La stratégie nationale alimentaire encore repoussée

Le Gouvernement devait présenter vendredi la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC), une stratégie qui devait marquer une nouvelle étape vers un modèle alimentaire plus juste, plus sain et plus durable.

Issue des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) trouve son fondement dans la loi Climat et Résilience de 2021, qui associe désormais alimentation, nutrition et climat.  A la suite d’une consultation publique qui a réuni plus de 4 000 contributions et de la mobilisation de 4 instances consultatives, la SNANC a été renforcée sur plusieurs volets essentiels : encadrement du marketing alimentaire, meilleur partage de la valeur dans les filières et amélioration de la qualité nutritionnelle dans la grande distribution et la restauration.

 Pour la première fois, elle réunissait au sein d’un même cadre les politiques de nutrition, d’alimentation et de climat, avec un objectif clair à horizon 2030 : permettre à tous les Français d’accéder à une alimentation plus saine, plus durable et plus locale, tout en renforçant la souveraineté agricole et alimentaire du pays et en respectant nos engagements en terme de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Mais c’était sans compter l’intervention de la Ministre de l’Agriculture qui a demandé que soit expurgé l’ objectif visant à « limiter les aliments ultratransformés » – une suppression demandée de longue date par l’Association nationale des industries agroalimentaires (ANIA), alors que simultanément une vingtaine de chercheurs internationaux dans la série de The Lancet, enjoignaient les pouvoirs publics d’agir fermement contre l’alimentation ultratransformée, mise en cause dans «l’escalade du fardeau des maladies chroniques ».

A bien des égards, la non sortie de la Snanc est un cas d’école, guère différent d’autres situations décrites par Phillip Baker (université de Sydney, Australie) et ses coauteurs dans leur étude, montrant tout l’éventail des moyens par lesquels les industriels parviennent à éviter ou à retarder les réglementations, au désavantage de la santé des consommateurs.