Tous les articles par Jacqueline Collard

2ème condamnation de la France en raison de la persistance de dépassements de pollution de l’air

Pour la deuxième fois, l’État français est condamné pour ne pas avoir réduit suffisamment   la pollution de l’air. Le Conseil d’État vient donc de lui infliger une amende record de 20 millions d’euros. En août 2021, il l’avait déjà condamné à verser 10 millions d’euros. La pollution de l’air tue chaque année 48 000 personnes en France.

le Conseil d’État a ainsi choisi de suivre l’avis du rapporteur public et de sanctionner le gouvernement à verser une astreinte pour la période courant de juillet 2021 à juillet 2022.

« Si des améliorations dans la durée ont été constatées, les seuils limites de pollution au dioxyde d’azote – qui doivent être respectés depuis 2010 – restent dépassés dans plusieurs zones en France, notamment dans les agglomérations de Paris, Lyon et Marseille, Grenoble elle est sortie du contentieux. À ce jour, les mesures prises par l’État ne garantissent pas que la qualité de l’air s’améliore de telle sorte que les seuils limites de pollution soient respectés dans les délais les plus courts possibles », indique le Conseil d’État.

Saisi en juillet 2017, le Conseil d’État avait enjoint à l’État de mettre en œuvre des plans de réduction des niveaux de particules fines PM10 ou de dioxyde d’azote (NO2, notamment associé au trafic routier) dans 13 zones. Et de plus en 2020 l’OMS a encore durcit les normes, compte tenu des 6 millions de morts prématurés dans le monde, elle a considérablement durci ses nouvelles normes pour protéger la santé des populations. Les seuils d’exposition acceptables aux deux polluants les plus dangereux, les particules les plus fines (PM2.5) et le dioxyde d’azote, ont été divisés respectivement par deux et quatre. Les seuils passent ainsi de 10 microgrammes (µg) par mètre cube à 5 µg/m3 pour le premier et de 40 à 10 µg/m3 pour le second. Les particules d’un diamètre inférieur à 10 microns (PM10), ont vu leur seuil passer de 15µg/m3 à 10. 

Combattre la pollution de l’air permet aussi de lutter contre le changement climatique. Certains polluants atmosphériques, comme le noir de carbone ou le carbone de suie émis par le trafic routier contribuent au réchauffement. « L’amélioration de la qualité de l’air peut accompagner les efforts déployés pour atténuer les changements climatiques, et la réduction des émissions améliorera la qualité de l’air. En s’efforçant d’atteindre les seuils recommandés, les pays protégeront la santé tout en atténuant les changements climatiques mondiaux » a insisté l’OMS.

Bilan de l’été par Météo-France et perspectives à venir

Météo-France permet de mettre des chiffres sur ce que nous avons vécu, de le comparer aussi avec d’autres étés particulièrement chauds mais surtout d’imaginer ce qui nous attend à l’avenir. Les prévisionnistes sont formels, l’été 2022 deviendra la norme d’ici la moitié du siècle, en raison de la hausse des émissions de gaz à effet de serre.

La France a ainsi enregistré trois vagues de chaleur successives et a battu un record avec un total de 33 jours de canicule pour les mois de juin, juillet et août. Cet été se classe aussi parmi les dix étés les plus secs en France. L’été 2022 (juin-juillet-août) est le deuxième été le plus chaud observé en France depuis au moins 1900 avec un écart de +2,3 °C par rapport à la moyenne 1991-2020. L’été 2003 reste le plus chaud jamais mesuré en France avec une anomalie de température de +2,7 °C.

Sur les trois mois d’été, le déficit pluviométrique a atteint les 25 % à l’échelle nationale, et les 85 % rien que pour le mois de juillet. Les tensions autour des ressources en eau s’exacerbent alors que la France a subit une sécheresse historique. « Il est urgent que nous prenions conscience du manque d’eau et que nous agissions en conséquence. Au rythme actuel, nous pourrons bientôt ouvrir nos robinets sans qu’une goutte n’en sorte malgré tout », écrit un maire, qui appelle chacun à « limiter sa consommation ». Les services chargés de suivre les réserves et la distribution d’eau ne masquent pas leur inquiétude.

Au-delà de ces nombreux records, Météo-France alerte sur le fait que cet été 2022, aujourd’hui qualifié d’exceptionnel, n’aura rien d’exceptionnel dans les années à venir. « Canicule, sécheresse, feux de forêts, orages violents … l’été 2022 a été marqué par des phénomènes météorologiques extrêmes exceptionnels. Il deviendra un été normal en France après 2050 dans un scénario de forte émission. Cet été hors norme aux conséquences importantes sur notre sociétés souligne les conséquences du changement climatique à l’œuvre sur notre territoire » préviennent les experts. L’agriculture est aussi concernée par des limitations de son usage de l’eau. Des scientifiques et agriculteurs militent davantage pour une adaptation de l’agriculture au changement climatique.

« Le changement climatique, c’est un emballement », explique le météorologue Gaël Musquet, spécialiste de la prévention, de la prévision et l’anticipation des catastrophes naturelles. « On cumule la sécheresse des derniers mois, les fortes chaleurs et les feux. Cela touche les masses d’eau et les masses boisées. La végétation transpire, crée de la vapeur qui se condense avec le froid et forme des nuages qui vont déclencher des phénomènes électriques, de la foudre et de la pluie. Ce qui est difficile aujourd’hui avec le changement climatique, c’est de prévoir ces évènements de plus en plus extrêmes et fréquents« , analyse le météorologue qui évoque un « cercle vicieux ».

« On s’attend en effet à ce que d’ici 2050, les étés soient aussi chauds voire plus chauds qu’en 2022. Cet été est une préfiguration de l’avenir en raison du changement climatique et illustre  les différents risques auxquels nous allons être confrontés », ajoute Samuel Morin, chercheur et directeur du Centre national de recherches météorologiques.

Certains territoires connaîtront ainsi jusqu’à 19 nuits anormalement chaudes, alors que le maximum était de 7 au cours des années 1976-2005. Les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté et Occitanie seront les premières concernées.

https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/changement-climatique-lete-2022-et-ses-extremes-meteorologiques

https://meteofrance.fr/actualite/publications/2022-les-bilans-climatiques

Le président d’une société coopérative se positionne vis à vis de la sobriété

Face aux débats que suscitent les conséquences du dérèglement climatique et de l’inflation sur notre système agricole et alimentaire, Pierrick De Ronne, président de Biocoop et du syndicat La Maison de la bio, défend le principe d’une sobriété alimentaire et agricole contre le recours au modèle intensif.

Le GIEC a depuis longtemps identifié que notre système agroalimentaire mondial était responsable de 29 % des émissions de gaz à effet de serre.

L’  agriculture est responsable de 80 % de la déforestation dans le monde et représente 70 % de l’utilisation de l’eau douce, les systèmes alimentaires rejettent 27 % des émissions de GES, ou encore la production alimentaire est responsable de 70 % de la perte de biodiversité terrestre et de 50 % de la perte de biodiversité en eau douce ! En un mot : notre système alimentaire fait aujourd’hui partie intégrante du problème.

Par ailleurs il souligne la nécessité de réduction drastique des pesticides chimiques et engrais de synthèse avec une limitation des impacts de l’agriculture sur la biodiversité.

Prônons la transparence sur les produits afin que les consommateurs puissent connaître l’impact de leurs achats sur l’utilisation de pesticides, la biodiversité, le rejet de carbone et le bien-être animal. Enfin, réglons la question sociale de l’accès à une alimentation de qualité en en faisant une priorité. Pour éviter les pénuries, certains appellent au recours décuplé à un modèle intensif, alors qu’il est au contraire crucial d’engager une transformation en profondeur de nos modèles agricoles et alimentaires vers davantage de sobriété et d’efficacité, pour assurer aux générations futures un accès durable à une nourriture saine.

La sobriété alimentaire locale est une opportunité mais aussi la condition à l’avènement d’une prospérité agricole réinventée, plus juste et plus durable.

Bruno Latour, un précurseur

Le célèbre philosophe et sociologue Bruno Latour, considéré comme l’un des plus grands intellectuels contemporains français, était une figure majeure du monde des idées, au carrefour de la sociologie, de l’anthropologie et de l’écologie. Il avait avait notamment théorisé l’importance des éléments sociaux dans l’élaboration des faits scientifiques.

Bruno Latour a eu la particularité rare d’intervenir sur trois registres à la fois pour nous faciliter l’atterrissage  dans la société d’aujourd’hui : renouveler notre manière de regarder la réalité avec des concepts décalés et imagés, proposer des méthodes très concrètes pour nous engager à agir sans compter sur la création de dispositifs de sensibilisation recourant à l’art  théâtral.

« Le contraste entre le calme avec lequel nous continuons à vivre tranquillement et ce qui nous arrive est vertigineux », Bruno Latour

Penseur de l’écologie, de la modernité ou de la religion, Bruno Latour était un esprit humaniste et pluriel, reconnu dans le monde entier avant de l’être en France. Sa réflexion, ses écrits, continueront de nous inspirer de nouveaux rapports au monde. Sachons en tirer leçon !

Un de ces derniers essais  :  Où atterrir ? ou  Comment s’orienter en politique

                                                           Edition La Découverte

 

Poursuite de la progression des cancers : comment y faire face ?

L’an dernier, deux rapports de l’OMS et du Centre international de recherche contre le cancer tiraient la sonnette d’alarme : le cancer est en forte progression dans le monde et en France. La France se situe ainsi au 9e rang au niveau mondial des pays touchés par le cancer (5e rang pour les hommes, 12e rang pour les femmes), mais au 4e rang pour le cancer du sein, 1er cancer féminin du pays (soit le 2e rang au niveau mondial pour les femmes de moins de 59 ans) et au 7e rang pour le cancer de la prostate. et le chiffre des cancers qui  fait près de 180 000 morts par an, ne fait pas l’objet d’informations à la hauteur des enjeux.

Le cancer du sein est donc le cancer le plus fréquent chez la femme, et également le plus mortel : en 2018 près de 59 000 cas et 12 000 décès. Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l’homme : 50 000 cas et 8 000 décès. Une femme et un homme sur huit seront concernés au cours de leur vie.

Sans oublier le nombre de tumeurs du cerveau qui a été multiplié par 4 en 20 ans et même Santé Publique France évoque le rôle des radiofréquences et des téléphones portables. Les enfants sont loin d’être épargnés par ce phénomène. Selon une étude publiée dans la revue scientifique « The Lancet Oncology », les cancers chez les enfants ont augmenté de 13% en 20 ans, alors qu’ils sont non-fumeurs et ne boivent pas d’alcool.

Pourtant, la feuille de route de l’Institut National du Cancer (INCA) ne donne que de vagues indications sur les actions concrètes à mener sur les causes environnementales. Alors que de nombreuses études scientifiques ont largement identifiés les facteurs de risque liés à l’environnement dans la propagation du cancer : perturbateurs endocriniens, pollution de l’air, travail de nuit, sédentarité, malbouffe, substances chimiques, pesticides, champs électromagnétiques qui devraient être des d’éléments sur lesquels il est possible d’agir.

 Ne serait ce que lorsqu’on ne voit aucune amélioration sur la couverture en France des registres du cancer: 19 départements sur 95 en sont pourvus ! soit pour 1/4 de la population alors qu’on s’attend encore à des progressions. Et pire le Registre National des Cancers de l’Enfant (RNCE), censé communiquer le nombre officiel de cancers pédiatriques en France, qui ne transmet plus aucune donnée chiffrée depuis 2014.

rapports OMS : https://www.iarc.who.int/cards_page/world-cancer-report/

https://publications.iarc.fr/586

https://rnce.inserm.fr/index.php/fr/publications-menu-principal