Tous les articles par Jacqueline Collard

La loi concernant la contamination à la chlordécone aux Antilles a été votée

Le 2 juin 2026, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité une loi reconnaissant la responsabilité de l’État dans le scandale du chlordécone aux Antilles, mais les modalités d’indemnisation des victimes restent floues. Ce sujet avait amené à une nouvelle plainte déposée auprès du Tribunal administratif de Paris par 1 300 habitants des Antilles, qui avait conclu  à accabler les pouvoirs publics, en jugeant, le 11 mars 2025.

En adoptant définitivement, mardi 2 juin, une proposition de loi « visant à reconnaître la responsabilité de l’État et à indemniser les victimes du chlordécone », les députés ont marqué une avancée symbolique, après une longue histoire difficile pour les populations antillaises.

Le chlordécone,  a été interdit aux Etats-Unis dès 1976, classé cancérogène probable par l’Organisation mondiale de la santé en 1979,mais  autorisé jusqu’en 1993 dans la France d’outre-mer, et même utilisé jusqu’en 2000 en toute connaissance de cause, les producteurs de banane ayant constitué des stocks sur lesquels l’État a fermé les yeux.

La loi « ouvre une nouvelle phase, celle de la mise en œuvre concrète et de l’amélioration des réponses apportées aux victimes », a assuré la ministre des outre-mer, Naïma Moutchou, dans un communiqué. Le gouvernement saisit l’occasion pour rappeler qu’un plan est engagé depuis 2021 – à hauteur de 92 millions d’euros d’ici à 2030.

A ce jour, 186 indemnisations seulement ont été décidées. En 2024, 66 rentes avaient été accordées sur 174 demandes, pour 12 700 travailleurs antillais des bananeraies, comme l’a rappelé Malcom Ferdinand, politiste martiniquais, dans son ouvrage consacré au chlordécone, S’aimer la terre (Seuil, 2024).

La loi fait de la dépollution des terres un « objectif » qui n’est assorti ni d’un calendrier ni d’une ambition chiffrée.

Simultanément  l’Anses vient de publier les résultats de l’étude Chlorexpo, (sur 1500 personnes), menée en Guadeloupe et en Martinique pour mieux caractériser l’exposition alimentaire de la population au chlordécone. Cette étude ChlorExpo a été initiée en 2021 dans le cadre de la Stratégie Chlordécone.ChlorExpo a ainsi étudié la contamination de 45 types d’aliments (fruits, légumes, tubercules, viandes, œufs et produits de la pêche) issus de différentes sources d’approvisionnement (commerces, marchés, ventes en bord de route, autoproduction…).

Elle propose des recommandations de pratiques culturales visant à réduire la contamination des aliments autoproduits du programme JAFA (jardins familiaux), piloté par les agences régionales de santé.

Edgar Morin, sociologue du temps présent nous a quitté à 104 ans

Edgar Morin sociologue, philosophe, écrivain, anthropologue est devenu un nom, synonyme d’un prestige intellectuel. Directeur de recherche émérite au CNRS, Edgar Morin est fait docteur honoris causa de plusieurs universités dans le monde. .

Malgré sa personnalité chaleureuse et fraternelle, Edgar Morin n’a pas hésité à penser à contre-courant et à s’affranchir de l’unanimisme ambiant.

Marqué politiquement à gauche, cet ancien résistant était l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages, dont « La Méthode » en 6 volumes, largement traduits dans le monde occidental. La Méthode dissèque « la pensée complexe » qu’a théorisée Edgar Morin et se décline en six volumes publiés au Seuil : La Nature de la nature (1977), La Vie de la vie (1980), La Connaissance de la connaissance (1986), Les Idées : leur habitat, leur vie, leurs mœurs, leur organisation (1991), L’Humanité de l’humanité : L’identité humaine (2003) et Éthique (2004).  En conclusion de La Méthode, Edgar Morin appelle de ses vœux une « métamorphose » seule à même d’en finir avec la séparation des savoirs, le cloisonnement des consciences, les crises de civilisation, en continuant d’inspirer ceux qui n’ont pas renoncé à espérer en une « insurrection des consciences ».

Le seul moyen pour éviter que la civilisation retombe dans la barbarie consiste selon lui à changer d’orientation. Depuis son texte prophétique et programmatique, La Voie (Fayard, 2011), qui demeure son plus grand succès public, Edgar Morin ne cesse de penser qu’il faut « relier les oasis de vie et de pensée »

Son travail a exercé une forte influence sur la réflexion contemporaine, fervent partisan de la culture de paix et de non-violence: il s’est évertué à comprendre l’humain au travers de tous les aspects de son quotidien durant plus d’un siècle et nous a appris que résister c’est d’abord penser.

L’Anses rapporte les effets du vapotage

Après l’examen de près de 3 000 articles scientifiques et plusieurs rapports, l’Agence nationale de sécurité sanitaire conclut que le vapotage est associé à de possibles risques sanitaires à moyen et long termes.

Rappelons nous que la taxe sur le vapotage a disparu du budget 2026 , l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses)a rendu, son rapport d’évaluation des risques sanitaires liés aux produits de vapotage, utilisés au quotidien par 6 % des adultes français.Il fait allusion entre autre aux  produits contenant de la nicotine qui  ont des  risques probables d’effets cardiovasculaires, tels que l’augmentation de la pression artérielle.

Des études ont également montré des effets possibles sur les voies respiratoires, tels que la survenue de bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO) et d’inflammations pulmonaires. Et plusieurs travaux relèvent de possibles modifications biologiques compatibles avec les premières étapes de la cancérogenèse, mais « ils ne permettent pas de conclure à un possible effet cancérogène de la cigarette électronique à ce jour.

Isabella Annesi-Maesano directrice de recherche à l’Inserm et professeur d’épidémiologie environnementale avait notamment plaidé pour inclure les e-cigarettes dans l’élargissement des interdictions de fumer mises en place à l’été 2025. « Vapoter devant les écoles est un mauvais exemple pour les jeunes », argumente-t-elle. Plus de 70 % des vapoteurs de 13 à 17 ans ont un fumeur ou un vapoteur dans leur entourage, selon une enquête de l’Anses incluse dans le rapport.

Parmi ces études les experts ont étudié les effets de l’exposition in utero, certaines femmes utilisant l’e-cigarette pour fumer moins de tabac pendant leur grossesse. Le vapotage, en particulier lorsque de la nicotine est utilisée, a « de possibles effets cardiovasculaires et respiratoires délétères sur la progéniture », provoquant l’altération des cellules cardiaques et respiratoires au cours de leur développement du fœtus.

Les experts de l’Anses ont également analysé la toxicité des aldéhydes, substances reconnues pour leurs effets toxiques, notamment cancérogènes, et toujours présents dans les nuages soufflés par les vapoteurs. Ils concluent que l’absence de combustion n’empêche en rien la présence de ces substances et que leur inhalation présente un risque sanitaire « non négligeable ».

« Le rapport bénéfice-risque est colossal, la vape contient beaucoup moins d’aldéhydes que la cigarette, estime le tabacologue Bertrand Dautzenberg, cependant L’Anses recommande d’éviter toute forme de banalisation de la cigarette électronique et de ne pas inciter à commencer à vapoter, surtout auprès des adolescents, la loi interdisant la vente de produits de vapotage aux mineurs, tout comme leur promotion.

Avis et rapport relatifs à l’évaluation des risques sanitaires liés aux produits du vapotage :

https://www.anses.fr/fr/content/TABAC2023-AUTO-0223-RA

La Fondation pour l’homme (FNH) propose un guide pour élaborer « l’École du dehors »

Et si la nature (re)devenait la première salle de classe ?

C’est le pari de la Fondation de la nature et l’homme ( FNH) , qui lance prochainement le tout premier MOOC gratuit pour former les enseignants et animateurs du périscolaire à la pratique de l’école dehors. Un outil concret pour accompagner le déploiement de cette pédagogie en plein essor, et contribuer à construire une génération d’enfants plus connectés au vivant. Notre directrice générale, Stéphanie Clément-Grandcourt revient sur la genèse et les objectifs de ce projet.

Des chercheurs comme Gladys Barragan-Jason du CNRS ou des institutions comme l’OMS ou la Haute Autorité de Santé, vont tous dans le même sens : les enfants ont besoin de nature pour bien grandir.

Plusieurs études mettent en évidence des effets directs du contact avec la nature sur le stress, l’anxiété, l’humeur, mais aussi sur la capacité d’attention, la coopération, l’estime de soi, et même la réussite scolaire. Par exemple, une étude canadienne récente a montré qu’un simple programme d’école dehors — deux heures par semaine dans un parc urbain — avait permis de réduire significativement les troubles de l’attention et de l’impulsivité chez des enfants en difficulté.

L’intérêt de l’école dehors pour les enfants est évident et par ricochet, il l’est aussi pour les enseignants mais ce qui résonne plus particulièrement avec la mission de la Fondation, c’est l’idée que le lien à la nature dès l’enfance conditionne la conscience écologique à l’âge adulte.

La Fondation est à sa place pour jouer ce rôle de courroie de transmission entre les différents acteurs : les enseignants, les collectivités, les associations, les familles, mais aussi les décideurs publics.

Bientôt la 1ere formation en ligne gratuite sur l’école du dehors

L’impréparation des dispositifs face au changement climatique est mise en évidence

La France a bien présenté, en mars 2025, son 3ème plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC)*. Mais si ce document témoigne d’une prise de conscience de la trajectoire du réchauffement, il reste encore trop ancré dans le diagnostic et insuffisamment tourné vers l’action concrète.

Or en  ce jour 28 mai alors que la canicule sévit sur la France et même sur toute l’Europe le gouvernement français est réuni dans l’urgence pour dresser un plan de résilience valable jusqu’en septembre: L’épisode caniculaire actuel n’est que la version en miniature de ce qui nous attend dans le futur. Les conséquences semblent encore à ce stade supportables et limitées, face à ce qui pourraient advenir.

Notre impréparation à ce type d’épisodes devient de plus en plus criante, or depuis longtemps , les politiques publiques oscillent entre proposer des  normes ambitieuses et de les assouplir quelques  mois plus tard sous différentes pressions. Or les conditions climatiques ne feront qu’empirer face à ce changement climatique  et chaque report des mesures indispensables rend l’adaptation toujours plus difficile.

Face à ces excès de chaleur surprenants en cette fin mai, alors que l’été n’est pas encore annoncé,  est pourtant le signal prévisible d’une trajectoire climatique que la science a annoncé  depuis des décennies.

Or l’adaptation est l’affaire de tous, du citoyen au gouvernement et chaque report des mesures indispensables pour faire face aux événements climatiques la rendra plus douloureuse.

https://www.ecologie.gouv.fr/dossiers/france-sadapte/3e-plan-national-dadaptation-changement-climatique

*(Le nouveau PNACC a pour socle la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC) qui prévoit un réchauffement mondial de + 3 °C en 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle, soit environ + 4 °C en moyenne sur la France hexagonale).