Tous les articles par Jacqueline Collard

Interdiction de produits dangereux dans les jouets, mais à quand la publication ?

L’Union européenne a trouvé un accord pour interdire les produits dangereux dans les jouets mais n’a toujours pas publié le réglement.

Bien que le marché européen soit parmi les plus sûrs au monde, des jouets dangereux se retrouvent toujours entre les mains des consommateurs. Selon le EU Safety Gate (le système européen d’alerte rapide pour les produits non alimentaires dangereux), les jouets constituaient la catégorie de produits la plus notifiée, représentant 23 % de l’ensemble des notifications en 2022 et 20 % en 2021.

Avant de mettre un jouet sur le marché, le fabricant doit procéder à une analyse des dangers que le jouet peut présenter en matière chimique, physique, mécanique, électrique, d’inflammabilité, de radioactivité et d’hygiène. Il doit évaluer l’exposition potentielle à ces dangers. Le texte prévoit la refonte des règles européennes en matière de sécurité des jouets afin de mieux protéger la santé et le développement des enfants. 

Le rôle des opérateurs économiques dans l’amélioration de la sécurité des jouets est renforcé, les exigences relatives au passeport numérique des produits et aux avertissements de sécurité sont clarifiées, et la liste des substances interdites dans les jouets est étendue.

Le texte élargit cette interdiction :

  • aux produits chimiques qui présentent des risques particuliers pour les enfants, tels que les perturbateurs endocriniens, les substances nocives pour le système respiratoire, les produits chimiques toxiques pour la peau, …
  • aux PFAS,
  • aux catégories les plus dangereuses de bisphénols.

Les parfums allergènes dans les jouets qui peuvent aller à la bouche des enfants de moins de 36 mois seront également interdits.

La rapporteure Marion Walsmann (PPE, Allemagne) a déclaré: « Bien que l’Union européenne dispose déjà des jouets les plus sûrs au monde, un produit sur cinq classé comme dangereux et retiré du marché dans l’UE était  un jouet. Il était donc très important de réviser la directive de 2009 sur la sécurité des jouets » . Les nouvelles règles, particulièrement orientées vers les produits chimiques dangereux, viseront à réduire les risques liés aux jouets, notamment ceux qui sont achetés en ligne.

Le Parlement européen, la Commission européenne et les Etats membres avait  trouvé un accord, jeudi 10 avril 2023, pour interdire à l’horizon 2030 les  polluants éternels (PFAS) et les perturbateurs endocriniens dans les jouets. Après ce compromis, ce nouveau règlement devait faire l’objet d’une adoption formelle soi disant dans les semaines qui venaient. Le règlement entrerait en vigueur 20 jours après sa publication au Journal officiel de l’UE. Les États membres disposeront alors de 54 mois pour se conformer aux dispositions.Et pourtant de commissions en relectures nous attendons toujours la publication de ce réglement.

Le 11 avril 2025, le Parlement et le Conseil ont conclu un accord en deuxième lecture anticipée.  À présent, le Conseil doit adopter formellement cet accord.   (la négociation a eu lieu après l’adoption de la première lecture du Parlement en plénière). Le Conseil doit à présent adopter formellement cet accord et le Parlement devra ensuite approuver le texte en plénière, en deuxième lecture.

La directive 2009/48/CE relative à la sécurité des jouets

Proposition de règlement relatif à la sécurité des jouets

guide n°11 de la Commission européenne (2023)

La fascination pour l’IA conduit nos cerveaux à penser différemment

L’intelligence artificielle (IA) est devenue un sujet de débat intense, suscitant des questions sur son impact potentiel sur notre cerveau et notre société. Les smartphones et l’intelligence artificielle ont indéniablement transformé notre société et notre manière de vivre. Aujourd’hui, nos vies sont rythmées par les écrans : smartphone, ordinateur, télévision, tablette, qui nous informent, nous divertissent, et nous relient aux autres et surtout apporter une base de l’intelligence artificielle. Les écrans sollicitent en permanence notre système de récompense cérébral, influençant durablement les circuits neuronaux liés à l’attention, à  la gestion des émotions et à la prise de décision  en atteignant assurément notre santé mentale.

Or, l’utilisation exagérée d’outils d’IA altère les capacités cognitives humaines.  L’intelligence artificielle simplifie nos tâches, mais affaiblit-elle notre esprit  en réduisant la pensée autonome ? En particulier, les recherches suggèrent qu’une dépendance excessive à l’IA peut entraîner une atrophie cognitive, une diminution des capacités d’analyse et une altération des capacités de prise de décision, ce qui soulève des questions sur les conséquences à long terme pour la santé mentale et la résilience cognitive.La facilité d’accès à l’information grâce à l’IA peut modifier notre manière d’apprendre et de mémoriser. L’incorporation de l’IA à l’intelligence humaine réside dans sa capacité d’influencer la neuroplasticité du cerveau humain. L’IA pourrait nous permettre de nous concentrer sur des activités qui nécessitent une pensée critique et une innovation, plutôt que de nous enliser dans des tâches répétitives et routinières.

Les smartphones et l’intelligence artificielle ont indéniablement transformé notre société et notre manière de vivre. Des recherches ont suggéré que l’utilisation excessive des smartphones pourrait être associée à des modifications structurelles du cerveau.

L’exposition prolongée à la lumière bleue émise par les écrans de smartphones perturbe la production de mélatonine, l’hormone régulant le sommeil. Une étude a montré que deux heures d’exposition à la lumière d’un écran rétroéclairé peuvent diminuer la sécrétion de mélatonine d’environ 22 %, retardant ainsi l’endormissement et affectant la qualité du sommeil.

Une étude de 2011 a révélé une diminution locale du volume de matière grise chez les individus présentant une dépendance à Internet, bien que ces résultats doivent être interprétés avec prudence en raison de la plasticité cérébrale et de la nécessité de recherches supplémentaires pour établir une causalité directe.​Cependant, il est essentiel de rester vigilants quant à leur impact sur notre cerveau et notre santé mentale. Néanmoins quelques études font état de conséquences surprenantes à prendre avec attention.

En bref il serait bon d’encourager des moments de déconnexion, comme des périodes sans écran ou des activités en plein air, ce qui pourrait  aider à réduire la dépendance et à favoriser le bien-être mental.​ Cela passe par une éducation numérique adaptée, une régulation personnelle de notre usage des écrans?

Publiée: 06 août 2025 https://newsroom.heart.org/news/excessive-screen-time-among-youth-may-pose-heart-health-risks

https://www.iana-data.org/ethique-et-societe/843-lutilisation-exageree-doutils-dia-altere-les-capacites-cognitives-humaines.html

Espoirs et hypes pour l’intelligence artificielle dans le dépistage du cancer colorectal
Gastro-entérologie. 2021; 161161:774-777

Dahmani, L. et Bohbot, V.D. (2020). Habitual use of GPS negatively impacts spatial memory during self-guided navigation. Scientific Reports, 10(6310) https://doi.org/10.1038/s41598-020-62877-0

Devaram, S. (2020). Empathetic Chatbot: Emotional Intelligence for Mental Health Well-being. arXiv preprint. https://arxiv.org/ftp/arxiv/papers/2012/2012.09130.pdf

Tayebi, H., Azadnajafabad, S., Maroufi, S. F. et al. (2023). Applications of brain-computer interfaces in neurodegenerative diseases. Neurological Review, 46(131). https://link.springer.com/article/10.1007/s10143-023-02038-9

L’exposition aux incendies grandit avec les effets du changement climatique avec des effets conjugués

Selon une étude publiée dans Science : entre 2002 et 2021, 440 millions d’habitants ont été menacés par un feu, ce chiffre démontre une hausse de 40 % en vingt ans, soit l’équivalent de la population de l’Union européenne.

Depuis le début de l’année, selon l’observatoire européen Copernicus, les incendies ont brûlé plus de 1 million d’hectares ( 1 015 731 hectares (10 000 kilomètres carrés, km2) dans l’Union européenne depuis début 2025, un chiffre jamais enregistré : les feux les plus dévastateurs ont atteint l’ Espagne, Le Portugal, la Gréce,  Chypre, l’Allemagne et la Slovaquie, et en France, ce sont 35 600 hectares de forêt qui ont été réduits en cendres, et surtout dans l’Aude.

D’après l’équipe internationale de scientifiques de l’étude ( essentiellement américains), qui a passé au crible près de 19 millions de feux (de plus de 30 hectares) , l’exposition humaine a progressé de 7,7 millions de personnes entre 2002 et 2021, soit 380 000 en plus chaque année en moyenne. La quasi-totalité de l’augmentation de l’exposition a été enregistrée en Afrique, qui a représenté plus de 85 % de l’ensemble des personnes directement exposées aux incendies de forêt au cours de la période d’étude.

Bien que les catastrophes d’incendies de forêt en Amérique du Nord, en Europe et en Océanie aient suscité le plus d’attention, 85 % des expositions mondiales se sont produites en Afrique. Les 0,01 % les plus intensifs des incendies représentaient respectivement 0,6 et 5 % des expositions mondiales et des zones brûlées, ce qui justifie des efforts accrus pour accroître la résilience aux incendies dans les régions sujettes aux catastrophes.

Rappelons nous qu’au printemps les fumées des méga feux canadiens avaient survolé la France et en Europe et pas très loin de la France les autorités en charge de la qualité de l’air sont inquiètes des feux espagnols « L’intensité des incendies de forêt qui ravagent entre autre la péninsule ibérique a augmenté à un rythme sans précédent selon les données du Service Copernicus de surveillance de l’atmosphère (CAMS), explique l’organisme de surveillance. Jusqu’au 14 août, alors que de nombreux grands incendies en Espagne et au Portugal étaient hors de contrôle, les données indiquaient des émissions relativement moyennes pour la période de l’année, malgré plusieurs incendies actifs importants. En une semaine seulement, les émissions de l’Espagne ont augmenté de façon spectaculaire, atteignant le niveau annuel total d’émissions dues aux incendies le plus élevé depuis 2003. »

Ces feux de forêt massifs ont également libéré des fumées chargées en particules fines, dangereuses pour la santé. Selon Copernicus, « les prévisions du CAMS concernant les particules fines PM2,5 montrent une augmentation des concentrations dans toute la péninsule ibérique, avec une qualité de l’air fortement dégradée jusqu’à plusieurs centaines de kilomètres des incendies, avec des concentrations bien supérieures aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé pour la qualité de l’air. »

Article de Science : Augmentation de l’exposition humaine mondiale aux incendies de forêt en dépit de la diminution des zones incendiées : Science 21 Aug 2025 Vol 389, Issue 6762 pp. 826-829

Les mesures d’adaptation au changement climatique restent insuffisantes en France

C’est ce qui ressort des 2 rapports très instructifs sur les mesures d’adaptation au climat rendues d’autant plus nécessaires après l’été que nous connaissons. En effet depuis le début de l’année 2025, et encore plus cet été, la France assiste,  aux ravages provoqués par le dérèglement du climat. Les scientifiques nous alertent depuis des décennies. Sans une baisse importante des émissions de gaz à effet de serre, le monde se dirige vers un réchauffement global dont les impacts humains et sur la biodiversité sont incalculables.

Le rapport de l’Assemblée Nationale (1) porté à connaissance le 2 juillet corrobore celui du Haut conseil du climat ( HCC) ( 2) paru dans des dates voisines.

Le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC 3) publié en 2025 prend en compte une trajectoire de réchauffement à + 4 °C. Il devient de plus en plus urgent de se donner les moyens d’agir pour réellement préparer le pays au dérèglement climatique, et les 52 mesures du PNACC 3 auraient pu et dû faire l’objet d’un chiffrage et d’une programmation pluriannuelle : ce qui apparemment fait défaut.Or selon pour les mesures prioritaires l’Institut de l’Économie pour le Climat (I4CE). les estiment à 2,3 milliards d’euros supplémentaires par an .

De plus, les mesures financières s’avèrent notoirement insuffisantes tout comme  les moyens humains . Les rapporteurs relèvent d’ailleurs une baisse significative des effectifs du pôle ministériel en charge de l’écologie et de l’aménagement du territoire ainsi que des opérateurs.

Alors que l’exposition accrue de la population, des écosystèmes, des infrastructures et des activités économiques aux conséquences du changement climatique cause des risques majeurs, il devient crucial que l’action climatique protège efficacement les personnes et les entreprises.L’année 2024 est la plus chaude enregistrée depuis le début des mesures instrumentales, dépassant le précédent record établi en 2023. Il s’agit de la première année dépassant les 1,5 °C de réchauffement par rapport à la période préindustrielle 1850-1900.

1) Rapport d’information déposé en application de l’article 146 du règlement, par la commission des finances, de l’éconmie générale et du contrôle budgétaire sur les moyens consacrés à l’adaptation au changement climatique (M. Tristan Lahais et Mme Eva Sas), n° 1666 : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cion_fin/l17b1666_rapport-information#

2) 7ème rapport annuel sur l’action climatique de la France, l’efficacité de ses politiques et leur cohérence avec la trajectoire de baisse des émissions de gaz à effet de serre : https://www.hautconseilclimat.fr/wp-content/uploads/2025/07/HCC_RA_2025-18.07_web.pdf

Rapport Pisani 2023 :  https://www.strategie-plan.gouv.fr/files/files/Publications/Rapport/2023-incidences-economiques-rapport-pisani-5juin.pdf

Échec des négociations à Genève pour le traité sur le plastique

Aprés 10 jours de négociations les pays échouent à sceller un traité mondial: le dernier round officiel des négociations onusiennes qui avaient déjà fini dans l’impasse il y a huit mois, les délégués de 184 pays ont de nouveau échoué à s’entendre sur un texte «juridiquement contraignant» face au fléau que représente ce matériau synthétique,  et surtout le constat marquée par la fracture de deux camps irréconciliables: les pays impactés fort nombreux et le monde des pétroliers. En fait les négociations sont bloquées par de profondes divisions sur la question de savoir si la production de plastique doit être incluse dans le traité final, et de se concentrer principalement sur la gestion des déchets.

Or si rien n’est fait, après avoir doublé entre 2000 et 2019,  la production actuelle de 450 millions de tonnes par an, devrait continuer à augmenter et devrait tripler d’ici 2060, selon les prévisions de l’OCDE. Or moins de 10% est recyclé : l’urgence est cependant donc bien présente. Et en complément, n’oublions pas les granulés de plastique industriels (GPI), produits et transportés à travers les continents, également appelés « larmes de sirènes », qui constituent la deuxième source de pollution microplastique au monde.

Poussés par une résolution des Nations unies de 2022, cela fait près de trois ans qu’ils tentent de forger un texte « juridiquement contraignant » pour les États qui s’attaque à la pollution plastique, y compris en milieu marin, mais ils avaient déjà échoué  à produire un texte commun lors de l’avant dernière séquence de négociations, à Busan en Corée du Sud fin 2024.