Tous les articles par Jacqueline Collard

Une nouvelle étude sur l’alimentation de EAT-Lancet confirme la précédente

Une centaine de scientifiques internationaux renforcent leur position lors de cette nouvelle parution du  3 octobre, avec une étude publiée (Nouvelle fenêtre) par la revue américaine The Lancet.

Ils l’avaient déjà affirmé en 2019, ils le redisent aujourd’hui : on mange mal dans le monde et il existe de grandes disparités d’accès à l’alimentation.

« Alors qu’on produit suffisamment de nourriture pour tous et  pourtant près de la moitié de la population mondiale, environ 3,7 milliards de personnes, n’ont pas accès aujourd’hui à une alimentation saine, c’est-à-dire pas assez de nourriture, ou alors de la malbouffe, un environnement « propre » ou un salaire décent. Cela entraîne, selon ces chercheurs, des maladies comme le diabète de type 2, des maladies cardiovasculaires, des cancers et des maladies neurodégénératives, soit 15 millions de décès prématurés chaque année dans le monde.

Pour un accès équitable à une alimentation saine, il existe des solutions et notre futur dépend des choix que nous faisons aujourd’hui, selon le rapport. Pour nourrir tout le monde de façon durable, saine et juste, il faut viser moins de pertes et de gaspillage alimentaires, davantage de pratiques agricoles durables et écologiques.Cela signifie, selon ces chercheurs, « beaucoup de végétaux et peu transformés, donc plus de fruits et de légumes, 500 grammes par jour et par personne, plus de céréales complètes et de noix aussi. Et à l’inverse, une consommation plus modérée de viande, de viande rouge notamment, 15 grammes par jour seulement. Enfin, moins de produits laitiers, et le moins possible de sucres ajoutés, de graisses saturées et de sel ».

Pour nourrir tout le monde de façon durable, saine et juste, il faut viser moins de pertes et de gaspillage alimentaires, davantage de pratiques agricoles durables et écologiques.

Willett, W ∙ Rockström, J ∙ Loken, B ∙ et al.    Lancet. 2019; 393 :447-492
Alimentation dans l’Anthropocène: la commission EAT– Lancet sur les régimes alimentaires sains issus de systèmes alimentaires durables
The Lancet Commissions Online first October 02, 2025

The EAT–Lancet Commission on healthy, sustainable, and just food systems

Un rapport inquiétant de Copernicus sur l’état de l’océan

Le rapport de l’État de l’océan du service maritime Copernicus est un rapport de référence de l’Union européenne.  Plus de 70 scientifiques internationaux ont contribué à cette synthèse qui documente, en s’appuyant sur des données des deux dernières années, le déclin continu de la santé de l’océan.

Le rapport Ocean State s’appuie sur une analyse d’experts et fournit une vue en 4D (systèmes de réanalyse), d’en haut (par le biais de données de télédétection) et directement de l’intérieur (mesures in situ) du bleu (par exemple, hydrographie, courants), blanc (par exemple, glace de mer) et vert (p. ex. Chlorophyll) océan mondial et mers régionales européennes.

Premier constat : depuis le début des mesures par satellite, en 1982, sa température de surface n’a cessé d’augmenter. Au printemps 2024, elle a atteint un niveau record de 21 °C. Les scientifiques du programme Copernicus ont également constaté que le réchauffement de l’eau redéfinissait les limites des provinces biophysiques de l’océan, c’est-à-dire des régions dont les caractéristiques écologiques (notamment le micronecton(1), un groupe d’organismes de 2 à 20 centimètres formant un maillon crucial de la chaîne alimentaire) sont similaires.

2ème constat:  En ce qui concerne l’acidification c’est-à-dire la diminution du pH des océans, provoquée par nos émissions de dioxyde de carbone — les voyants sont plus que jamais au rouge. Depuis 1985, l’acidité des eaux de l’Atlantique nord a augmenté de 16,5 %, souligne le rapport — ce qui met en péril la capacité de beaucoup d’espèces de coraux, de mollusques et de crustacés à fabriquer leurs coquilles et squelettes. À travers le monde, 10 % des points chauds de biodiversité marine s’acidifient plus rapidement que la moyenne, remarquent les chercheurs.C’est ainsi par cette acidification des océans aurait été franchie  la septième des neuf limites planétaires.

The 9th edition of the EU Copernicus Ocean State Report (OSR) 

https://marine.copernicus.eu/access-data/ocean-state-report/ocean-state-report-9

(1) Les micronectons sont de petits organismes vivants présents dans les océans et qui jouent un rôle crucial dans la pompe biologique, essentielle pour réguler le climat de la Terre en transférant le carbone et en absorbant le surplus de CO2 anthropique causé par les activités humaines.

Attention à l’utilisation d’aliments ultra-transformés avec les enfants

Une enquête menée par le mensuel 60 millions de consommateurs nous indique que sur 43 produits analysés, « 81 % ciblent les enfants  et sont en réalité des aliments ultratransformés. Les aliments ultra-transformés représentent une part importante de notre alimentation, et il peut être difficile de savoir par où commencer si l’on veut les éliminer.

Qu’appelle – t-on   aliment ultra-transformé ? ( AUT) parmi lesquels on  va trouver des boissons énergisantes,les sodas et boissons sucrées aromatisées, des en-cas emballés, certains  pains pré-emballés, des céréales sucrées pour le petit-déjeuner, brioches  pré-emballées, les soupes de légumes instantanées en poudre, les barres chocolatées, les biscuits apéritifs, les sodas et boissons sucrées aromatisées, et les nuggets de volaille et de poisson, les viandes fumées et/ou avec des nitrites et des conservateurs ajoutés, comme les saucisses et le jambon, sont classées comme « aliments ultra-transformés , de nouilles instantanées et des pizzas surgelées.

Ils se caractérisent par des processus de préparation industriels et l’ajout d’au moins un ingrédient de nature synthétique.

La plupart des experts utilisent le système de classification NOVA pour regrouper les aliments en quatre catégories : les aliments non transformés et peu transformés tels que les fruits et le lait ; les ingrédients culinaires transformés tels que les huiles et le sel ; les aliments transformés tels que les légumes en conserve et les fromages simples ; et les aliments ultra-transformés qui sont fabriqués à l’aide de techniques industrielles de masse.

Formulés pour être agréables et microbiologiquement sains, ils se caractérisent souvent par une qualité nutritionnelle plus faible : ils sont, en général, plus riches en sel, sucre et acides gras saturés, et plus pauvres en fibres et vitamines. Par ailleurs, ces aliments contiennent souvent des additifs alimentaires,
Quelques études épidémiologiques ont retrouvé des associations entre la consommation d’aliments ultra-transformés selon la classification NOVA et un risque accru de développer des troubles métaboliques et l’apparition de maladies chroniques comme les dyslipidémies, le surpoids, l’obésité, et l’hypertension artérielle.Il est donc important d’adopter une vigilance accrue à l’égard des enfants et veiller à la composition des produits alimentaires.
 La cohorte Nutrinet-Santé en est un exemple intéressant.
Effect of ultra-processed food consumption on male reproductive and metabolic health, Cell Metabolism (2025) https://doi.org/10.1016/j.cmet.2025.08.004

Le territoire du Grand Lac du Bourget promu réserve de biosphère par l’UNESCO

Le plus grand lac naturel de France situé en Savoie, le Lac du Bourget rejoint un réseau mondial de sites modèles où la protection de l’environnement s’articule avec le développement humain. Cette distinction récompense une approche équilibrée entre préservation écologique et activités durables. Il a été désigné, samedi 27 septembre, « réserve de biosphère » par l’Unesco, à Hangzhou, en Chine parmi plus de 750 sites dans le monde conciliant protection de la nature et présence humaine durable.

Le territoire de l’agglomération Grand Lac est officiellement devenu une « réserve de biosphère » , car il  « préserve le cœur écologique du lac, soutient le tourisme à faible impact et l’agriculture traditionnelle, et met en avant le tourisme culturel, les énergies renouvelables et l’éducation environnementale, ce qui en fait un modèle alpin où biodiversité, patrimoine et communauté prospèrent ensemble », a expliqué l’organisation onusienne. Il abrite une riche biodiversité, avec plus de 6 100 espèces animales et végétales recensées, ainsi qu’une population de 180 000 habitants.

« Avec plus de 700 réserves dans plus de 130 pays, couvrant plus de 5 % de la surface terrestre, ces sites servent de modèles pour concilier conservation et développement », a expliqué l’Unesco au sujet de ces territoires qui regroupent 275 millions de personnes.

Marine Alix, responsable du programme Unesco « Homme et Biosphère » au sein de l’agglomération. ajoute « On est désigné réserve de biosphère pour une durée de 10 ans, ça dépasse les mandats politiques. L’idée, c’est qu‘à chaque fois qu’on va mettre en place des projets sur le territoire, on va se demander si c’est en accord avec les valeurs du programme Homme et biosphère. »

Ainsi, l’instauration de cette réserve de biosphère doit servir de boussole aux politiques publiques,  sans véritable contrainte, puisqu’elle qui n’instaure pas de réglementations environnementales supplémentaires à celles qui existent déjà. Un comité de pilotage scientifique doit être mis sur pied dans les prochains mois, avant le développement d’actions de sensibilisation pour les habitants du territoire.

Cette désignation  en fait un modèle alpin où biodiversité, patrimoine et communauté prospèrent ensemble ».

La 7ème limite planétaire vient d’être franchie : celle de l’acidification de l’océan

Alors que se préparent les dernières négociations à New York en amont de la future COP 30 à Belem en Novembre nous venons de franchir la 7ème limite planétaire : l’acidification des océans, qui a augmenté de 30 à 40 % depuis l’ère préindustrielle. Sur 9 en tout, seules 2 limites sont respectées et ne risquent pas d’être franchies dans l’immédiat : la pollution aux aérosols atmosphériques et le maintien de la couche d’ozone…

Ces changements drastiques et irréversibles dans les équilibres climatiques, provoqués par le dépassement d’un certain seuil de température, pourraient remettre en question jusqu’à la viabilité même de nos sociétés. Ce sont les sciences du système Terre, sur la base de données rigoureuses, qui démontrent l’impossibilité pour nos sociétés de perdurer si l’on continue sur notre trajectoire actuelle, sans changement radical. En France, il faudrait passer de 9 à 2 tonnes d’émissions de CO2 par personne. En simplifiant, cela signifie de diviser par cinq notre consommation et notre production, ce qui ne semble pas être à l’ordre du jour pour de nombreux citoyens français.

Et de plus, nous apprenons qu’ à cette occasion  à ce  sommet climat organisé à New York, seuls 47 des 118 pays rassemblés avaient annoncé rehausser leurs objectifs climatiques, (alors que l’Accord de Paris de 2015 prévoit qu’ils soient renouvelés tous les cinq ans)  et la France a même fait obstruction  aux négociations européennes, en posant des conditions sur le nucléaire et l’industrie.

Et l’Europe s’est contentée de présenter une simple « déclaration d’intention » proposant une fourchette comprenant une baisse des émissions entre 66,25 % et 72,5 % d’ici 2035. Devant de telles réalités au sommet de New York  des inquiétudes s’instaurent quant aux résultats de la COP30, qui devrait se concentrer sur l’accélération de la mise en œuvre de l’Accord de Paris.