La revue suisse « Frontiers in Public Health » vient de publier une étude sur les intoxications aux pesticides en procédant à une revue systématique de la littérature scientifique. Leur analyse s’appuie sur 214 publications couvrant 62 pays entre 2006 et 2023, complétées par les données de mortalité de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour 77 autres pays.
Les résultats sont alarmants: 400 millions de cas d’intoxications aiguë non intentionnelles aux pesticides surviennent tous les ans parmi les agriculteurs et travailleurs agricoles, soit 46% de ces travailleurs ce qui fait prés d’un sur 2.
De grandes disparités existent cependant, si bien que certains pays comme l’Inde ou le Burkina Fasso font l’objet de taux extrêmement élevés: 73% pour le premier et 83, 5 pour le second. Ainsi on dénombre à l’échelle mondiale, un peu plus de 11 000 le nombre de décès annuels provoqués par des intoxications aiguës non intentionnelles aux pesticides.
« Les données existantes justifient amplement une action immédiate », écrivent les auteurs de l’étude, appelant à ne plus considérer uniquement les intoxications mortelles. Selon eux, les centaines de millions de cas non mortels constituent également un lourd fardeau sanitaire, particulièrement pour les personnes qui manipulent régulièrement ces produits dans le cadre de leur travail. Ils appellent à une «action immédiate» et à la mise en œuvre des recommandations des Nations unies pour éliminer progressivement les pesticides hautement dangereux.
Et surtout lorsqu’on apprend que les données excluent les 84 millions d’enfants travaillant dans l’agriculture mondiale qui sont encore plus vulnérables aux produits chimiques toxiques que les adultes, ainsi que les familles vivant en milieu rural exposées par la dérive des pulvérisations et l’exposition à l’environnement.
« Maintenant que l’ampleur de ces chiffres a été révélée, les agriculteurs doivent être soutenus pour accéder à des alternatives plus sûres pour protéger leur santé et celle de leur famille. » Dr Sheila Willis, responsable des programmes internationaux, PAN UK.
« Nous ne pouvons plus accepter que ceux qui travaillent dans les champs et cultivent nos aliments soient exposés à des pesticides nocifs et deviennent malades. Les nouvelles conclusions soulignent l’urgence de promouvoir la protection des cultures sans produits chimiques et d’interdire les pesticides hautement dangereux. »
En France en 2025 le Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides (FIVP) a reçu 1.044 demandes , un record qui révèle l’ampleur sanitaire et financière de l’exposition professionnelle aux produits phytopharmaceutiques, et qui correspond à une progression de 244 % depuis 2021, pour un montant de 25,9 millions d’euros pour l’année.
https://www.frontiersin.org/journals/public-health/articles/10.3389/fpubh.2026.1825899/full Volume 14 – 2026 | https://doi.org/10.3389/fpubh.2026.1825899