :Nature en ville : un citadin sur deux n’a pas accès à un espace vert public de proximité

Une étude révèle les coûts et les dégâts sanitaires du Dieselgate

Un  rapport du Centre for Research on Energy and Clean Air * ( CREA) montre l’ampleur des dommages du Dieselgate. En 2015, éclatait le scandale du Dieselgate qui révélait  que des constructeurs automobiles avaient équipé des véhicules diesel de « dispositifs d’invalidation » qui faussaient les tests d’homologation : ces voitures émettaient des niveaux de polluants supérieurs aux normes de l’époque . Ainsi des millions de véhicules ont été vendus alors qu’ils étaient fortement polluants et certains continuent à circuler, avec des conséquences sanitaires et économiques qui pourraient être évitées !

Cette étude  estime le nombre de décès prématurés imputables au Dieselgate et aux émissions excessives d’oxydes d’azote ( NOx). Elle met aussi en lumière son coût financier. Entre 2009 et 2024, 16 000 personnes seraient mortes en France à cause des moteurs truqués révélés par le Dieselgate (en tout, plus de 200 modèles de voitures). En se basant notamment sur les données de l’International Council on Clean Transportation (ICCT), les chercheurs du CREA ont calculé l’impact sur la qualité de l’air des émissions de gaz toxiques, les oxydes d’azote (NOx), produits par les véhicules diesel suspectés d’utiliser des dispositifs interdits d’invalidation des systèmes de dépollution.

« A l’échelle européenne, c’est-à-dire l’Union européenne et le Royaume-Uni, l’étude estime à 205 000 le nombre de décès prématurés supplémentaires (123 000 à 356 000) liés à la pollution de l’air engendrés par ces moteurs diesel truqués. Et c’est sans compter à l’excès de NO2 qui aggrave l’asthme infantile. En France, cette étude  prévoit 26 000 (de 5 000 à 59 000) nouveaux cas d’asthme dus à cette exposition pour la période 2009 à 2040 Et à 1 200 milliards d’euros les pertes économiques pour l’ensemble de l’Europe ».

Chaque année dans l’UE, les impacts sanitaires attribués à l’exposition à la pollution atmosphérique coûtent 600 milliards d’euros (Mejino-López et al., 2024),Ce qui correspond à une moyenne de 1 250 euros par  personne chaque année pour les dommages sanitaires liés à la pollution atmosphérique dans les villes européennes, ce qui équivaut à 3,9 % d’un salaire annuel moyen (De Bruyn & de Vries): c’est dire qu’une falsification de véhicules sur les normes d’émission des oxydes d’azote est encore plus délétère et inacceptable.

*Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA), un centre de recherche indépendant basé en Finlande

https://energyandcleanair.org/wp/wp-content/uploads/2025/05/CREA_HIA_Diesel_Defeat-devices_EU_UK_FR_2025.pdf

en lien Environmental Protection Agency (US EPA). (2024). Mortality Risk Valuation.

https://www.epa.gov/environmental-economics/mortality-risk-valuation

Une expertise scientifique collective sur l’utilisation des plastiques INRAE-CNRS

Plus de 4 500 publications académiques et textes législatifs ou réglementaires ont été analysées par  une trentaine de chercheurs français et européens de différentes disciplines (toxicologie, économie…) de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et le CNRS, ils nous fournissent ainsi une  expertise inédite sur  les connaissances , des  usages et des impacts sur l’environnement et la santé des plastiques utilisés dans le système agricole et alimentaire. Cela nous permet un éclairage  des connaissances sur les usages, propriétés et recyclage des plastiques mais aussi sur leurs impacts sur l’environnement et la santé.

Ils en concluent : « La contamination à l’échelle mondiale des sols agricoles est (…) supérieure à celle des océans et constitue un sujet majeur de préoccupation » 

Selon les données existantes, 20 % des plastiques consommés en France seraient destinés aux secteurs agricole et alimentaire, en très grande majorité pour les emballages alimentaires. Les résultats mettent aussi en lumière la contamination massive par les microplastiques de tous les sols, et en particulier les sols agricoles, dépassant probablement en tonnage celle des océans. Tous les organismes vivants sont contaminés par les microplastiques, y compris les humains, avec des effets néfastes pour la santé. Cette expertise met aussi en avant les besoins de recherche pour mieux intégrer les alternatives aux plastiques, pour simplifier les compositions et les structures, et pour mieux analyser les besoins des acteurs des secteurs agricole et alimentaire afin de réduire les plastiques à la source. 

 l’intégralité du communiqué de presse en cliquant ici

L’objectif de 1°5 (Recommandations du Giec) largement insuffisant pour éviter la disparition des glaciers

Alors que les glaciers fondent déjà à un rythme inquiétant : 370 milliards de tonnes de glace supplémentaires disparaissent chaque année. La perte de glace a ainsi quadruplé depuis les années 1990, rappellent les auteurs de plusieurs études. Rappelons que nous avons localement procédé à  l’enterrement du glacier de Sarenne à l’Alpe d’Huez, témoignage complété par l’amaigrissement constant des glaciers chamoniards.

Écoutons la glaciologue Heïdi Sevestre qui nous alerte autant que possible sur les menaces qui pèsent sur les glaciers à l’échelle mondiale « On risque de les perdre,   45 à 50% des glaciers dans le monde sont déjà condamnés »,  interrogée à l’occasion de l’année internationale de la préservation de ces écosystèmes fragiles mais vitaux.

Dans le même sens une étude, publiée le 20 mai dans Nature Communications – Earth & Environment, l’illustre avec le rythme de fonte des calottes polaires. Jusqu’à présent, la communauté scientifique s’accordait sur le fait que le point de bascule des inlandsis du Groënland et de l’Antarctique occidental et désormais ajoute à ces constats la réalité mondiale des disparitions rapides des glaciers.

« Étant donné les conséquences catastrophiques pour l’humanité d’un effondrement rapide d’une ou plusieurs calottes glaciaires menant à plusieurs mètres de droit, nous concluons que l’adoption du principe de précaution est impérative et qu’une température moyenne mondiale plus froide que présente est nécessaire pour maintenir globalement les calottes glaciaires en équilibre. Il est difficile de déterminer avec précision une «limite de sécurité» pour les calottes glaciaires, notamment parce que si peu d’études ont projeté leur réponse aux conditions climatiques plus froides que celles-ci, mais sur la base de cet examen, nous émettons probablement près, ou même au-dessous, de -1, 1 ‘C au-dessus de l’industrie préindustrielle ».

Nature Communications – Earth & Environment,Communications Earth & Environment volume 6, Article number: 351 (2025)

Le réchauffement de 1,5 °C est trop élevé pour les calottes glaciaires polaires:

https://www.nature.com/articles/s43247-025-02299-w#citeas