Tous les articles par Jacqueline Collard

Une directive européenne sur l’information des ingrédients du petit déjeuner

La directive (UE) 2024/143 dite « petit déjeuner » a été transposée en droit français pour une application au 14 juin 2026 par le décret n°2026-312 du 24 avril 2026, pour être publié au Journal officiel.

De nouvelles règles sont posées pour l’étiquetage et la composition à partir du 14 juin 2026 révise plusieurs textes européens déjà existants sur des aliments du petit déjeuner très présents dans les rayons : miel, jus de fruits, confitures, gelées, marmelades, crème de marrons et laits de conserve partiellement ou totalement déshydratés. Sous l’étiquette familière de « petit-déjeuner », elle traite de traçabilité, de composition, de santé et de concurrence loyale. David Clarinval, alors vice-premier ministre belge et ministre de l’agriculture, déclarait lors de l’adoption du texte par le Conseil « Une transparence accrue donnera aux consommateurs les moyens de faire des choix plus éclairés et plus sains. »

Le Conseil de l’Union européenne indique que ces règles doivent permettre de mieux éclairer les choix des consommateurs, d’améliorer la transparence sur l’origine des produits et de réduire la fraude alimentaire. Les confitures et le miel sont particulièrement ciblés.

Cette règle européenne prévoit d’afficher plus clairement la composition du miel, des confitures, jus de fruits ou lait en poudre, elle a pour objectif de mieux informer les consommateurs, mais aussi de lutter contre les produits composés de sucres ajoutés.

décret 2026-312 du 24 avril 2026

https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053957438

Les fuites de gaz à surveiller et à éviter : une évidence

Le gaz fossile (composé en grande majorité de méthane) est partout autour de nous. Pourtant, en plus de réchauffer l’atmosphère (84 fois plus que le CO₂ sur 20 ans), il participe activement à la formation d’ozone, un polluant responsable de centaines de milliers de morts prématurées chaque année dans le monde.C’est une des raisons pour lesquelles  depuis 2014 , que la législation européenne sur le méthane impose des règles strictes au secteur de l’énergie pour traquer les fuites, involontaires ou liées à des opérations de dégazage et de torchage (le fait de brûler le gaz émis lors de l’extraction pétrolière).

Or c’est une étude menées par Les Amis de la Terre  qui pointe un problème considérable et persistant : 65% des 57 sites gaziers inspectés présentaient des émissions de méthane, un gaz à effet de serre responsable d’un tiers du réchauffement climatique mondial.

La réduction des émissions de méthane constitue malgré tout l’un des moyens les plus rapides de lutter contre le réchauffement, comme le rappelait l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans un rapport sur le sujet, début mai. Éviter les fuites et cesser le torchage de routine permettraient, en outre, de récupérer d’importants volumes de gaz, estimés par l’AIE à quelque 200 milliards de mètres cubes.

Le gaz fossile (composé en grande majorité de méthane) est partout autour de nous. Pourtant, en plus de réchauffer l’atmosphère (84 fois plus que le CO₂ sur 20 ans), il participe activement à la formation d’ozone, un polluant responsable de centaines de milliers de morts prématurées chaque année dans le monde.

Entre le 20 et le 30 avril 2026, les Amis de la Terre France et la Clean Air Task Force (CATF) ont mené une campagne de détection des émissions de méthane sur le réseau gazier dans le Sud de la France. Leurs observations sont analysées dans un rapport de terrain. Trois quarts des émissions détectées étaient des fuites involontaires, liées à des défauts d’étanchéité ou à des équipements défaillants.

Au-delà des impacts climatiques et sanitaires, ces fuites représentent aussi un immense gaspillage énergétique : chaque année en France, 4 térawatt-heures de gaz sont perdus sur les réseaux, soit l’équivalent de la consommation de gaz de Marseille et Amiens combinées, pour une valeur estimée à 225 millions d’euros.

Et pourtant c’est au nom de la sécurité d’approvisionnement énergétique , que la Commission européenne prévoit d’assouplir les modalités d’application du texte pour les importations d’énergie fossile – soit plus de 90 % du gaz et du pétrole consommés en Europe. Désormais, Bruxelles propose de suspendre pour trois ans (2027-2029) les amendes prévues dans cette loi quand les importateurs d’hydrocarbures enfreignent leurs obligations.

Méthane : la pollution invisible du réseau gazier

Se répartir les accès à l’eau; une question qui devient essentielle

Les droits à l’eau se tendent face aux modifications du climat aussi faut-il rendre transparents quels bénéficiaires sont prioritaires: or la loi d’orientation agricole accroit les tensions, qui prévoit de garantir l’accès à l’eau de nouveaux agriculteurs.

Dans ce contexte , et alors que l’agriculture représente 58 % de sa consommation à l’échelle du pays, les OUGC (organisme unique de gestion collective) jouent un rôle déterminant. Les deux tiers  sont portés par des chambres d’agriculture – le reste étant porté par des associations d’irrigants, des collectivités territoriales ou des systèmes mixtes.

D’importants enjeux économiques sont à l’œuvre dans ce débat. L’évolution des conditions climatiques a conduit les agriculteurs à s’équiper davantage en moyens d’irrigation, avec une augmentation moyenne des surfaces irrigables de 23 % entre 2010 et 2020 et cela se poursuit. L’irrigation intervient en complément des apports pluviométriques pour améliorer les rendements ou compenser les périodes de sécheresse.

La surface agricole irrigable, c’est-à-dire pouvant être irrigué, n’a cessé de s’accroître depuis les années 2000 : elle représente près de 3 millions d’hectares, soit 11 % de la SAU, contre 9 % environ en 2000 et 2010; le maïs représente à lui seul un tiers
des surfaces irriguées, tandis que les légumes et fruits en totalisent 17 %. Environ 60 % des surfaces en légumes ou en vergers sont irriguées.
En 2023, 37 % des surfaces de maïs ont été irriguées, comme environ 43 % des surfaces de pommes de terre et de soja.L’irrigation  croît de façon plus marquée pour les surfaces en (+120 %) ou en (+43 %). L’, augmente de 17 %, mais reste toutefois le mode d’irrigation principal (87 % de la SAU irrigable en 2020).

En savoir plus : https://www.sandre.eaufrance.fr/atlas/srv/fre/catalog.search#/metadata/d35f8f0c-58b3-4be2-a027-49049583a7ad

https://chiffrecle.oieau.fr/3247

8 juin journée internationale de l’océan 1 an après la conférence de Nice

La journée mondiale de l’océan ( en anglais World Ocean Day) est célébrée chaque année le 8 juin. En 2026, elle tombe ce lundi. Proposée par le Canada lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992 et officialisée par résolution de l’ONU en décembre 2008, elle est aujourd’hui coordonnée par l’UNESCO. En France, le Nausicaá (Boulogne-sur-Mer) en est l’un des piliers fondateurs. Le thème 2026 est centré sur les Aires marines protégées (objectif 30×30), dans la dynamique du Traité de la haute mer.

L’an dernier c’était l’ouverture de la troisième Conférence des Nations unies pour l’océan (Unoc 3) qui a lancé à Nice le baromètre Starfish.

Son  bilan est le suivant « La dégradation de l’océan se poursuit et s’accélère sur plusieurs indicateurs clés, tandis que les réponses politiques, financières et les efforts de protection demeurent insuffisants, tant en ampleur qu’en rapidité » or, 56% de la vie marine a déjà disparu au niveau mondial.

Ce baromètre élaboré par 29 experts de 14 pays se présente de manière synthétique sous la forme d’une étoile de mer (Starfish) à cinq branches, il fournit des indicateurs sur l’état de l’océan, les pressions humaines, les impacts sociétaux, les efforts de protection et les opportunités pour l’humanité. L’océanographe Marina Lévy détaille les indicateurs du baromètre Starfish, qui souligne l’accélération des changements climatiques et environnementaux.

En premier lieu, celui-ci met en évidence « une dégradation continue de la santé de l’océan, aggravée par la multiplication simultanée des facteurs de stress climatiques » : élévation du niveau de la mer de 4,2 mm par an sur la période 2012-2025, près du double du rythme observé au cours des décennies précédentes : le changement climatique précipite la catastrophe écologique.

Une estimation pointe que la biomasse de poissons pourrait être réduite d’un quart dans les eaux françaises d’ici à 2100, du fait du réchauffement climatique.

L’objectif 30×30 avait donc été proposé pour protéger 30 % des océans d’ici 2030  ce qui engageaient les dirigeants mondiaux lors de  la Conférence ONU sur la biodiversité,  avec comme cadre juridique le récent Traité de la haute mer (BBNJ). La création d’Aires Marines Protégées (AMP) rigoureusement réglementées est essentielle pour transformer ces engagements en résultats concrets.

L’Union européenne,  elle se positionne comme le premier fournisseur mondial de renseignements océaniques. Tel est l’objectif de l’initiative OceanEye lancée le mercredi 3 juin 2026 par la Commission européenne et qui constitue l’une des briques du Pacte européen pour les océans proposé l’an dernier.

Mais simultanément l’administration américaine retire (en haute mer)  900 instruments de mesure du réchauffement climatique des océans gérés par la NOAA*, considérant le changement climatique comme un « canular ». Ces dispositifs sous-marins d’observation des océans (OOI)  indispensables pour établir des modèles et des prévisions de température vont donc disparaitre. Des prévisions qui sont aujourd’hui le seul moyen d’anticiper les ravages d’El Niño, ce phénomène climatique provoquant des épisodes de chaleur extrême et de sécheresses sur les côtes américaines régulièrement. «Ce manque d’information va devenir très handicapant», s’est inquiété l’océanographe Ed Dever, qui a participé à diriger ces capteurs dans le Pacifique nord. Il en résultera une perte de données essentielles pour comprendre le réchauffement ou prévoir les événements extrêmes, selon les chercheurs. Cette information dans ce contexte est vraiment alarmante:  prenons en conscience.

Et pour cette journée mondiale des océans en France la Ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, annonce : « On vient de renforcer la protection de trois zones marines »,  Ces trois grandes aires marines dont la protection va être accentuée par la France se situent en Guadeloupe, dans la baie d’Audierne (Finistère), et dans les Terres australes et de l’Antarctique française. Le gouvernement accentue sa protection d’aires marines existantes et dévoile également ce lundi un nouveau plan de lutte contre les plastiques ( plan national de lutte contre les plastiques en mer 3026- 2030).

*NOAA, l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique.

https://www.ecologie.gouv.fr/presse/dossier-presse-plan-plastique-2025-2030

https://www.meretmarine.com/fr/science-et-environnement/un-plan-d-action-interministeriel-pour-reduire-les-dechets-plastiques-en-mer

Baromètre : starfishbarometer.org

Une loi sur la diminution du Cadmium dans les engrais a été votée en 1ère lecture

La proposition de loi portée par Benoît Biteau (Les Ecologistes, Charente-Maritime) et Clémentine Autain (L’Après, Seine-Saint-Denis) a été votée à une large majorité (144 voix pour, 22 contre), mercredi 3 juin à prés de minuit. Cette proposition avait déjà été déposée en 2025 par ces mêmes députés, et  visait  même l’interdiction pure et simple des engrais phosphatés contenant du cadmium.

Désormais elle doit maintenant être examinée au Sénat. Contre l’avis du gouvernement et malgré l’opposition de l’extrême droite et d’une députée Les Républicains, elle fixe une trajectoire de réduction de la teneur maximale en cadmium autorisée dans les engrais phosphatés à 40 milligrammes par kilo (mg/kg) à partir de 2027 et à 20 mg/kg à l’horizon 2030, alors qu’à ce jour la norme est à 90mg/kg. 

 Quinze ans après les premières alertes de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) sur la surexposition au cadmium. l’ANSES avait  émis des recommandations depuis 2019 de réduction de ses teneurs beaucoup plus hautes que celles adoptées par l’Europe ( 60mg/kg) réduites depuis 2022 et même abaissées dans certains pays, comme la Finlande, la Hongrie, la Slovaquie ou la Roumanie, qui appliquent déjà le seuil de 20 mg/kg. Un rapport d’expertise produit en Mars 2026 avait mis en évidence que près de la moitié de la population française (47 %) était exposée à des niveaux  de  Cadmium critiques.

Et récemment le 26 mai, soit la veille du passage en commission des affaires économiques de la proposition de loi de Benoît Biteau, le ministère de l’agriculture avait  mis en consultation publique un projet d’arrêté promis depuis des années. Il prévoit de passer seulement à 60 mg/kg en 2027 (soit le seuil appliqué dans l’Union européenne depuis 2022), puis à 40 mg/kg en 2030 et enfin à 20 mg/kg « au plus tard le 1er janvier 2038 » et sous réserve d’un « rapport relatif à la possibilité » d’atteindre cet objectif.

Le cadmium est classé cancérogène depuis 1993. Santé publique France alerte depuis 2021 sur le lien avec l’explosion des cancers du pancréas en France : « Le cadmium est suspecté de jouer un rôle dans l’accroissement majeur et extrêmement préoccupant de son incidence. » Le nombre de cas a plus que quadruplé en trente ans, tout en apportant un risque accru de cancers du rein, du poumon, de la prostate ou encore du sein.

Maintenant ce projet va être transmis au Sénat, en espérant que cette loi arrive à son aboutissement final.