Le changement climatique perturbe le cycle de l’eau comme les habitudes de ses gestionnaires. Une session organisée par le Creseb lors du Carrefour des gestions locales de l’eau en a dressé le constat et brossé des pistes pour y répondre.
La France a connu une période record de 40 jours de pluie ininterrompue et plusieurs tempêtes successives, avec des conséquences sur les niveaux de nombreux cours d’eau. Si la vigilance rouge a été levée mercredi matin dans les deux derniers départements concernés, les crues ne sont pas pour autant terminées et Météo-France maintient quatre départements en vigilance orange. Le niveau de l’eau baisse enfin, mais doucement. « Depuis le 1er janvier, il est tombé l’équivalent d’un hiver entier de précipitations, voire plus, sur la pointe bretonne, un large quart sud-ouest et le pourtour méditerranéen », souligne Météo-France. Ces pluies continues et fournies ont gorgé les sols d’eau.
Le gouvernement vient de publier un Arrêté ce mercredi 25 février au Journal officiel sur un état de catastrophes naturelles dans 294 communes après les crues qui ont principalement concernées l’Ouest de la France, depuis plus de deux semaines. Dans cette liste, 63 sont situées dans le Lot-et-Garonne, 77 en Maine-et-Loire et 91 en Gironde. Les personnes affectées par les intempéries ont désormais 30 jours pour déclarer leur sinistre auprès de leurs assureurs. 1,2 Milliard d’euros tel est le coût des dommages des tempêtes Nils et Pedro et des inondations dans l’Ouest et le Sud-Ouest, d’après une estimation de France Assureurs et de la Caisse Centrale de Réassurance (CCR).
L’ingénieure hydrologue Charlène Descollonges prévient : « Si l’on en croit les projections liées au changement climatique, nous allons vers une augmentation de la fréquence de ces phénomènes. » Face à ce constat implacable, l’experte propose dans son dernier ouvrage, Eaux vives (éd. Acte Sud), d’améliorer la résilience de nos territoires. « Il y a plein de choses à faire », souligne-t-elle.
« Ce n’est pas que nous nous sommes mal-adaptés aux risques d’inondations, mais plutôt que, pendant longtemps, nous n’avons pas pris conscience que certains de nos choix allaient en fait aggraver le risque. C’est le cas des pratiques agricoles intensives qui ont été adoptées, avec des sols nus ou intensément travaillés et dont la structure n’est plus capable de laisser l’eau s’infiltrer. On a détruit la vie dans les sols, arraché les haies… On a aussi asséché des zones humides, fait disparaître des cours d’eau, tandis que d’autres ont été remembrés, canalisés..La bonne nouvelle, c’est que tout ça n’est pas irréversible.. »
Elle propose : un principe clé dans l’hydrologie régénérative consiste à laisser revenir les habitants du sol, les habitants des rivières, des forêts, etc. qui travaillent à régénérer ces écosystèmes qui nous protègent naturellement. On peut revenir à des paysages de bocage qui capturent et qui contiennent de l’eau. On peut redonner de l’espace aux rivières pour ralentir les flux. Il y a des solutions à mettre en place dans les forêts, comme dans les milieux urbains, où l’on peut largement désimperméabiliser les sols.
Le dernier ouvrage de Charlène Descollonges : Eaux vives (éd. Acte Sud).