Des analyses à l’initiative de France Nature Environnement et France 5 révèlent que des microparticules et des molécules chimiques entrant dans la composition des pneus sont présentes dans tous les échantillons d’eau et de sédiments puisés dans le lac d’Annecy.
C’est une équipe de journalistes scientifiques d’investigation de France 5, qui a prélevé entre mars et avril 2025 des échantillons de l’eau du lac en différents endroits – dans les sédiments, l’eau potable au robinet, l’air – et fait effectuer des analyses d’urine de volontaires. Les échantillons,ont été analysés par l’Institut norvégien pour la recherche sur l’eau (NIVA) et par le laboratoire central de l’environnement de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).
Analyses d’autant plus intéressantes que l’approvisionnement en eau potable de l’agglomération d’Annecy provient à 73% du lac.
France Nature Environnement (FNE) Haute-Savoie annonce qu’une contamination aux microplastiques et additifs en provenance essentiellement de la dégradation des pneus des véhicules fort présents en bordure de ce lac très prisé (40 kilomètres d’autoroute, où circulent près de 25 000 véhicules par jour.) «Aujourd’hui, il n’y a pas de système pour filtrer les eaux pluviales, et donc les abrasions de pneus qui sont stockées sur les routes. À chaque fois qu’il y a un lessivage par des orages ou par la pluie, tout va dans le lac», poursuit Louise Tschanz, avocate en droit de l’environnement associée à l’équipe de France 5.
Or des études précédentes mettaient en évidence que l’abrasion des pneus émet 1 954 molécules différentes, dont 785 sont associées par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) à des «risques sévères pour la santé humaine et/ou l’environnement», relève l’association. Parmi celles-ci, 14 sont potentiellement mortelles par ingestion, 10 par contact cutané et 19 par inhalation, a souligné FNE durant la conférence de presse.
De très petite taille, cette pollution invisible contamine l’ensemble des milieux, dès les micro-organismes vivant dans l’eau, qui forment le début de la chaine alimentaire. Une partie de ces microplastiques, si légers, sont transportés dans l’air et se déposent partout dans l’environnement.
Chaque année en France, l’abrasion des pneus entraîne le rejet de près de 50 000 tonnes de substances dans l’air, les sols et les eaux. Ces particules exposent l’ensemble de la population, en particulier les enfants, à des risques accrus de cancers, de troubles neurologiques, ainsi que de maladies respiratoires et cardiovasculaires.
« Il y a urgence à modifier la législation encadrant la fabrication et la commercialisation des pneus afin de limiter les risques tant pour les écosystèmes et les dangers sanitaires de ces molécules qui n’ont fait l’objet d’aucune évaluation sérieuse. »
L’Union européenne a commencé à se saisir du problème avec son règlement Euro 7, adopté en mai 2024. Conçu pour «réduire les émissions du transport routier», il prévoit de fixer d’ici au 1er juillet 2026 des seuils maximum d’émissions provenant des pneus.