Tous les articles par Jacqueline Collard

L’inaction climatique n’est plus acceptable

Le 4 mars  la revue Nature analyse dix ans de rapports du Programme des Nations Unies pour l’environnement sur les besoins en matière de réduction des émissions. Le constat est sans appel : les auteurs concluent que la lenteur des progrès en matière d’action climatique a mené à une « décennie perdue » et que les efforts déployés aujourd’hui pour atteindre les objectifs de Paris doivent quadrupler pour éviter les scénarios désastreux décrits dans le rapport 1.5 du GIEC.

« L’Europe a connu l’hiver le plus doux jamais enregistré. Bien qu’il s’agisse d’un événement véritablement extrême en soi, il est probable que ce genre d’événement ait été rendu plus extrême par la tendance au réchauffement climatique », a déclaré Carlo Buontempo, directeur du Service Copernicus pour le changement climatique (C3S)*

Nous rappelons à cette occasion la  proposition de loi européenne sur le climat présenté au Parlement européen par sa nouvelle présidente Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne,dans le cadre de son initiative de « Green Deal » européen.

Nous relayons les commentaires d’ ONG environnementales européennes qui  ont relevé à la fois des avancées mais également des lacunes dans la proposition de loi sur le climat publiée dans ce cadre.

Parmi les éléments positifs inclus dans la proposition de la CE :
- La CE envoie un signal d’ambition au reste du monde en inscrivant dans la loi un objectif de neutralité carbone (« net zero ») d’ici 2050 ;
- La CE montre sa volonté de se doter d’un système de gouvernance adéquat pour garantir la réalisation de ses objectifs climatiques.
- La loi définit un processus permettant d’établir une trajectoire vers l’objectif de neutralité climatique et de vérifier et corriger régulièrement les progrès réalisés dans ce sens.

Cependant, la proposition de la Commission échoue sur des points clés :
- La CE ne prévoit pas la création d’un organisme scientifique indépendant.
- La proposition ne contient pas de disposition prévoyant de réexaminer tous les cinq ans la stratégie à long terme de l’UE en matière de climat et d’énergie.
- La proposition ne suggère pas les 50-55 % de réduction des émissions comme nouvel objectif européen pour 2030. L’augmentation de cet objectif (actuellement fixé à -40%) est pourtant une demande essentielle du Parlement européen, des entreprises et des acteurs de la société civile.
- La CE ne parvient pas à garantir que les citoyens puissent directement demander des comptes à l’UE.

Il est annoncé une première discussion sur la proposition de loi européenne sur le climat par les ministres de l’Environnement de l’UE  prévue le 22 avril. Pascal Canfin, le président de la commission Environnement du Parlement européen, a déclaré qu’il souhaitait que sa commission vote sur la proposition en juin/juillet de cette année, avant que la proposition ne soit soumise à la plénière du Parlement en septembre.

  • Source : European climate foundation

*  Le Service Copernicus pour le changement climatique (C3S), mis en œuvre par le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme pour le compte de la Commission européenne, publie régulièrement des bulletins climatiques mensuels faisant état des changements observés dans la température de l’air à la surface du globe, la couverture de glace de mer et les variables hydrologiques.

Le coût exorbitant du démantèlement jugé par la Cour des comptes

Dans un rapport rédigé à la demande de la commission des finances du Sénat et publié  ce mercredi 4 mars, la Cour des comptes juge sévèrement le calendrier et les coûts envisagés par EDF, Orano (ex-Areva) et le CEA pour assurer la fin de ses centrales. Il évoque une insuffisance dans la mobilisation des pouvoirs publics sur le sujet. La cour des comptes demande également l’État d’anticiper sérieusement les fermetures de réacteurs à venir et à mieux planifier sa politique énergétique en la matière.

Les magistrats rappellent que la France a fait le choix du principe d’un démantèlement « immédiat », qui est inscrit dans la loi depuis 2015 et prévoit que les opérations doivent débuter « dans un délai aussi court que possible – dans des conditions économiquement acceptables ».

Ceux ci appellent aussi , dans leur rapport, à une grande prudence dans l’évaluation des coûts. La projection actuelle des charges de démantèlement s’élève à 46,4 milliards d’euros, avec un calendrier qui s’étale sur plus d’un siècle. « La prudence des évaluations actuelles mériterait d’être encore renforcée », euphémise la Cour des comptes. Autre motif d’inquiétude : l’échéancier des opérations. « Le provisionnement des charges futures ne repose pas toujours sur les calendriers les plus réalistes », soulignent les magistrats, d’autant que la proposition préalable à la loi a été produite en 2012 et n’a pas été réétudiée.

Le 5 mars devient le jour du dérèglement engageant notre dette climatique

Lors de la Cop 21 l’Europe s’est engagée à la neutralité carbone en 2050: or nous sommes loin des prospectives fixées: en 2 mois La France a déjà produit  450 millions de tonnes équivalent CO2 pour 2020 , alors que le pays a fixé un plafond annuel de 80 millions pour atteindre les objectifs 2050 soit 5 fois plus.

C’est  le calcul réalisé par le cabinet de conseil Carbone 4 pour les quatre associations de l’« affaire du siècle » (Notre affaire à tous, Greenpeace France, Oxfam France et la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme), qui ont engagé un recours juridique contre l’Etat pour inaction climatique: ce constat ne peut que nous interroger sur une insuffisance notoire de notre pays face à ce changement climatique aujourd’hui incontesté. Pour parvenir à ce résultat, Carbone 4 s’est appuyé sur les chiffres contenus dans la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), l’outil de pilotage de la politique climatique du pays.

Il y avait déjà le jour du dépassement, la date à laquelle l’humanité a consommé l’ensemble des ressources que la Terre peut régénérer en un an – le 29 juillet en 2019. Il y a désormais le jour du dérèglement : jeudi 5 mars, en à peine plus de deux mois, la France aura émis tous les gaz à effet de serre qu’elle pourrait rejeter en une année si elle respectait aujourd’hui l’objectif de neutralité carbone qu’elle s’est fixé pour 2050.

50 ans aprés la catastrophe de Minamata au Japon

En 1956, les habitants de la baie japonaise de Minamata déclarent les symptômes d’une étrange maladie neurologique. Rapidement, les rejets de mercure émanant d’une usine sont incriminés.  Les signes cliniques de cette maladie sont principalement neurologiques : ataxie (trouble de la coordination des mouvements), difficultés d’élocution, troubles visuels et auditifs, convulsions, voire coma convulsif pouvant mener à la mort. Ce syndrome a été qualifié d’hydrargyrisme, c’est-à-dire d’une intoxication au mercure.

De 1956 à 1968, l’usine pétrochimique de la société japonaise Shin Nippon Chisso évacue dans la mer des déchets de production contenant des métaux lourds et notamment du mercure. Pendant 12 ans, les habitants et les animaux de la baie les consomment et déclarent des troubles neurologiques encore jamais observés à cette échelle. Au début des années 2000, le gouvernement japonais annonce ainsi que sur les 2265 victimes de cette intoxication, 1784 auraient trouvé la mort. Les conséquences humaines, économiques et sociales de ce drame sont telles qu’une Convention de Minamata visant à réduire les émissions mondiales de mercure est adoptée à Genève en janvier 2013.

Année après année, décennie après décennie, des scientifiques du monde entier continuent d’étudier cet empoisonnement de masse et d’en préciser les mécanismes. Le 13 février 2020, une équipe internationale de chercheurs canadiens, américains, anglais et japonais annonce par communiqué avoir peut-être identifié l’espèce de mercure qui aurait contaminé les habitants de la baie de Minamata et qui faisait encore polémique. Leurs résultats sont détaillés dans un article publié par le journal Environnemental Science and Technology. 

Mais sous quelle forme la population a-t-elle consommé ce métal lourd ? Début 2020, des chercheurs identifient un nouveau composé potentiellement responsable de la catastrophe.Le tableau clinique  suggère une atteinte cérébrale et en particulier celle du cervelet  qui serait  liée à une propriété chimique importante de l’espèce de mercure incriminée : sa lipophilie, c’est-à-dire sa capacité à se dissoudre dans l’huile. C’est cette propriété qui lui confère la capacité de passer les barrières de l’organisme telles que la barrière placentaire (qui protège le fœtus) ou la barrière hémato-encéphalique (qui protège le système nerveux central) puis à s’accumuler dans les tissus riches en graisses tels que le tissu nerveux qui compose l’encéphale.

Cette  tragédie de la baie de Minamata a permis à l’Humanité de reconnaître les risques liés à l’utilisation industrielle de métaux lourds, et donc  l’autorise également à mieux comprendre ces risques et à faire en sorte que ces risques ne soient pas reproduits.

Les Suisses se positionnent face au déploiement , 4G et 5G

À l’instar du canton de Neuchâtel, Genève a également demandé jeudi soir un moratoire sur le déploiement de la 5G millimétrique en Suisse. Exerçant son droit d’initiative cantonal, le Grand Conseil a adopté jeudi soir en urgence une résolution dans ce sens par 56 oui et 36 non.

Le canton du Jura veut rétablir le moratoire sur le déploiement de la 5G. Face aux incertitudes de cette technologie sur la santé, le Parlement a décidé jeudi d’appliquer le principe de précaution, rejoignant ainsi la position de plusieurs autres cantons romands.

Le canton de Genève instaure lui, un moratoire de trois ans sur la 4G et la 5G. La modification de la loi sur les constructions et les installations diverses prévoit que toute nouvelle installation sera soumise à autorisation pendant cette période.

Cette modification a été acceptée jeudi soir par 60 oui, 35 non (PLR) et une abstention, sans avoir été étudiée en commission malgré trois demandes dans ce sens. Le conseiller d’État Antonio Hodgers, en charge du Département du territoire, a pourtant relevé la confusion qui existe entre la 4G , la 5G ainsi que la 5G millimétrique, qui n’est pas encore déployée en Suisse.

Le moratoire adopté jeudi soir vise, lui aussi, à répondre à l’inquiétude croissante de la population, a indiqué en préambule le député Vert Jean Rossiaud, premier signataire du projet de loi. «Le principe de précaution prévaut au vu de l’absence d’études indépendantes sur les effets de cette technologie sur la santé et la biodiversité», a-t-il fait valoir.