Tous les articles par Jacqueline Collard

Le président d’une société coopérative se positionne vis à vis de la sobriété

Face aux débats que suscitent les conséquences du dérèglement climatique et de l’inflation sur notre système agricole et alimentaire, Pierrick De Ronne, président de Biocoop et du syndicat La Maison de la bio, défend le principe d’une sobriété alimentaire et agricole contre le recours au modèle intensif.

Le GIEC a depuis longtemps identifié que notre système agroalimentaire mondial était responsable de 29 % des émissions de gaz à effet de serre.

L’  agriculture est responsable de 80 % de la déforestation dans le monde et représente 70 % de l’utilisation de l’eau douce, les systèmes alimentaires rejettent 27 % des émissions de GES, ou encore la production alimentaire est responsable de 70 % de la perte de biodiversité terrestre et de 50 % de la perte de biodiversité en eau douce ! En un mot : notre système alimentaire fait aujourd’hui partie intégrante du problème.

Par ailleurs il souligne la nécessité de réduction drastique des pesticides chimiques et engrais de synthèse avec une limitation des impacts de l’agriculture sur la biodiversité.

Prônons la transparence sur les produits afin que les consommateurs puissent connaître l’impact de leurs achats sur l’utilisation de pesticides, la biodiversité, le rejet de carbone et le bien-être animal. Enfin, réglons la question sociale de l’accès à une alimentation de qualité en en faisant une priorité. Pour éviter les pénuries, certains appellent au recours décuplé à un modèle intensif, alors qu’il est au contraire crucial d’engager une transformation en profondeur de nos modèles agricoles et alimentaires vers davantage de sobriété et d’efficacité, pour assurer aux générations futures un accès durable à une nourriture saine.

La sobriété alimentaire locale est une opportunité mais aussi la condition à l’avènement d’une prospérité agricole réinventée, plus juste et plus durable.

Bruno Latour, un précurseur

Le célèbre philosophe et sociologue Bruno Latour, considéré comme l’un des plus grands intellectuels contemporains français, était une figure majeure du monde des idées, au carrefour de la sociologie, de l’anthropologie et de l’écologie. Il avait avait notamment théorisé l’importance des éléments sociaux dans l’élaboration des faits scientifiques.

Bruno Latour a eu la particularité rare d’intervenir sur trois registres à la fois pour nous faciliter l’atterrissage  dans la société d’aujourd’hui : renouveler notre manière de regarder la réalité avec des concepts décalés et imagés, proposer des méthodes très concrètes pour nous engager à agir sans compter sur la création de dispositifs de sensibilisation recourant à l’art  théâtral.

« Le contraste entre le calme avec lequel nous continuons à vivre tranquillement et ce qui nous arrive est vertigineux », Bruno Latour

Penseur de l’écologie, de la modernité ou de la religion, Bruno Latour était un esprit humaniste et pluriel, reconnu dans le monde entier avant de l’être en France. Sa réflexion, ses écrits, continueront de nous inspirer de nouveaux rapports au monde. Sachons en tirer leçon !

Un de ces derniers essais  :  Où atterrir ? ou  Comment s’orienter en politique

                                                           Edition La Découverte

 

Poursuite de la progression des cancers : comment y faire face ?

L’an dernier, deux rapports de l’OMS et du Centre international de recherche contre le cancer tiraient la sonnette d’alarme : le cancer est en forte progression dans le monde et en France. La France se situe ainsi au 9e rang au niveau mondial des pays touchés par le cancer (5e rang pour les hommes, 12e rang pour les femmes), mais au 4e rang pour le cancer du sein, 1er cancer féminin du pays (soit le 2e rang au niveau mondial pour les femmes de moins de 59 ans) et au 7e rang pour le cancer de la prostate. et le chiffre des cancers qui  fait près de 180 000 morts par an, ne fait pas l’objet d’informations à la hauteur des enjeux.

Le cancer du sein est donc le cancer le plus fréquent chez la femme, et également le plus mortel : en 2018 près de 59 000 cas et 12 000 décès. Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l’homme : 50 000 cas et 8 000 décès. Une femme et un homme sur huit seront concernés au cours de leur vie.

Sans oublier le nombre de tumeurs du cerveau qui a été multiplié par 4 en 20 ans et même Santé Publique France évoque le rôle des radiofréquences et des téléphones portables. Les enfants sont loin d’être épargnés par ce phénomène. Selon une étude publiée dans la revue scientifique « The Lancet Oncology », les cancers chez les enfants ont augmenté de 13% en 20 ans, alors qu’ils sont non-fumeurs et ne boivent pas d’alcool.

Pourtant, la feuille de route de l’Institut National du Cancer (INCA) ne donne que de vagues indications sur les actions concrètes à mener sur les causes environnementales. Alors que de nombreuses études scientifiques ont largement identifiés les facteurs de risque liés à l’environnement dans la propagation du cancer : perturbateurs endocriniens, pollution de l’air, travail de nuit, sédentarité, malbouffe, substances chimiques, pesticides, champs électromagnétiques qui devraient être des d’éléments sur lesquels il est possible d’agir.

 Ne serait ce que lorsqu’on ne voit aucune amélioration sur la couverture en France des registres du cancer: 19 départements sur 95 en sont pourvus ! soit pour 1/4 de la population alors qu’on s’attend encore à des progressions. Et pire le Registre National des Cancers de l’Enfant (RNCE), censé communiquer le nombre officiel de cancers pédiatriques en France, qui ne transmet plus aucune donnée chiffrée depuis 2014.

rapports OMS : https://www.iarc.who.int/cards_page/world-cancer-report/

https://publications.iarc.fr/586

https://rnce.inserm.fr/index.php/fr/publications-menu-principal

Un rapport de la LDH* pointe du doigt les inégalités renforcées par la dématérialisation

3 ans se sont écoulés depuis le rapport du Défenseur des droits dématérialisation et inégalités d’accès aux services publics. Durant ces 3 années, la transformation numérique de l’administration et des services public s’est poursuivie, entrainant une évolution profonde de la relation à l’usager. Dans le même temps, les politiques d’inclusion numérique ont tenté d’accompagner ces changements, particulièrement auprès des publics les plus vulnérables.

Les délégués et les juristes du Défenseur des droits continuent de recevoir des réclamations toujours plus nombreuses, preuve que le mouvement de numérisation des services se heurte encore aux situations des usagers. En 2021, près de 115 000 réclamations ont été adressées à la Défenseure des droits dont 91 000 concernent les services publics, selon les chiffres publiés dans le rapport présenté par l’autorité indépendante le 16 février 2022.

Ce rapport présente le  suivi sur les inégalités d’accès aux droits provoquées par des procédures numérisées à marche forcée. Par ailleurs, la Défenseure des droits constate que la charge et la responsabilité du bon fonctionnement des démarches repose souvent sur l’usager : « l’usager doit s’informer, s’orienter, remplir seul des formulaires en ligne, mettre à jour son navigateur, s’adapter aux changements de sites, numériser des documents« . Plébiscitée par le gouvernement, la dématérialisation présente un bilan en demi-teinte. Sous couvert de rapidité et facilité, l’Etat s’est déchargé sur les usagers qui doivent désormais effectuer seuls leurs démarches, au risque d’échouer et de renoncer à leurs droits. 

*LDH: Ligue des droits de l’homme

https://www.vie-publique.fr/en-bref/283882-dematerialisation-des-services-publics-des-usagers-en-difficulte

Le collectif Secrets toxiques demande des études de toxicité sur l’ensemble des composants des pesticides

Les débats sur la toxicité des pesticides font souvent l’impasse sur un point : les effets cocktails, à savoir la toxicité cumulée des différentes substances présentes dans ces pesticides et de leurs diverses applications dans l’environnement.

Face aux perturbations hormonales et leurs propriétés carcinogènes, déjà observées en milieu professionnel, une équipe de chercheurs français s’est penchée sur le sujet. Leurs premiers résultants sont accablants : certains cocktails de pesticides, notamment à travers l’alimentation, favoriseraient le risque de cancer du sein chez les femmes ménopausées, et cela même si,  la revue International Journal of Epidemiology, apporte néanmoins un éclairage crucial sur l’impact de l’exposition alimentaire aux pesticides dans la survenue de cancer du sein en post-ménopause.

Nous transmettons le communiqué de presse adressé au chef du gouvernement ce 5 octobre: