« Construire un système de prévention primordiale », telle était la mission gouvernementale Prévention Santé confiée à Cyrille Isaac-Sibille, député du Rhône. Ce rapport de Cyrille Isaac-Sibille, député du Rhône a été remis le 13 juillet 2026 au Premier ministre Sébastien Lecornu, et vient d’être rendu public.
Ce rapport met en évidence ce paradoxe qui nécessite qu’on s’attarde sur les chiffres: la France gagne des années de vie, mais de moins en moins d’années de vie en bonne santé. L’espérance de vie sans incapacité à la naissance recule même chez les femmes. Le nombre de personnes en affection de longue durée (ALD) est passé de 6 millions au milieu des années 2000 à 14 millions en 2024, l’Assurance maladie en projette 18 millions d’ici 2035.
Cette mission de six mois a demandé 327 auditions, 15 déplacements de terrain, 147 contributions écrites,et pose un diagnostic sévère sur la place de la prévention dans le système de santé français et formule 48 propositions regroupées en quatre axes.
L’argument central du rapport est que la prévention primordiale n’est pas une dépense supplémentaire mais un investissement de soutenabilité, y compris pour financer les innovations thérapeutiques à venir.
Quels sont ces quatre axes, qui élaborent 48 propositions ?
Axe 1 – Faire de la santé l’affaire de tous. Portage interministériel via une Conférence nationale de la prévention, et surtout une proposition budgétaire concrète : faire apparaître la prévention comme sous-objectif identifié de l’ONDAM, jusqu’ici noyée dans un sous-objectif « autres ».
Axe 2 – Faire des lieux de vie des lieux de santé. Les Contrats locaux de santé (CLS) deviendraient obligatoires sur tout le territoire et opposables, sur le modèle des PLU en urbanisme. Côté jeunesse, le rapport propose un Service public de santé enfance et jeunesse regroupant PMI, médecine scolaire et santé étudiante dans un continuum de 0 à 25 ans. Côté monde du travail, il appelle à reconnaître formellement le travail comme déterminant de santé et à associer les services de prévention et de santé au travail (SPST) à la définition des contrats collectifs, un point qui concerne directement les assureurs santé et institutions de prévoyance, auxquelles le rapport attribue explicitement un rôle à construire.
Axe 3 – Six priorités nationales : littératie en santé, santé mentale, vaccination (feuille de route 2025-2030 à onze objectifs), bien-vieillir, modification des normes sociales et environnements de vie (génération sans tabac pour les personnes nées après 2009, Nutri-Score rendu obligatoire, taxation des sucres ajoutés et des produits ultra-transformés).
Axe 4 – Piloter par la donnée et la science. Un espace public de données sanitaires, sociales et environnementales, une gouvernance confiée à la Direction générale de la santé, et un développement encadré de la prévention personnalisée par l’IA, avec une mise en garde explicite sur le risque de « fracture algorithmique » si cette prévention devient un service réservé à ceux qui ont les moyens d’y accéder.
La conclusion du rapporteur: « Notre système de santé est sous pression» « On a oublié cette approche collective de la santé publique », regrette Cyrille Isaac-Sibille.
En France, on soigne bien, on rembourse beaucoup… mais le déficit de la Sécurité Sociale ne serait peut-être pas un gouffre si le pays avait une véritable politique de prévention.« On s’est trop appuyé sur les soins, pas assez sur la prévention », a-t-il résumé en préambule de son intervention à l’Assemblée Nationale.