Le 19 mai 2026, un rapport porté par la sénatrice écologiste Antoinette Gühl a été adopté par la commission d’enquête sur les marges des industriels et de la grande distribution. et faire un diagnostic sur notre système alimentaire. Cette commission, fondée le 10 décembre 2025 à l’initiative du groupe écologiste au Sénat, avait pour mission d’enquêter sur la construction des prix par les enseignes de distribution, leur évolution et l’opacité qui s’opère dés leur conception.
Le rapport de 402 pages s’intéresse à trois points :
- La formation des prix au sein de la chaine de valeur et la construction des marges,
- Le cadre législatif et institutionnel,
- La brutalité des relations commerciales le long de la chaîne de valeur.
Il nous renseigne sur les déséquilibres des rapports de forces qu’il y a pour la négociation des prix entre les producteurs, industriels et distributeurs, qui profite largement à ces derniers.
Les distributeurs se sont depuis des années concentrés en un nombre toujours plus faible d’enseignes. On est passé de 120 en 1968 à 8 en 2024 (Leclerc, Carrefour, Intermarché, Système U, Auchan, Lidl, Casino et Aldi). En conséquence, les parts du marché sont tout autant concentrées : les 5 principaux distributeurs en captent 84,5 %. Cette hégémonie se traduit par un poids énorme sur les négociations, mais également par la liberté d’appliquer des stratégies injustes pour le consommateur, tel que la péréquation des marges.
Cette stratégie consiste à vendre à prix presque coûtant les produits « d’appel » incontournables pour la grande distribution (Coca-Cola, Nutella, etc.), et à récupérer cette marge sur d’autres produits comme les fruits et légumes et produits frais.
En plus de la question des marges dans la grande distribution, ce rapport expose aussi les mécanismes mis en place par ses agents pour contourner la loi EGalim et ainsi acheter à bas prix les matières premières. Cette loi a été votée en 2018 et avait pour objectif, entre autres, d’assurer de meilleurs revenus aux agriculteurs et de favoriser une alimentation saine.
Ce rapport est un témoignage des dysfonctionnements structurels de l’accès à l’alimentation en France. En laissant le choix des prix de ce que nous consommons aux mains d’une poignée d’acteurs, nous permettons ainsi une situation injuste d’un bout à l’autre de la chaîne de distribution : injuste pour les producteurs pour qui la situation est déjà extrêmement critique (chaque jour 27 fermes disparaissent, 2 agriculteurs mettent fin à leurs jours) et injuste pour les consommateurs encouragés à se tourner vers une alimentation de mauvaise qualité, au détriment de leur santé et de celle de l’environnement.
Le rapport est consultable dans son intégralité et disponible en synthèse sur le site du Sénat à l’adresse suivante : https://www.senat.fr/notice-rapport/2025/r25-632-1-notice.html